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›› Editorial

Le contresens stratégique de l’agressivité et des grandes manœuvres militaires sino-russes

Postures juridiques occidentales dans le détroit de Taiwan et affichages de puissance sino-russe en mer du Japon.

La frégate Baden-Württemberg dans son port d’attache à Wilhelmshaven.


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Le 13 septembre, pour la première fois en plus de vingt ans, sérieux chiffon rouge pour Pékin qui craint une contagion européenne des passages des navires de guerre européens entre le Continent et l’Île [1], la frégate allemande Baden-Württemberg et son navire logistique Frankfurt am Main ont transité dans le Détroit.

Aussitôt, la polémique a enflé. Considérant que le Détroit fait partie des eaux chinoises, Pékin a vivement protesté contre la « provocation allemande ». A quoi Boris Pistorius le ministre allemand de la Défense a répondu que le transit était destiné à affirmer la liberté de navigation. « Les eaux internationales sont des eaux internationales. », ajoutant que le Détroit était l’itinéraire le plus court et, compte tenu des conditions météorologiques, aussi le plus sûr.

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Mais l’essentiel des affichages de puissance a eu lieu par la Russie du 10 au 16 septembre 1100 nautiques plus au nord en mer du Japon, dans l’Atlantique et dans les mers Méditerranée, Caspienne et Baltique.

Baptisé « Océan-2024 », l’exercice géant a, selon les dires du Kremlin, rassemblé 90 000 hommes et 500 navires et aéronefs, avec l’intention affichée par Vladimir Poutine de renforcer, à des fins dissuasives, la coopération avec ses alliés face « aux tensions croissantes de la situation stratégique globale ».

Pour autant, s’il est vrai que, surveillée par le Japon, la marine chinoise a, au cours du week-end du 8 septembre, traversé le détroit de Tsushima en direction de la mer du Japon, pour participer à l’exercice, avec une quinzaine d’aéronefs, son déploiement naval était réduit à seulement cinq navires.

Parmi eux se trouvait cependant le bâtiment lance-missiles géant Wuxi (nº104) dont le tonnage de plus de 10 000 tonnes l’apparente plus à un croiseur de la deuxième guerre mondiale, qu’à sa désignation officielle de « destroyer » par la marine chinoise (lire à ce sujet : La marine chinoise lance deux destroyers géants).

La flottille chinoise comprenait également le Destroyer Xining (nº 117), aux dimensions plus modestes de 7500 tonnes, mais également surarmé d’une vaste panoplie de missiles anti-aériens, anti-sous-marins et de croisière – déclenchés par 64 tubes à lancement vertical -, la frégate Lin Yi (nº547), 4000 tonnes aux capacités antiaériennes et anti-sous-marines, et le Taihu (nº889), l’un des 9 ravitailleurs de plus de 20 000 tonnes construits depuis 2012.

Le déploiement géant par la Russie auquel Pékin n’a participé que de manière modeste, faisait suite à une série d’exercices militaires conjoints sino-russes régulièrement organisés depuis une dizaine d’années. Sortant de l’ordinaire par sa nature stratégique, la plus remarquée pour son affichage provocateur, fut une démonstration de force par des bombardiers chinois et russes à long rayon d’action interceptés au-dessus de l’Alaska par les chasseurs canadiens et américains.

Alors qu’au sein de Comité Central la répétition des exercices sino-russes, qui coagule un rapprochement stratégique avec Moscou dont Deng Xiaoping recommandait de se tenir à distance, ne fait pas l’unanimité (cf. notre article de septembre 2015 qui rapportait des doutes de chercheurs de l’Académie des Sciences Sociales : L’alliance militaire sino-russe et le scepticisme de l’Académie des Sciences Sociales), force est de s’interroger sur l’intérêt réel de Pékin de miser à ce point sur un insistant affichage de proximité militaire avec Moscou.

Rapprochement militaire avec Moscou pour quels objectifs ?

Les postures militaires sino-russes risquent de provoquer des contrefeux. Ils s’ajouteront à ceux déjà induits par la brutalité des gardes cotes géants à coque d’acier conçus pour des abordages directs.


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A court terme, l’objectif du Président Xi Jinping est clairement de faire pièce aux intrusions des marines occidentales dans le Détroit de Taiwan et aux actions de la 7e flotte américaine et de ses porte-avions en mer de Chine du sud.

Mais à plus long terme, la répétition des « bruits de ferraille » avec Moscou coagule la vaste nébuleuse antichinoise de l’Occident et de ses alliés qui inquiète les détracteurs de Xi Jinping au Comité Central. Le fait est que, prenant le contrepied des traditionnelles stratégies obliques de la Chine, la trajectoire de Pékin en contradiction avec la vision de Deng Xiaoping, ne fait pas l’unanimité au sein de l’appareil.

Alors que Xi Jinping et le Comité permanent tablent avec Moscou sur le soutien de l’Iran, de la Corée du Nord, et de la vaste mouvance des BRICS, de l’OCS et du Sud Global, dont les capacités militaires et la cohésion stratégique sont aléatoires, c’est en Asie, que l’œil fixé sur la Chine, les budgets militaires augmentent le plus rapidement, entrainés par la montée en puissance des capacités de l’armée chinoise.

Alors que selon les Chiffres du SIPRI, entre le début des années 2000 et 2022, le budget de la défense chinois a été multiplié par un facteur supérieur à dix, passant de 22 à 296 Mds de $, très au-dessus du chiffre des déclarations officielles, la somme des budgets de l’Asie-Océanie est passée de 200 a 600 Mds de $.

Au Japon, où, en raison de la montée des tensions avec la Chine et des provocations balistiques nord-coréennes, se dessine une mouvance politique en faveur d’une défense plus réactive, entre 2022 et 2024, le budget militaire est passé de 38 à 55,9 milliards de $, soit une hausse de 47% qui s’inscrit dans un plan de dépenses de 300 milliards de $ d’ici 2028.

Note(s) :

[1Jusqu’à présent seulement six pays ont envoyé leur marine de guerre dans le Détroit, dans des missions dites de « Liberté de navigation » : Les États-Unis, de très loin le plus souvent, le Canada, la Grande Bretagne, la France, l’Australie et le Japon. En général les Canadiens, les Anglais et les Japonais transitent dans le Detroit avec un bâtiment américain.

Le 4 juillet dernier, cependant, alors que les navires chinois ont augmenté leur présence autour de l’île de Tsushima, dans le détroit séparant la Corée du Japon large de 100 nautiques, à 1000 nautiques au sud, signalant une tendance rebelle provocatrice, le destroyer lance-missiles Suzutsuki de 6 800 tonnes s’est affranchi de la tutelle américaine, pour pénétrer dans les eaux territoriales chinoises du Zhejiang.

La province située à 150 nautiques au nord de Taiwan, borde à l’est la mer de Chine orientale, et se trouve à 180 nautiques les îles « Senkaku » occupées par le Japon et revendiquées par la Chine qui les appelle « Diaoyu ».

Après une mission de surveillance d’exercices à tirs réels chinois dans la zone, au lieu de rentrer à sa base le Suzutsuki apparemment sans ordres du commandement naval japonais, s’est approché des côtes du Zhejiang à moins de douze nautiques, pénétrant clairement dans les eaux chinoises.

Lorsque les Chinois lui ont demandé de quitter la zone, il a au contraire augmenté sa vitesse, dans ce qui semblait un défi à la marine chinoise, décidé de son propre chef. Après les protestations de Pékin, les autorités navales japonaises ont publiquement désavoué le Commandant du Suzuki et affirmé qu’elles lanceraient une enquête pour éclaircir les circonstances de son attitude.


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