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Le « grand jeu » du Pacifique occidental

Le « forcing » américain.

Rencontre entre le général Dempsey, président du comité des chef d’État-major américain et le général général Nguyen Chi Vinh, vice-ministre de la défense vietnamien en juillet 2012.

Le rapprochement de Hanoi avec l’Inde et le Japon se développe alors que se précisent les efforts américains pour reprendre pied au Vietnam. Ceux-ci se sont accélérés à mesure que se durcissaient les tensions sino-vietnamiennes. En 2004, 9 années après la normalisation des relations, eut lieu une première escale de navire guerre américain à Danang et la visite du Commandant en Chef du Pacifique à Cam Ranh qui répondait à la venue à Washington du ministre de la défense vietnamien, le General Pham Van Tra en novembre 2003.

Après leur premier dialogue politique précisément tenu en 2010 au moment où les relations entre la Chine et le Vietnam se tendaient à nouveau à propos des querelles en mer de Chine, Washington et Hanoi développèrent des échanges de plus en plus soutenus, jusqu’à envoyer des officiers vietnamiens en stage aux États-Unis.

En août 2010, les deux marines organisaient déjà des manœuvres navales communes sur le thème classique de secours en mer, en présence du porte-avions Georges Washington, tandis que le destroyer USS John McCain faisait escale à Danang. Le 27 juin 2012, Léon Panetta, le Secrétaire d’Etat à la défense, fit une visite remarquée à la base de Cam Ranh, symbole de l’ancienne puissance militaire américaine et souvenir amer de l’échec des États-Unis dans le pays.

En octobre 2013, les deux pays en étaient déjà à leur 6e dialogue stratégique et à leur 4e sommet de sécurité – défense. Tenus à Hanoi et Washington, ces derniers mettaient en œuvre un protocole d’accord sur la coopération défense signé deux ans plus tôt.

La suite fut une succession d’escales de la 7e flotte au Vietnam et une série de manœuvres dans un contexte où Hanoi est cependant toujours resté plus prudent que Washington. En décembre 2013, peut-être pour conjurer les méfiances vietnamiennes, le secrétaire d’État John Kerry en visite officielle à Hanoi annonçait que Washington allait faire don aux garde-côtes vietnamiens de 5 patrouilleurs pour une valeur totale de 18 millions de $.

Manœuvres navales conjointes.

En août 2014, le Général Dempsey, devint le premier président du comité des chefs d’État-Major américain à visiter le Vietnam, tandis que les exercices navals entre l’US Navy et la marine vietnamienne ont désormais lieu chaque année « au milieu des tensions avec la Chine » disent systématiquement les communiqués de presse. Le dernier épisode eut lieu en avril 2014 au large de Danang, 4 mois avant la visite de Dempsey.

Pékin agacé.

Il s’agissait du 5e épisode depuis 2010, toujours avec la participation du destroyer lance missiles USS John McCain, jaugeant plus de 8000 tonnes, basé à Yokusuka au Japon. Si cette unité n’est pas parmi les plus modernes, elle est un des bâtiments de guerre les plus lourdement armés au monde, bardé d’électronique et de systèmes de contre mesures, avec à bord 90 missiles Tomahawk à lancement vertical et 141 missiles anti-navires Harpoon tous temps d’une portée de 120 km. Le thème de l’exercice résolument pacifique ménageait les Chinois puisqu’il affichait un but humanitaire et de sauvetage en mer. C’est peu dire que Pékin n’est pas dupe.

Hanoi sur la réserve.

Hanoi qui, au moins pour des raisons économiques, mais pas seulement, veille à ne pas compromettre durablement ses relations avec la Chine le sait. Même si, à l’automne 2014, les États-Unis ont accepté d’aller un peu plus loin dans la levée de l’embargo sur les ventes d’armes déjà fortement écorné depuis 2006 – qui permettra notamment au Vietnam d’acheter des avions de patrouilles maritimes P-3 Orion -, ses stratèges qui utilisent Washington pour peser dans les querelles de souveraineté face à la Chine, n’entreront jamais dans le jeu d’une alliance avec le Pentagone. D’autant que l’État-major vietnamien sait bien que la Maison Blanche joue aussi un jeu à trois où, pour les États-Unis, la carte chinoise pèse lourd.

En 2013, 9 années après les premiers contacts, un officiel vietnamien, parlant sous le sceau du secret résumait toujours la situation ainsi : « Nous parlons aux Américains. Mais il est trop tôt pour dire si les actuelles tensions avec la Chine modifieront notre approche des États-Unis. Il y a beaucoup d’éléments à considérer ».

A la mi-octobre 2014 le ministre de la défense vietnamien le General Phung Quang Thanh était à Pékin afin de signer un protocole d’accord mettant en place une ligne de communication directe entre les ministères de la défense, destinée à éviter le dérapage catastrophique d’un incident en mer.

Manille, Washington et Tokyo.

Les Philippines, également engagés dans une bataille de souveraineté avec Pékin sont eux aussi la cible de manœuvres diplomatiques et stratégiques dont l’arrière plan est la menace chinoise. La proximité des militaires philippins avec l’armée des États-Unis est connue.

Basée sur un accord de défense signé dans les années 50, elle a subi quelques revers généralement provoqués par des atteintes aux droits de l’homme aux Philippines mal supportés par le Congrès ; mais depuis 2010, les relations sont à nouveau plus intenses. En 2014 seulement, plus de 400 événements bilatéraux militaires ont été organisés, avec en point d’orgue à l’automne, l’exercice amphibie Philbex qui a engagé 3500 US marines et 1200 militaires philippins. Son thème était « la reconquête d’une île envahie par un hostile ».

Mais aux Philippines, la nouveauté depuis quelques années est l’engagement du Japon aux côtés de Manille. Dans les tiroirs depuis l’accord stratégique bilatéral de septembre 2011, il a récemment été mis en exergue lors d’une rencontre à la fin janvier 2015 entre le général Nakatani, ministre de la défense japonais et son homologue philippin Voltaire Gazmin.

Au milieu des déclarations sur le renforcement des liens stratégiques, il faut retenir que les deux partis exploreront la possibilité de coopérations en matière d’équipements de défense déjà très largement engagée entre Manille et Séoul et que les deux marines conduiront des exercices conjoints en 2015 autour des thèmes de l’assistance humanitaire, de la recherche en mer et de la prévention des incidents militaires lors de rencontres fortuites de navires de guerre. Au passage rappelons que l’US Navy et la marine chinoise ont déjà des échanges très riches sur ce thème (Lire notre article Entre raison, émotions et rivalités stratégiques, la marine chinoise participe à RIMPAC).

L’élan japonais en direction de Manille a fait des émules puisque l’Australie a promis d’offrir à la marine philippine 2 petits bateaux de débarquement désaffectés depuis 2014. Jaugeant 300 tonnes, ces vieilles unités seront réhabilitées par l’Australie avant d’être cédées à Manille.


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