Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Taiwan

Le KMT s’alarme des déboires de son candidat. Net redressement de la popularité de Tsai Ing-wen

Volatilité de l’opinion. Le KMT sous tensions. La popularité de Tsai se redresse.

Après une chute catastrophique de Tsai dans les sondages, début août certaines enquêtes donnaient encore à une alliance Terry Gou – Ko Wen-je un net avantage sur la Présidente et Han Kuo-yu.

En revanche, dans le cas où ses adversaires se présenteraient en ordre dispersé, des simulations conduites du 1er au 3 août indiquaient que Tsai triompherait de ses opposants dont aucun à part Kuo, ne s’était officiellement déclaré à la date du 31 août : de gauche à droite Han Kuo-yu, Terry Gou et Ko Wen-je.

Le 18 août, laissant présager un ordre de bataille dispersé des opposants à Tsai – mais dans l’ambiance de marchandage en cours, il est prudent de considérer que rien n’est définitif -, on apprenait que Ko Wen-je à la tête de son nouveau « Parti du peuple taïwanais » avait décliné l’offre de Terry Gou démissionnaire de la présidence de Foxconn, de l’associer à sa candidature comme vice-président. Enfin, on ne peut pas exclure que Wang Jin-pyin, respecté pour son expérience politique et sa connaissance approfondie de l’Île et de son histoire, exerce une influence capable de pousser les adversaires de Tsai à s’unir.


*

Certes Michael Cole examine les questionnements qui agitent le KMT avec un penchant politique favorable à Tsai Ing-wen alimentant le soupçon d’un pessimisme partisan. Il n’en demeure pas moins que, faits et indiscrétions à l’appui, il dessine l’image d’un parti sous tension menacé par une fracture entre sa base populiste qui soutient Han et les caciques du sérail qui doutent de ses capacités.

Au-dessus plane le soupçon qu’il est téléguidé par Pékin propulsé dans la lumière par la puissance des réseaux sociaux investis par une armée d’internautes aux ordres du Continent. La défiance n’est pas récente. Elle se perpétue dans le sillage de la crise de 2014 quand Ma Ying-jeou lui-même avait été accusé d’être l’instrument de la stratégie de réunification rampante du Continent.

Ainsi, à mesure qu’évolue la conscience politique des Taïwanais à l’égard des intentions chinoises, se précise une contradiction de fond pour les successeurs de Tchang Kai-chek. Même en précisant qu’ils rejettent la réunification avec le Continent aussi longtemps qu’il sera sous la coupe de l’actuel régime, l’impatience de Pékin ayant démantelé sans état d’âme le réseau diplomatique de l’Île, rejaillit de manière négative sur l’opinion.

Volatile, sans nuance, rancunière ou pusillanime, celle-ci assimile les investissements chinois à Kaohsiung promis par Han Kuo-yu à une manœuvre de vassalisation oblique. Les résultats se lisent dans les sondages. Ils sont à la convergence d’un vaste faisceau de paramètres négatifs allant du soupçon de connivence avec Pékin dont le caractère funeste est aggravé par les turbulences à Hong Kong, aux discours indigents à propos des manifestations de la R.A.S, en passant le manque de professionnalisme du candidat Han.

Une enquête menée au téléphone du 1er au 3 août dans les 22 villes les plus importantes de l’Île, par la « Fondation pour une nouvelle constitution - 台灣制憲基金會 » -, simulant une compétition électorale entre Han et la présidente a placé cette dernière en tête avec 51% contre 31% à son adversaire.

Dans une simulation à trois avec l’entrée en lice de Ko Wen-je, le maire de Taipei, Tsai restait en tête avec 41,9%, tandis que ses adversaires Han et Ko obtenaient respectivement 25,7% et 22,6%. Un scrutin à quatre avec Terry Gou, donnait Tsai toujours largement en tête avec 39,2%, Han à 27,9%, Gou à 12,5% et Ko Wen-je à 12,4%. En revanche, la prévalence de Tsai serait moins certaine dans le cas où ses adversaires parvenaient à s’unir.

*

Prenant le recul du Détroit de Taïwan et des péripéties récentes, tous les observateurs savent aussi que la popularité de Tsai qui s’était effondrée à seulement 24% d’opinions favorables à la fin 2018, avait rebondi à 34,5% après sa réponse sèche au discours de Xi Jinping du 2 janvier 2019 (lire : Les défis de l’obsession réunificatrice.), par laquelle, rejetant fermement le schéma « Un pays deux systèmes » en vigueur à Hong Kong, elle promettait de sauvegarder Taïwan et le mode de vie de sa population.

Cinq mois plus tard, les tumultes qui secouent Hong Kong ont un effet puissamment répulsif dans l’opinion de l’Île. Confortant le discours réponse de Tsai de janvier dernier, ils allument un nouvel étage de la popularité de Tsai qui paraît se conforter.

Enfin, divine surprise pour la Présidente, la guerre des taxes entre Washington et Pékin annulant par le surcoût fiscal de 25%, les avantages d’une délocalisation en Chine, poussent les entreprises de haute technologie taïwanaises (59% de la production chinoise de composants électroniques, équipements optiques et ordinateurs portables, comptant pour 10% des exportations chinoises) à rapatrier leurs activités dans l’Île.

Alors que, selon une enquête de PricewaterhouseCoopers (PwC) publiée par Citibank, au moins 40% des compagnies taïwanaises en Chine envisagent de réajuster leur chaîne d’approvisionnement - certaines d’entre elles accélérant leur relocalisation en Inde - citons l’exemple de Foxconn qui vient d’annoncer que la production à destination des États-Unis quitterait la Chine à brefs délais. La référence à Foxconn est d’autant plus pertinente que Terry Gou, son PDG, battu par Han Kuo-yu à la primaire du KMT est un des candidats potentiels à la présidence.

*

A quatre mois du scrutin présidentiel, alors qu’une vague d’opinions favorables semble à nouveau porter l’espoir d’une réélection de Tsai Ing-wen dont les ingrédients ont en partie été fabriqués par l’impatience de Pékin [2], il est cependant impossible de ne pas évoquer la volatilité de l’image politique de l’Île, traversée par des ambitions rivales qui, pour l’instant, entravent les alliances.

On l’a vu, si face à Tsai Ing-wen et Han Kuo-yu se construisait entre Terry Gou, Ko Wen-je et Wang Jin-pying, un rapprochement politique pour l’heure encore improbable, les conditions même de l’élection seraient bouleversées et les chances de Tsai à nouveau amoindries.

L’autre carte sauvage capable de bousculer le scrutin est la puissance populiste qui, depuis avril 2018, a envahi le net taïwanais.

Le risque démocratique de la manipulation des réseaux sociaux.

Le montage paru dans Foreign Policy spécule de manière imagée sur la vague d’intrusions chinoises ayant porté Han Kuo-yu à la tête de la mairie de Kaohsiung.


*

Analysés en juillet dernier par QC (lire : Chine – Taïwan – Etats-Unis, sérieux orages en vue) de très sérieux soupçons d’ingérence dans les réseaux sociaux de l’Île pèsent sur Pékin. La tendance intrusive basée sur l’invasion du nombre, l’agressivité des soutiens et la manipulation de l’information cessera d’autant moins que le candidat ayant la faveur de Pékin est en difficultés.

La stratégie modifie d’ores et déjà – pas uniquement à Taïwan - l’équilibre des scrutins démocratiques submergés par l’émotion prenant le pas sur les analyses équilibrées et rationnelles. Compte tenu de la volatilité des opinions du net, de leur réceptivité aux émotions, ayant déjà favorisé l’adoubement insolite d’un quasi inconnu dans le fief indépendantiste de Kaohsiung, il est impossible d’exclure que la manœuvre chinoise puisse réussir.

En tous cas, l’inventivité des ingénieurs informatiques taïwanais a déjà pris en compte ce risque. En mai dernier, Max Yi-Hsun Chou, ingénieur logiciel a mis en ligne sur le site Medium une extension de Google Chrome destinée à permettre aux utilisateurs Facebook de bloquer tous les messages de Han et de ses « fans » sur leur compte personnel. Par un procédé classique utilisé par les censeurs, le logiciel que les utilisateurs peuvent installer eux-mêmes sur leur compte selon les instructions de Chou, fonctionne par le repérage de mots clés.

Parmi eux on retrouve « Président Han 韓總 » , « Vague Han 韓流 » et quelques-unes de ses expressions favorites telles que « s’enrichir:發大財 ». A la place des messages de Han et de ses fans apparaît une note de dérision usant du sobriquet « sac de paille - 草包 » dont ses opposants l’ont affublé : « le sac de paille a déjà été vidé : 草包已被隱藏 » ou encore en référence à l’ancestrale conception cosmologique « Tianxia 天下 » de la dynastie Zhou « sans le sac de paille la paix règne sous le ciel 沒有草包天下太平 ».

Note(s) :

[2Récemment le Livre Blanc sur le défense dont la tonalité générale se voulait modérée, donnant le sentiment de ménager Washington (lire : Défense : un Livre Blanc édifiant et modéré), avait cependant fait une exception pour les forces indépendantiste à Taïwan considérées par Pékin comme la menace stratégique la plus imminente.

Un long passage était en effet consacré à une mise en garde adressée à Tsai Ing-wen et à son parti « obstinément accrochés à l’indépendance », accusés de jeter de l’huile sur le feu et de s’appuyer sur des « influences étrangères ».

L’analyse répétait non seulement que la réunification était un élément essentiel de la renaissance nationale, mais reconnaissait de surcroît que les récents exercices militaires autour de l’Île – une vingtaine depuis le début de 2018 évoqués par QC -, avaient pour but d’adresser une sévère mise en garde aux forces séparatistes de Taïwan.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

« Double Dix », les discours croisés des héritiers de Sun Yat-sen

Eric Chu, de retour à la tête du KMT

Joseph Wu prône le retour de Taïwan à l’ONU. Retour sur l’histoire et plongée dans les affres de la démocratie taïwanaise

La Lituanie sous le feu de la vindicte chinoise à propos de Taïwan

Résurgence épidémique. La fin de l’exemplarité taïwanaise ?