Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Economie

Le nationalisme économique perpétue les risques de crise financière

Une longue série de mesures contre la « finance grise. »

Evolution de la part des « finances grises » en orange, depuis janvier 2016. Elles se composent des prêts des sociétés fiduciaires d’investissements, des crédits accordés par le truchement d’opérateurs parallèles, contournant la législation (委托投资- weitou touzi) et des opérations de crédits « grises » acceptées par les banques.


*

En août 2016, la Banque de Chine lançait une attaque contre les officines financières « grises » en mettant sur le marché des produits financiers à long terme à des taux plus compétitifs ; 9 mois plus tard elle définissait des régulations bancaires imposant aux prêteurs des ratios minimum de fonds propres et accentuait son contrôle sur les opérations interbancaires ;

Simultanément, elle se mettait en travers des manœuvres de contournement des restrictions de crédit en obligeant les banques à rendre public le niveau de leurs prêts accordés par le truchement de tiers 委托投资- weitou touzi – en réalité un camouflage des opérations de crédit par le biais d’un prête-nom, traduit en Anglais par « entrusted investments » ;

En juillet 2017, le président Xi Jinping alerté par les mises en garde répétées du FMI, ordonnait la création d’une commission sous l’autorité du Conseil des Affaires d’État ayant la mission de surveiller la stabilité financière du pays et de prendre les mesures coordonnées destinées à déjouer une crise. Quelques semaines plus tard, pour freiner la tendance des banques à se racheter leurs dettes, la Banque de Chine interdisait aux institutions financières d’émettre des emprunts à moins d’un an d’échéance.

En septembre 2017, elle annonçait que les banques acceptant de financer les PME et les entreprises rurales seront récompensées par la réduction du taux de leurs réserves obligatoires, libérant ainsi 600 Mds de Yuan (85 Mds d’€) pour des financements non traditionnels dirigées vers les campagnes et les petites entreprises.

Enfin, en novembre 2017, le Conseil des Affaires d’État proposait une avancée qui marquera peut-être l’ouverture d’une « ère nouvelle » de la finance chinoise puisque l’objectif était d’éradiquer le sentiment de garantie implicite des pouvoir publics, principal moteur de la prolifération toxique des produits financiers mis sur le marché par les fonds de gestion d’actifs et les fonds d’investissements.

La difficulté – et nous sommes là au cœur du dilemme - sera cependant que les produits financiers toxiques ne sont pas seulement émis par des institutions financières troubles, mais également par le circuit officiel des banques publiques ou privées qui leur sont liées et dont le premier réflexe est souvent de renflouer artificiellement, sur leurs fonds propres, les produits dont le rendement financier est inférieur à la publicité ayant accompagné leur mises sur le marché.

A cet effet, la Commission de contrôle de la stabilité financière imposera une transparence totale de la valeur des actifs des prêteurs donnant une visibilité objective de la rentabilité réelle des produits financiers, tandis que les ratios entre les actifs nets et la valeur des crédits accordés seront renforcés. L’intention est de créer un ensemble de règles prudentielles plus strictes appliquées aux 4400 Mds de $ de fonds de gestions d’actifs et aux 2600 Mds de $ de fonds d’investissement, à quoi s’ajoutent les produits financiers proposés par les assurances et la multitude des organisateurs prêteurs.

Chacun a compris que les pouvoirs publics tentent de réduire les risques d’accident financier, préparant le moment où l’État décidera de ne plus venir au secours des fonds de gestion d’actifs et des institutions financières en faillite.

Mais la manœuvre est délicate. Si les autorités ne parvenaient pas à dissiper l’assurance implicite que les pouvoirs publics tiendront quoi qu’il arrive la tête hors de l’eau d’un fonds mal géré ou toxique, les investissements hasardeux continueront à proliférer, augmentant la probabilité d’un enchaînement néfaste à la prochaine secousse bancaire.

En revanche, si les régulations sont trop brutalement appliquées, le risque existe d’un mouvement grégaire de fuite des produits financiers précisément devenus une importante source de financement des banques.

Les limites de la rigueur.

Le graphe montre la progression de la dette depuis 1996 et sa structure. En 20 ans elle est passée de 110% à 270% du PNB. La part la plus importante reste la dette des entreprises à près de 160%, tandis que celle des ménages et du secteur financier augmente, alors que celle du gouvernement est stable depuis 2010.


*

Peu après, une note de conjoncture de Bloomberg articulant un raisonnement se référant aux priorités contradictoires, remettait en perspective les promesses de rigueur de la Banque Centrale et l’efficacité des mesures prises, estimant que Pékin tenterait toujours de tenir à distance les risques financiers, plus par le truchement de mesures de prudence macro-économiques que par un excès de rigueur.

« En dépit de la dureté du discours contre la relance budgétaire et le crédit facile » disait l’analyse, « en septembre 2016, le volume des prêts consentis avait augmenté au point que la masse financière en circulation avait atteint 274 Mds de $, niveau le plus élevé depuis 6 mois. » (…). « Dans le même temps, à la fin 2016, la dette des entreprises avait atteint 159% du PNB contre 104% dix ans plus tôt, alors que le total des dettes (ménages, gouvernement, banques et institutions financières, entreprises) atteignait 260% du PIB. »

*

Eprouvant des difficultés à briser la spirale de l’endettement, les pouvoirs publics hésiteront également à relâcher le contrôle du compte de capital comme le conseille Zhou Xiaochuan. Dans un article de novembre 2017, le Financial Times rappelait que la sévérité des contrôles avait jusqu’à présent protégé le système financier d’une crise, mettant par exemple la Chine à l’abri des conséquences de la crise asiatique de la fin des années 90.

Même si elle complique le rapatriement des profits des entreprises étrangères investies en Chine, réduisant aussi drastiquement le choix des groupes chinois aux seuls investissements du marché intérieur, ce qui produit des bulles spéculatives conséquences de l’effritement du rendement des investissements productifs ; quand bien même Pékin a conscience que la stratégie du contrôle du capital est le principal handicap à l’internationalisation de sa monnaie, les possibilités d’une libération du capital restent minces.

Le souvenir de la crise financière de 1997 a en effet conforté les autorités financières du pays de l’importance de contrôler strictement les flux. C’est ce qu’elles font depuis les secousses boursières de 2015 ayant instillé des doutes sur la stabilité de la croissance et une préoccupante fuite des capitaux. A cet effet la Banque de Chine avait accepté de sacrifier 1000 Mds de $ soit 25% de ses réserves de change pour freiner la chute de la monnaie.

La stratégie a permis de stopper baisse du Yuan et son rééquilibrage par rapport au Dollar, tandis que les réserves de change sont reparties à la hausse pour la première fois depuis août 2014. Cette réalité qui fonde le choix d’un maintien des contrôles contredit les commentaires spéculant sur la prochaine accession de la monnaie chinoise au statut de monnaie réserve.

*

A l’automne dernier, une analyse de MERICS rejoignait l’évaluation de Bloomberg sur la persistance des dettes et l’échec des mesures destinées à les réduire. Alors que la situation des entreprises publiques s’est améliorée, la masse des créances de la finance grise et l’endettement des ménages ont augmenté. Avec la tendance toxique que les crédits s’engagent en priorité dans les secteurs spéculatifs. « Dans ces conditions » dit l’étude « il est devenu clair « que la réduction du crédit ne peut pas aller de pair avec le maintien d’une croissance élevée ».

Au printemps dernier, dans un article de « The Diplomat », Mercy Kuo Docteur en histoire et ancienne analyste du gouvernement américain, faisait un constat identique à propos de la difficulté de relâcher le compte de capital. Elle aussi liait les réticences à des considérations politiques, un jugement repris par l’Institut Merics.

Ce dernier disait en substance que le nationalisme économique du « rêve chinois » et les objectifs de croissance fixés interdisaient au régime de prendre le risque d’un ralentissement de la croissance ou d’un affaiblissement de sa monnaie.

Il ajoutait que ces priorités de croissance et de stabilité monétaire prendraient le pas sur les stratégies de réduction de la dette et des bulles spéculatives, de lutte contre les surproductions, ou même le combat contre la pollution. La route choisie, largement articulée à des objectifs politiques, n’a donc que peu de chances de résorber les risques de crise financière.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Chine – Etats-Unis, guerre des taxes, guerre totale ou apaisement ?

L’intégration politique, sociale et économique de Xi Jinping face à la guerre commerciale

Où va la guerre des taxes entre Washington et Pékin ?

Liu He à Davos. Entre éloquence, séduction et réalité

Le Yuan, l’étalon Or et le pétrole. Décryptage d’un mythe