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Le nucléaire chinois fait face à ses défis de sécurité

Mobilisation au sommet

Le 6 mai les 5 grands opérateurs nucléaires chinois sont tombés d’accord pour améliorer le niveau de réaction aux accidents nucléaires et les critères de sécurité des centrales. Courant mai le gouvernement a rendu public le projet de créer une unité de réaction d’urgence de 300 spécialistes et secouristes pour répondre à des accidents nucléaires. Leur mission sera de porter assistance aux opérateurs des centrales en cas de fuite radioactive.

Travaillant en coopération avec l’APL, l’unité, placée sous la coupe la SASTIND (sigle anglais pour Administration d’Etat pour les sciences, les technologies et les industries de la défense nationale – en Chinois 国家 国防 科技 工业局 - coordonnera la sécurité des centrales aujourd’hui éclatée dans 27 administrations civiles et militaires, assurera la formation des équipes de sécurité de chaque unité et celles des 16 provinces aujourd’hui en fonction. Il faut ajouter à ce dispositif de sécurité 4 centres de soutien techniques nationaux et 6 unités de secours de taille plus modeste.

La nouvelle unité organisera l’année prochaine un exercice de sécurité de niveau national baptisé « Bouclier 2015 », dont l’épicentre sera la province de Canton. Le précédent exercice avait eu lieu en novembre 2009 dans le Jiangsu sur le site de la centrale de Tianwan. Depuis 2009, 300 exercices de sécurité de moindre envergure ont été tenus sur les sites de plusieurs centrales.

Le 14 mai, Pan Ziqiang de l’académie polytechnique et quelques experts ont lors d’un séminaire indiqué que dans les années qui viennent les centrales nucléaires seraient construites dans le Centre et l’Ouest, à la fois pour des raisons économiques et des impératifs de sécurité.

Une approche intégrée de la sécurité encore aléatoire…

Dans un texte publié en ligne sur le site du Belfer Center (Kennedy School of Government – Université de Harvard) Hui Zhang, chercheur au sein du projet : « Managing the atom », qui étudie la sécurité nucléaire et les menaces liées au terrorisme et au trafic des matières fissiles, pose les risques d’un accident ou d’un attentat nucléaire en Chine : « un accident de sécurité de l’ampleur de Tchernobyl handicaperait gravement le développement de la filière nucléaire ».

C’est un euphémisme. Alors que la filière est elle-même soumise à une forte pression des mouvements écologistes en Europe et dans le monde, compte tenu de la dimension du marché chinois porteur d’une bonne partie de la croissance du secteur, si une catastrophe survenait en Chine c’est le concept du nucléaire civil lui-même qui serait menacé.

Dans son analyse de la situation de sécurité des centrales nucléaires chinoises, Hui Zhang affirme que le secteur a fait de substantiels progrès dans la protection physique des unités, mais que beaucoup reste à faire pour insuffler une vision globale qui impliquerait à la fois les scientifiques, les techniciens, les commerciaux, les forces de sécurité et les politiques.

L’approche actuelle pèche aussi par manque de standards clairs applicables à chaque unité de production. Selon Li Ganjie, directeur de l’agence nationale de sécurité nucléaire les actuels critères ne sont pas à la hauteur de la menace que poseraient des groupes bien organisés et dotés d’armements puissants.

Enfin s’il est vrai que le régime commence à communiquer sur les risques terroristes, il faut souligner que, compte tenu de la sensibilité sociale et écologique du sujet, les communications officielles sur les risques écologiques et ceux affectant la sécurité des populations posés par la multiplication des centrales chinoises dans les zones très peuplées, sont inexistantes. Il est cependant certain, comme l’indiquent les quelques réflexions récentes sur la nécessité de basculer vers l’ouest l’épicentre du parc nucléaire, que la question préoccupe les responsables.

…en dépit d’une claire prise de conscience…

En juillet 2013, un document du « Center for Strategic and International Studies » (Washington) rappelait que la Chine avait réagi rapidement à l’accident de Fukshima en arrêtant, moins d’une semaine après le désastre japonais, les procédures d’autorisation des nouvelles centrales et en ordonnant des inspections de sécurité de tout le parc y compris celles des centrales dont la construction était en cours. A cette époque, les réflexions du régime portèrent sur la localisation géographique des réacteurs, leur conception et les risques de fuite radioactive.

Après avoir rappelé que la Chine n’avait jamais connu d’incident nucléaire dépassant le niveau 2 sur l’échelle INES (Echelle internationale des événements nucléaires – reconnue par l’AEIA) – l’accident de Three Miles Islands aux Etats-Unis en 1979 avec fusion partielle du cœur du réacteur et fuites radioactives légères avait été classé au niveau 5, celui de Fukushima et Tchernobyl au niveau 7 (rejets radioactifs majeurs avec risques graves sur l’environnement et les populations) – le rapport de sécurité adopté par le Conseil des Affaires d’État en octobre 2012, formulait des recommandations adoptées par le 12e Plan.

Celles-ci portaient notamment sur les lacunes du cadre juridique inadapté à l’ampleur de développement du parc, sur les très graves déficits en ressources humaines qualifiées et sur la tendance de la filière à multiplier les centrales de génération plus ancienne à la sécurité trop dépendante d’une intervention humaine, qui comptaient pour près de 50% des unités en construction au moment de Fukushima.

sur fond de concurrence entre Westinghouse et EDF/AREVA

Enfin, il est intéressant de noter que le document du CSIS qui n’oublie pas les intérêts commerciaux américains, termine sa réflexion sur la problématique bien connue de la coopération avec la filière nucléaire chinoise exigeant des transferts de technologies en échange de l’accès au marché, au risque de créer un concurrent très efficace sur le marché mondial. Ces considérations rejoignent celles des Français AREVA et EDF, qui à l’occasion furent eux-mêmes en désaccord sur le rythme et l’ampleur des transferts de technologies à consentir au partenaire chinois.

Dans une situation où s’entrecroisent les intérêts commerciaux bien compris, moteurs du développement de la filière, mais parfois au détriment des exigences de sureté, les implications de la coopération avec la Chine assorties de la crainte des captations de technologies et enfin la compétition commerciale et industrielle en Chine entre Westinghouse, AREVA et EDF, il n’est pas anodin de rappeler qu’en représailles des attaques de Washington contre les services de renseignement de l’APL à propos des intrusions informatiques de l’armée chinoise, Pékin a suspendu les négociations en cours avec l’Américain Westinghouse pour l’achat de 8 réacteurs AP 1000.

L’incident est survenu 9 mois après l’étude du CSIS qui préconisait l’approfondissement de la coopération nucléaire avec la Chine. L’argument utilisé était précisément le défi de la sécurité des centrales chinoises, directement lié à la pérennité de la filière en Chine et hors de Chine.

Au passage, le CSIS saisissait l’occasion pour faire l’apologie du système de sécurité passive de l’AP1000 de Westinghouse qui ne nécessite aucune intervention humaine. En réalité, même si des progrès substantiels ont été réalisés dans la conception des réacteurs de 3e génération, il n’existe à ce jour aucun système de sécurité offrant une assurance à 100%.

Lire The United States and China : Making Nuclear Energy Safer, document PDF.

Photo Réacteur AP 1000 de Westinghouse à Sanmen.


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