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Le Cambodge est l’un des pays du sud-est asiatique où l’influence de la Chine est la plus voyante, avec ses colonies de Chinois d’outre mer installés par vagues successives depuis le XVe siècle. Aujourd’hui estimée à près d’un million de personnes, la présence chinoise - avec une ambassade aux dimensions impressionnantes, seule représentation diplomatique d’un membre permanent du Conseil de Sécurité officiellement restée ouverte durant la période khmère rouge -, est active dans le petit commerce informatique, l’import-export, l’hôtellerie, la banque, les loisirs nocturnes, qui dérapent vers le trafic de femmes, l’exploitation et le commerce du bois, à partir de très substantielles concessions accordées par le pouvoir khmer.
Son influence politique, relayée par les réseaux d’hommes d’affaires sino-khmers, gratifiés par le Premier Ministre Hun Sen de nouveaux titres nobiliaires, s’alourdit progressivement depuis le milieu des années 90. Elle se nourrit d’aides financières directes estimées à plus de 200 millions de dollars par an, de projets d’infrastructures - comme la remise en état de voies ferrées et l’ouverture d’un nouvel axe nord-sud jusqu’à Sihanoukville - et d’investissements d’affaires, dont le volume dépasse le milliard de dollar. En contrepartie, Pékin obtient de nouvelles concessions minières et place ses groupes pétroliers dans des positions privilégiées pour l’exploitation du pétrole off-shore dans le golfe de Sihanoukville.
Le tout dessine une situation très particulière d’un pays, qui bénéficie encore de très importantes aides directes internationales, estimées à près d’un milliard de dollar par an (plus de la moitié viennent du Japon et de l’UE et 30% de Chine), mais dont le système politique, encore contrôlé par d’anciens Khmers Rouges, glisse progressivement vers un schéma de parti unique, et où le poids de la Chine aggrave encore les tendances à la corruption des élites et à l’arbitraire d’une société toujours très inégalitaire.
Au point que Françoise Mengin, Directrice de recherche à Sciences Po, a pu écrire dans un de ses rapports : « De fait, l’aide et l’investissement chinois (au Cambodge NDLR) contribuent à consolider une économie politique fondée tout à la fois sur l’arbitraire, le renforcement des inégalités et de la violence, et le chevauchement des positions de pouvoir et d’accumulation ».
Plus largement, cet épisode témoigne de la capacité grandissante de la Chine à résister aux pressions des pays occidentaux et des organisations internationales de droits de l’homme qui l’accusent de violer les droits fondamentaux de l’individu. Le poids de Pékin en Asie et dans le monde s’accroît avec sa puissance économique, tandis que les économies de l’Afrique, de l’Asie Centrale, de l’Asie du Sud et du Sud-est sont de plus en plus connectées avec celle de la Chine, par ailleurs avide des ressources disponibles dans ces régions.
Dans ce contexte, les partenaires les plus fragiles de la Chine, et en premier lieu certains de ses voisins méridionaux comme le Laos et le Cambodge, dont la capacité de résistance est affaiblie, hésiteront de plus en plus à s’opposer aux ambitions économiques et politiques de Pékin, d’autant qu’ils trouvent un avantage direct à une coopération étroite avec le régime chinois, au moins à court terme.
