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Le Yuan, l’étalon Or et le pétrole. Décryptage d’un mythe

Une image contrastée de la puissance du Yuan.

En dépit des efforts chinois et malgré la rumeur d’une garantie Or la part du Yuan dans les finances mondiales est en recul.


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A la fin 2015, la Chine a mis en place un système de paiement interbancaire international (dit « transfrontières »), en Chinois 跨境银行同业支付系统 Kua jing yinhang tongye zhifu xitong, en Anglais Cross-Border Interbank Payment System – CIPS – spécialement désigné pour faciliter les paiements internationaux en monnaie chinoise.

Les statistiques montrent que le dispositif fonctionne. Selon les données « Swift » (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) en juin 2017, plus de 1900 institutions financières - dont 600 banques internationales -, effectuaient des paiements en Yuan (dont 1295 opèrent directement avec la Chine ou Hong Kong) soit une augmentation de 16% en 2 ans.

La position dominante dans le commerce des matières premières dont la Chine est un des premiers acheteurs, fait que le Yuan devient progressivement plus important dans les transactions de ces secteurs. Les paiements transfrontières en RMB par internet ont également contribué à l’internationalisation du Yuan.

En juillet 2017, les autorités bancaires chinoises avaient accordé 30 licences autorisant des sociétés internet à créer des plateformes de paiement en ligne vers l’étranger, le géants chinois du secteur WeChat de Tencent et Alipay ayant respectivement 800 et 450 millions d’utilisateurs dans le monde directement ou indirectement liés à la diaspora.

Globalement, l’augmentation des paiements en Renminbi a particulièrement été sensible le long des routes de la soie en Asie Centrale au Kazakhstan, au Kyrgyzstan, au Tadjikistan, au Turkménistan et, dans l’ASEAN, de la Chine vers l’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie et le Vietnam. Mais l’image n’est pas aussi positive sur toutes les destinations des routes de la soie.

Jusqu’à présent les lettres de crédit en RMB ont été peu nombreuses vers l’Egypte, le Kenya, la Grèce et l’Inde. La situation est également indécise en Europe, où les paiements en Yuan augmentent vers l’Allemagne, la Pologne, la Tchécoslovaquie, tandis qu’ils diminuent vers la France, les Pays Bas et l’Italie.

En prenant de l’altitude pour embrasser l’ensemble du paysage des paiements internationaux, force est de noter que, depuis l’accès du Yuan au cercle des monnaies de référence du FMI, annoncée par Christine Lagarde le 30 novembre 2015 (lire notre article Le Renminbi accède au cercle fermé des monnaies de référence du FMI.), en dépit des efforts de Pékin, malgré la part grandissante des paiements en Yuan dans le commerce des matières premières et dans les règlements internationaux en ligne, la réalité mise à jour par les données de Swift est que la part du Yuan chinois dans les paiements internationaux a reculé depuis 2016.

En juin 2017, la monnaie chinoise se situait au 6e rang mondial, avec une part passée de 2,09% à l’été 2016 à 1,98% un an plus tard. Le recul était accompagné par une chute de 43% des lettres de crédit rédigées en RMB, nettement plus rapide que le recul global des lettres de crédit calculé à 33% par Swift.

Les périlleuses conditions de la prévalence du Yuan.

Aujourd’hui, homothétique du rêve chinois d’une renaissance aux « caractéristiques chinoises », à l’écart des standards occidentaux, l’ambition du Politburo à Pékin serait que la puissance de la monnaie chinoise se hisse au niveau du Dollar et de l’€.

Mais pour atteindre cet objectif, il y a un passage obligé que même la référence à l’Or, toute attractive qu’elle soit, ne pourra pas escamoter : la totale et libre convertibilité du Yuan. Seul ce pas que la machine politique chinoise inquiète de ses conséquences internes, hésite à sauter, permettrait de donner à la monnaie chinoise un élan et une place à la hauteur du poids économique de la Chine.

Alors que le régime chinois en redoute les conséquences politiques, la mesure qui transformerait le Yuan en monnaie de réserve, aurait techniquement de considérables avantages.

La part du Yuan dans les contrats internationaux augmenterait mécaniquement, tirant son influence vers le haut ; rédigées en Yuan les transactions d’exportation des matières premières chinoises seraient libérées des fluctuations du Dollar ; toutes les banques centrales rédigeraient un part plus importante de leurs réserves en Yuan dont la demande sur les marchés augmenterait en même temps que sa valeur ; les exportateurs chinois pourraient emprunter sur le marché financier mondial à des taux plus avantageux ; tandis que, dernier avantage et non des moindres, la position de Pékin dans ses négociations avec les États-Unis et l’Europe serait renforcée.

Mais le Bureau Politique chinois qui continue à contrôler sévèrement le compte de capital et le change, entend bien conserver la stricte maîtrise du levier que constitue sa monnaie dans une période où le Parti est engagé dans un cycle de réformes financières et industrielles, dont personne ne peut nier l’impact social et les conséquences sur la stabilité du tissu industriel chinois déjà fragilisé par l’accumulation des dettes.

La longue route de Zhou Xiaochuan.

A 69 ans, Zhou est en poste à la Banque Centrale depuis 15 ans. On le crédite d’avoir favorisé l’internationalisation du Yuan. Mais lui-même concède que la route vers le statut de monnaie de réserve du RMB est longue dans un contexte marqué par l’accumulation des dettes et une épidémie de fuite des capitaux tirant la monnaie à la baisse en dépit de l’injection de 1000 Mds de $ pour le stabiliser.


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Dans une récente interview à Caijing, le gouverneur de la Banque Centrale Zhou Xiaochuan a tracé la route des réformes qui est aussi celle de ses contradictions, traçant le long chemin du Yuan vers le statut de monnaie de réserve. Les intentions du Gouverneur Zhou s’articulent à 3 objectifs dont le simple énoncé mesure le chemin à parcourir : « libérer le commerce et l’investissement ; laisser le marché décider du taux de change du Yuan ; abandonner le contrôle du compte de capital ».

Le 15 octobre dernier, participant aux côtés de Janet Yellen, présidente de la réserve fédérale américaine et de Haruhiko Kuroda, gouverneur de la Banque du japon, à un séminaire à Washington en marge des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale, Zhou Xiaochuan a rappelé les vulnérabilités chinoises.

En dépit des efforts qui parviennent à réduire peu à peu l’impact de la finance grise, les dettes accumulées dans les comptes des groupes industriels (120 à 130% du PIB) et dans ceux des administrations locales, restent trop élevées. Tout comme celles des comptes publics qui atteignent 70% du PIB, contrairement aux 36% communément admis par les observateurs.

Parlant avec franchise, Zhou a également mis le doigt sur quelques autres désordres des finances chinoises dont nombre d’observateurs craignent l’impact sur les équilibres globaux en cas de choc interne grave. S’il est vrai que la dette chinoise n’est pas connectée au marché financier international, un accident interne déclencherait cependant des vagues de secousses internationales par le truchement des investissements étrangers dans les groupes chinois à risques.

Plaidant pour moins de relance et plus de transparence, le gouverneur en place depuis 2002 que le magazine Forbes a désigné en 2011 comme la 11e personnalité la plus puissante de la planète, a pointé du doigt l’opacité des comptes des administrations locales et le désordre des fonds de gestion d’actifs (lire L’arrestation du PDG des assurances Anbang, pointe émergée du labyrinthe financier et politique chinois.) dont l’ampleur atteint 80% du PIB, mais dont la régulation est socialement d’autant plus complexe qu’ils sont très populaires, considérés par les petits porteurs et nombre d’investisseurs comme rentables, attractifs et sûrs. Lire aussi : Plongée dans les arcanes contradictoires de la finance chinoise.

Après son passage au séminaire de New-York, Zhou Xiaochuan a continué son combat pour plus de rigueur. Début novembre, il intervenait sur le site de la Banque Centrale d’abord pour rappeler que la faiblesse des contrôles avait favorisé la création de bulles spéculatives dans les prêts bancaires en ligne et l’immobilier, ensuite pour décrire la difficulté des rapports entre le Centre et les provinces, au cœur des difficultés de la gestion du système financier chinois.

Les difficultés de la régulation chinoise.

Le graphe montre l’accumulation des dettes des entreprises à plus de 120% du PIB. Celle de l’État sont à 70% du PIB


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Analysée par un article du site « This Week in goopolitics » du 13 novembre, signé par Georges Friedman et Mathew Masse, l’intervention de Zhou Xiaochuan est à elle seule un argumentaire expliquant les raisons de la prudence chinoise et la difficulté à abandonner le contrôle du compte de capital.

Le sujet évoque la création le 8 novembre dernier d’une nouvelle structure de régulation financière s’ajoutant à de nombreuses autres, dite « Commission de régulation pour un développement stable du système financier 金融 稳定 和 发展 委员会 Jinrong wending he fazhan weiyuanhui ». Son but : mieux contrôler les débordements de la finance grise des banques en ligne (100 à 120 Mds de prêts très avantageux sans aucun contrôle) et des fonds spéculatifs.

Mais, dit l’article qui passe en revue la longue suite des débordements nés de la distance entre les administrations locales et le centre, à quoi s’ajoute la disparité foisonnante des acteurs attirés vers les marges de la légalité par leur cupidité, « il n’y a pas de raison que cette nouvelle Commission soit plus efficace que les autres. ».

La tâche de Zhou Xiaochuan est en effet compliquée par le nombre d’acteurs chinois qui, opposés aux régulations et à la transparence, sont au contraire systématiquement en faveur de la relance fiscale et budgétaire arrosant le pays de crédits faciles à la racine des dettes.

La conclusion dessine l’ampleur de la tâche : « la régulation financière est un exercice difficile, mais le gouvernement pas d’autre choix que s’y attaquer ». Elle met également le doigt sur les responsabilités du Gouverneur au regard d’un possible risque systémique chinois : « les conséquences sur l’économie mondiale d’un effondrement de l’économie chinoise qui en 2016 comptait pour 36% de la croissance mondiale, menacent d’être sévères » (…) Seraient plus particulièrement touchées « une série de pays divers, allant de la Corée du Sud à la Corne de l’Afrique en passant par les États-Unis et l’Allemagne. ».

Dans ce contexte, alors que le pays est engagé dans un vaste programme de rénovation qui, avec « les nouvelles routes de la soie » se projette d’une manière inédite à l’extérieur avec, au moins dans les projets affichés, une ampleur rarement observée dans l’histoire, tandis qu’à l’intérieur les réformes secouent une longue liste d’intérêts corporatistes et s’attaquent avec une brutalité qui ne faiblit pas à la corruption de l’administration, des grands groupes, des parlementaires et de l’armée, on comprend que le régime ne souhaite pas prendre le risque de se lancer dans l’inconnu d’un relâchement du compte de capital et du contrôle de sa monnaie.


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