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›› Lectures et opinions

Les éditions du « non-agir » sont de retour

A l’occasion de la rentrée littéraire, Alexis Brossollet, créateur inventif des éditions du non-agir, sinologue à la fois plein d’humour, espiègle et talentueux, se rappelle à notre souvenir avec une collection d’excellentes nouvelles.

D’abord, et c’est assez rare pour en faire une information sinologique de premier plan, l’auteur nous signale la publication sous sa signature d’un « Petit dictionnaire français-chinois-français du “mandarin pas classique“ de la Langue familière & argotique, insultes, injures & jurons, amours & appendices ».

Dictionnaire de « Chinois pas classique. »

A ne pas mettre entre les mains des âmes sensibles.


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L’ouvrage comporte « 3000 termes et presque autant d’exemples bilingues triés en plusieurs chapitres et par sujets ». La sophistication pratique de la mise en page, va jusqu’à présenter ce trésor linguistique inédit par ordre de vulgarité (...), ce qui permet aux pudibonds de se tenir à l’écart du pire.

A ce propos l’auteur met en garde que son dictionnaire « n’est évidemment pas à mettre entre les mains des âmes sensibles. » (…). En même temps, il souligne « qu’il constitue un ajout indispensable à la bibliothèque de tous les étudiants de chinois et, plus généralement, à celle de tous les amoureux du mandarin ».

La remarque est on ne peut plus exacte. « Aucun ouvrage comparable n’existait jusqu’alors. Même en anglais-chinois, les quelques lexiques sur les mêmes thèmes étaient beaucoup moins ambitieux. » (...)

(...) « L’ouvrage est disponible dans les bonnes librairies - dont, bien sûr, le Phénix et You Feng -, ou bien aux éditions du non-agir, ou encore directement en ligne. »

Ce n’est pas tout.

Bus de nuit, par Zuo Ma, est une œuvre au réalisme magique où l’auteur-dessinateur Zuo Ma (左 瑪) digresse avec talent dans l’enchevêtrement urbain et rural de la Chine à partir du fil conducteur d’un voyage en bus, la nuit.


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Non seulement, Alexis Brossollet s’était lancé dans la traduction des fameuses Lianhuanhua 连 环 画, « images enchaînées » de la tradition populaire, fameuses BD réalistes qui faisaient fureur pendant la guerre civile et encore longtemps après l’avènement de Mao et même bien après sa mort.

Célèbres dans les années 40 - 50, jusqu’à la fin les années 80, elles diffusaient les classiques de la littérature - chinoise ou non -, et étaient abondamment utilisées comme appui visuel par la propagande du régime.

Mais, récemment notre sinologue hors normes qui explore la Chine par ses aspects sociaux les plus vibrants, sortant du cadre convenu de l’observation socio-politique traditionnelle des sinologues modernes a, pour les éditions Cambourakis, traduit un roman graphique réaliste « Bus de nuit 夜 间 巴 士 dans l’édition chinoise de Zuo Ma (左 瑪) [1], paru le 19 août.

L’extrait de la présentation de l’éditeur plonge d’emblée le lecteur dans la profondeur de mystères insoupçonnés que les observateurs de la Chine abordent rarement.

« Lorsque le dernier bus ou le dernier train de la journée est passé, pas d’autre choix pour rentrer chez soi que d’emprunter le bus de nuit. Les arrêts sont moins nombreux mais d’autant plus propices à la conversation et à la découverte de quartiers inconnus. Car il n’est pas dit que le bus de nuit nous conduira là où l’on souhaite se rendre de prime abord. (...) »

(...) « Peut-être même marquera-t-il l’arrêt dans des contrées imaginaires… Entre rêve et réalité, familier et fantastique, Zuo Ma nous convie à un sublime voyage empreint d’une douce magie où émotions, souvenirs et désirs les plus profonds ressurgissent de manière inattendue. (...)

(...) « Et si la destination finale se fait désirer, les arrêts intermédiaires ne manqueront pas de nous révéler ce que l’on ignorait même être en train de chercher. » (Bus de nuit (Français) Broché)

Conseils de lecture.

La Montagne vide 空山 du sino-tibétain A Lai est le titre d’une saga sociale en six ouvrages de la vie du village de Ji au nord-ouest du Sichuan.


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Alexis Brossollet suggère aussi la lecture de La Montagne vide - 空 山 -. « Superbe roman de l’auteur sino-tibétain A Lai, qui inscrit l’histoire dans un village tibétain de l’ouest du Sichuan, successivement plongé dans le Grand bond en avant et la Révolution culturelle. Autant dire que la vie n’y était pas très rose, ce qui n’empêche pas l’auteur d’aborder (parfois) la question avec humour. ». (…)

« La Montagne vide est l’œuvre la plus ambitieuse d’A Lai », dit l’éditeur. « Une saga en six livres, six récits qui se font écho mais tous indépendants, décrivant avec un réalisme sans concessions, la vie du village de Ji et de ses habitants pendant près d’un demi-siècle. » (La Montagne Vide (Bilingue) Broché).

On y voit se télescoper l’obsession de progrès moderniste du Parti communiste chinois et les traditions de la culture tibétaine.

« Au gré du vent », le premier livre de la série est paru aux éditions You Feng, en version bilingue. Bientôt sortira un recueil avec les deux premiers récits du cycle (« Au gré du vent » et « Le feu du ciel »), en français uniquement.

Par la description hyperréaliste de destins individuels malmenés, les ouvrages de la série abordent les tensions de la normalisation politique à l’œuvre dans les provinces allogènes de l’Empire.

La présentation de l’éditeur est un avant-goût de cette plongée dans le sillage de la standardisation politique où l’individu compte peu. « Dans les années 1950, le village de Ji, perdu dans les montagnes enneigées du nord-ouest de la province du Sichuan, connaît les mêmes tourments et difficultés que tous les autres villages de la campagne chinoise. »

Mais, en plus du choc culturel provoqué par l’insistance progressiste de la bureaucratie, certains souffrent aussi de misères particulières. C’est le cas de « Gelha et de sa mère Sangdain, folle mais belle à pleurer qui vivent des miettes que les autorités et la population leur consentent : maigres rations de céréales, bribes de charité... » (...)

(...) « Seule l’amitié du fils de l’ancien bonze Enbo rend la vie supportable aux yeux de Gelha. Malheureusement, les dieux ont déserté le village et ses habitants. Ces derniers sont désormais livrés aux classiques passions humaines... » (Extrait de la présentation des Éditions You Feng).

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A Lai qui est aussi l’auteur des « Pavots rouges » paru en 2010 aux éditions Philippe Picquier, est un écrivain sino-tibétain de 61 ans, fils d’une Tibétaine et d’un Musulman de l’ethnie Hui.

Plus de détails sur A Lai par Brigitte Duzan : A Lai 阿来

Note(s) :

[1De son vrai nom Zou Jian 鄒堅 ; (source Éditions Cambourakis) Zuo Ma est né en 1983 dans la province du Hubei. Diplômé en 2005 de l’Institut de la mode de Pékin, il est auteur de bandes dessinées et illustrateur.

Nombre de ses œuvres ont été publiées dans des magazines indépendants de bandes dessinées comme Special Comix (une revue chinoise récompensée en 2010 par le le Prix de la bande dessinée indépendante d’Angoulême). Ses illustrations ont aussi parues dans la presse chinoise et dans Gentlemen Quaterly.

Ayant également contribué au recueil graphique collectif intitulé Chroniques de Pékin (éd. Xiao Pan), Zuo Ma est l’auteur du « Repos de la baleine » (éd. Xiao Pan) et de « Entre chien et loup » (Cornélius).

Les douze nouvelles étranges qui composent « Entre chien et loup » prennent pour cadre l’univers rural de la Chine contemporaine. Oscillant entre réalisme social, chronique écologiste et récit onirique, elles procèdent par touches délicates pour restituer les caractères ou les ambiances qui sont les véritables intérêts de l’auteur. (extrait du catalogue des ED. Cornelius)


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