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›› Politique intérieure

Les nouveaux « légistes » et l’idéal démocratique

Suppression du Hukou, fluidité du marché intérieur.

Depuis soixante ans, le passeport intérieur 居民户口 簿 Ju Min Hu Kou Ji textuellement, le « registre des résidents » permet de contrôler les flux de population. Avec l’espoir d’augmenter la consommation intérieure, le pouvoir envisage de réduire les restrictions pour améliorer la circulation des consommateurs. Si la mesure était votée à la prochaine réunion de l’Assemblée Nationale Populaire de mars, elle améliorera aussi la fluidité de la main d’œuvre.


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Le troisième sujet, également en rapport avec le vieux souci du Parti de contrôler la population est le Hukou 户口 ou passeport intérieur. Voilà longtemps que le projet de sa suppression est sur la table et régulièrement retardé.

Le 31 janvier 2021, une déclaration du Conseil d’État, évoquant la création « d’un marché intérieur performant 高标准市场 », annonçait un plan d’action destiné à supprimer les obstacles qui handicapent son émergence. Une des mesures dont les détails pratiques n’ont cependant pas été énoncées vise à permettre « une meilleure fluidité des forces du marché 畅通市场循环 en supprimant les blocages politiques 疏通政策堵点 ».

A cet effet, afin de permettre à la main d’œuvre de circuler librement, il est envisagé de mettre à l’essai dans des zones urbaines pilotes l’attribution de certificats de résidence par simple déclaration de domicile par les ménages. La décision qui devrait être arrêtée en mars, lors de la réunion annuelle de l’assemblée nationale populaire, ne concernerait cependant pas les mégalopoles de plus de 5 millions d’habitants, telles que Pékin, Shanghai, Chongqing et Canton.

Si la mesure était conduite à son terme, elle favoriserait en tous cas une meilleure souplesse du marché du travail, notamment au profit des foyers industriels de l’arrière-pays à la population vieillissante désertés par les migrations intérieures vers la côte Est.

La tendance est déjà l’œuvre par exemple à Dongguan 东莞 dans la région de la « Rivière des perles » où les migrants peuvent devenir résidents permanents après cinq ans de contribution au système de sécurité sociale local. Le changement de statut leur ouvre en théorie accès au droit de propriété et aux écoles pour leurs enfants.

La méthode progressive et prudente illustre en tous cas le pragmatisme réfléchi du régime. Anticipant le risque d’assèchement des investissements extérieurs – qui, pour l’instant, n’est pas encore avéré – mais dont la crainte a surgi à mesure que montaient les tensions stratégiques avec l’Occident, le parti s’efforce de développer le pilier économique de la consommation intérieure.

L’endettement des ménages et le nouveau désordre financier.

Selon l’Institution Nationale pour le développement et la finance, centre de recherche public, les familles chinoises qui avaient une longue tradition d’économies, accumulent les dettes. Pour l’instant cependant, le solde avec leurs épargnes reste positif.

Mais le nouvel engouement d’emprunt qui se double d’un emballement des petits porteurs pour les investissements boursiers, crée un paysage financier parfois chaotique, que le pouvoir a du mal maîtriser et où surgissent des monstres financiers dont il craint la capacité d’influence politique. C’est bien cet arrière-plan développé en marge et en concurrence avec le système financier officiel qui fut à l’origine de la mise au pas de Jack Ma. Mais comme les murailles, les normalisations politiques sont toujours contournées.


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Pour autant, en levant partiellement la contrainte du Hukou, l’appareil fait certes disparaître un obstacle, mais il est encore loin d’avoir réussi à faire évoluer le sens de l’épargne des Chinois, principale entrave à la hausse de la consommation intérieure. Mais comme une lente plaque tectonique, la situation bouge, la culture de l’épargne s’étiole érodant régulièrement la puissance financière du pays, au moment même où les charges de l’État augmentent.

Gardons en effet en mémoire que la situation se modifie lentement. Le 30 octobre 2019, James T. Areddy, correspondant à Hong Kong, puis à Shanghai jusqu’en 2020, publiait dans le Wall Street Journal, une étude sur l’ajustement progressif des habitudes d’épargne des Chinois.

Son constat était sans équivoque « alors qu’en 40 ans, le pays a accumulé – parfois de manière illégale ou « grise », mais pas toujours - la plus formidable montagne de capitaux de tous les temps, les citoyens chinois épargnent moins et empruntent plus, à mesure que leurs revenus augmentent » .

Alors qu’il était à près de 40% en 2010, le taux d’épargne des ménages (TEM) est aujourd’hui à 33%. La tendance est lourde. Alors que les jeunes générations n’épargnent presque plus, les projections le situent à 28% en 2025. De plus en plus les ménages chinois achètent à crédit et s’endettent. Si leur dépendance au crédit n’a pas encore atteint celui des pays occidentaux et le record américain à 77,6%, il est tout de même passé de 10% en 2006 à 49%, dix ans plus tard.

L’ouverture du marché intérieur que le gouvernement cherche à favoriser en éliminant les obstacles à la circulation créés par le Hukou, sera aussi favorisé par la baisse de l’épargne, homothétique de l’amélioration des filets sociaux. Le mouvement ne pourra pas être inversé. Son effet collatéral sera qu’il diminuera la force de frappe financière de la Chine et sa capacité d’investissement.

Alors que le système financier public resté rigide – précisément celui critiqué par Jack Ma – tarde à se réformer, la confiance a déserté les institutions officielles pour se porter vers des services financiers plus rémunérateurs. Le mouvement s’accélère au moment où les premiers effets du vieillissement de la population – pour l’instant moins sensibles qu’aux États-Unis ou dans les pays de l’OCDE -, augmenteront encore les charges sociales de l’État.

Enfin, le bouleversement et l’affaiblissement des anciens schémas financiers articulés aux quatre banques publiques, créent des secousses que l’appareil tente de contrôler, au milieu du foisonnement des initiatives favorisées par les nouvelles technologies de l’information.

L’Institut national des finances et du développement confirme que la structure de l’endettement des ménages change. Les prêts pour la consommation à court terme octroyés par quelques clics promus par des géants de l’internet comme Alibaba et Tencent remplacent les prêts hypothécaires classiques. Ils augmentent à un rythme de 20% par an.

Signe du changement de paradigme et de leur faible ampleur individuelle, 4/5e d’entre eux sont garantis par des voitures d’occasion.

En même temps, justifiant la nervosité de l’appareil et la férocité des sanctions, le grand souci du pouvoir est que - les statistiques datent de 2018 - la Banque Centrale a enregistré une hausse de 19% des impayés sur les cartes de crédit, évalués à 79 milliards de yuans – 10 Milliards d’€ - , soit 10 fois le niveau de 2010, tandis que le taux de défauts en ligne a augmenté de 20%.


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Par vanoost Le 15/02/2021 à 13h23

La gouvernance par les nombres

Le dernier livre d’Alain Supiot La gouvernance par les nombres donne bien les Légistes comme source de la politique chinoise actuelle. La lecture du chapitre concernant la Chine est particulièrement éclairant... et inquiétant.

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