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Nouvelles lucidités. Malentendus de l’OMC. Vulnérabilités chinoises et faux semblants.
« Il est clair qu’en poursuivant son approche étatique, les politiques et pratiques de la Chine remettent en cause les règles de l’OMC et causent de graves dommages aux travailleurs et aux entreprises du monde entier » Déclaration du de Katherine Tai, la représentante américaine au Commerce de février 2022 ©AFP
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Lors du Conseil des ministres franco-allemand de juillet, le Chancelier Merz appelait à réagir au déséquilibre commercial, tandis que le Président Macron réclamait « des mesures d’urgence, » supposées plus efficaces que « de longues enquêtes. »
Le contexte des échanges extérieurs de l’UE souligne le déséquilibre des relations commerciales avec la Chine. « Hors Chine, l’excédent européen avoisine les 490 milliards d’euros. L’Europe n’a donc pas un problème global de compétitivité dans le commerce des biens. Elle a un grave problème chinois qui n’existe avec aucun de ses autres partenaires commerciaux. »
Au milieu de ces controverses tactiques essentiellement articulées au déficit commercial au profit de la Chine également au cœur des crispations sino-américaines, et, pour l’Europe, à la spectaculaire invasion des véhicules électriques chinois, 30% moins chères à qualité comparable, la très utile réflexion de Pascal Lamy considère l’ampleur du hiatus systémique entre l’approche chinoise et celle de l’UE.
A l’origine, la discordance de principe remonte à l’accord commercial UE-Chine de 1995, au moment où la Chine était en pleine transformation dans le sillage de l’impulsion d’ouverture économique de Deng Xiaoping, quand tous les pays développés rivalisaient d’initiatives concurrentes pour se tailler une part du marché intérieur chinois.
Pour Pascal Lamy le malentendu prend racine dans la naïveté des architectes de l’accord et des négociateurs convaincus que les surproductions chinoises s’ajusteraient d’elles-mêmes par la hausse des prix, la valorisation du Yuan et l’augmentation des salaires.
Mais, ajoute l’ancien Directeur de l’OMC, « ce mécanisme [d’ajustement] ne pouvait pas fonctionner pour la Chine, première puissance manufacturière mondiale car ses règles n’ont pas été écrites pour un membre capable de le neutraliser. » En d’autres termes la question se pose de l’efficacité des règles de l’OMC face à un capitalisme d’État de cette ampleur dont la puissance les contourne.
Pékin balaye l’argument en expliquant que les problèmes ne sont ni les subventions, ni les surcapacités et encore moins l’invasion quantitative, mais simplement un différentiel de compétitivité entre l’offre chinoise et l’offre européenne.
Ce n’est pas tout à fait exact. L’un des meilleurs exemples est le constructeur automobile BYD.
Ses avantages compétitifs sont réels. « Mais, selon l’Institut Kiel, plus ancien organisme de recherche économique allemand fondé en 1914, même BYD qui se dit indépendant, a reçu des subventions directes totalisant 2,1 milliards d’€ en 2022, soit 3,5 % de son chiffre d’affaires. »
Ce qui, correspondrait pour le constructeur Français Renault à 2 milliards d’€. Très au-dessus des aides publiques de 237 millions d’€ reçues par l’entreprise française dont le chiffre avait été communiqué au Sénat en 2023.
Plus encore, alors que six ans après l’admission de la Chine à l’OMC, Wen Jiabao, le Premier Ministre de l’époque avait, le 16 mars 2007, face à l’Assemblée Nationale, déjà lui-même alerté sur les vulnérabilités de la croissance chinoise « instable, déséquilibrée, non coordonnée et pas durable », près de vingt ans plus tard, les commentaires de Pascal Lamy pointent directement les fragilités les plus criantes de la situation domestique chinoise.
Marquée par une dette interne évaluée selon le FMI à l’équivalent de 50 000 milliards d’€ et par la chute de la consommation interne, l’essoufflement domestique a, par compensation, directement débouché sur l’exigence d’appuyer de plus en plus la croissance à l’élan d’exportation.
« L’éclatement de la bulle immobilière a fait fondre le patrimoine des ménages à un point tel que les familles chinoises en souffrent encore. Les ventes de voitures sur le marché intérieur ont reculé dix mois d’affilée jusqu’en juillet, pendant que les exportations automobiles bondissaient de près de 90 %. »
Dans son constat, Pascal Lamy aborde au passage la question de la dette interne ayant atteint 300 % du PIB.
Selon lui et en substance, les vastes surplus commerciaux et les importantes réserves de change, bilan de la frénésie d’exportations, seraient le moyen de créer un « matelas » de sécurité permettant, en cas de coup dur, d’éponger la dette globale interne. Supérieure à 300 % du PIB, elle agrège le déficit budgétaire de l’exécutif, les dettes des entreprises et celles des collectivités locales.
Enfin, revenant sur le sujet de l’entrée de la Chine dans l’OMC qu’il connaît bien, l’ancien Directeur Général rappelle à plusieurs reprises les malentendus ayant brouillé les conditions de son admission.
Au cœur du débat, un quiproquo politique.
L’adhésion à l’OMC n’obligeait pas la Chine à se transformer en une économie libérale de marché. Elle a surtout exigé qu’elle respecte un ensemble précis de règles commerciales, tout en lui permettant de conserver une grande partie de son modèle économique.
L’exportation, nouveau moteur invasif de la croissance chinoise. Faiblesse de la solidarité européenne. Tensions Chine-UE
Par un communiqué du 27 avril, 2026, le ministre du commerce Wang Wen Tao avait menacé de représailles l’UE si cette dernière adoptait sa loi visant a réindustrialiser l’Europe sans prendre en compte la position de la Chine. « Si l’UE ignore les suggestions de la Chine et insiste pour faire adopter ce texte, portant ainsi préjudice aux intérêts des entreprises chinoises, la Chine n’aura d’autre choix que de prendre des contre-mesures ».
En cause l’exigence imposée par Bruxelles aux secteurs stratégiques d’incorporer à leurs productions un pourcentage minium de composants critiques originaires d’Europe pour bénéficier des subventions et prétendre aux marchés publics.
La mesure vise particulièrement l’industrie automobile notamment les véhicules électriques, les technologies d’énergies décarbonées (panneaux solaires, batteries, pompes à chaleur), les centrales nucléaires, ainsi que les industries lourdes et les matières premières cruciales.A la date du 10 octobre, la procédure législative europenne est toujours en cours. Le soutien aux mesures est majoritaire, mais des divergences subsistent sur leur application et leur calendrier.
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Pour stabiliser sa situation politique interne, la Chine fait dérailler la loi du marché et de la concurrence en subventionnant des entreprises non viables. En tenant la tête des « entreprises zombies » hors de l’eau, elle détruit l’argument économique de la concurrence libre, loyale et non faussée.
Autre particularité soulignée par Pascal Lamy, en investissant simultanément toutes les gammes des échanges planétaires, la Chine qui réduit mécaniquement la part des autres acteurs, fonde l’accusation de détruire le commerce mondial.
Alors que les émergents asiatiques comme le Japon, la Corée et Taiwan ont fait évoluer leur production et leurs exports d’une faible valeur ajoutée vers le haut-de-gamme, la Chine a continué à produire des textiles et des jouets. En même temps elle développait sa production dans les secteurs de l’acier, de la chimie, des panneaux solaires, des batteries, des voitures, des machines-outils, des semi-conducteurs et des médicaments.
Résultat, la part chinoise dans la valeur ajoutée manufacturière mondiale est passée de 8,5 % en 2004 à 28 % en 2024, tandis que celle de l’Union européenne baissait de 25 % à 17 %. Un des effondrements industriels les plus douloureux est le secteur des cellules photovoltaïques. En 2007 l’Europe produisait 30% de la demande mondiale. Aujourd’hui elle n’en exporte plus que 1%
La conclusion de l’article exprime une urgence européenne. L’UE doit, le plus rapidement possible achever l’intégration de son marché intérieur « là où subsistent des trous dans la raquette en finance, en énergie et en connectivité »
Un exemple extrême du déficit européen de solidarité industrielle est l’automobile.
En 2024, tous les constructeurs allemands se sont pour des raisons différentes opposés aux « droits compensatoires européens » destinés à pondérer les subventions chinoises aux véhicules électriques exportés en Europe. Leur valeur vaut de 7,8 % pour Tesla à 35,3 % pour les véhicules de la SAIC en passant par 17 % à BYD et 18,8% pour Geely.
Alors que Mercedes et BMW les avaient également rejetés, le plus ardent opposant fut Olivier Blum PDG de Volkswagen dont le projet industriel est étroitement impliqué en Chine avec 13 sites de production de véhicules et 21 usines de composants.
Stellantis (Peugeot, Citroën, DS Automobiles, Fiat, Alfa Romeo, Jeep et Chrysler), moins impliqué que Volkswagen, visant surtout les marchés européen et américain est quand même opposé aux droits, par crainte qu’une escalade commerciale nuise à ses intérêts en Chine.
Enfin, moins impliqué en Chine que les groupes allemands, le Français Renault adopte des positions plus nuancées.
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Depuis qu’elle est entrée dans l’OMC avec un statut transitoire de pays en développement et en conservant intact son système politique, la Chine écrase le commerce mondial par la puissance invasive de ses exportations. « Personne n’avait imaginé que. par sa seule taille, un pays, ne laisserait plus rien aux autres », dit Pascal Lamy.
Devenues l’indispensable moteur d’une croissance interne en perte de vitesse, les effets disruptifs des vastes surproductions du système industriel chinois sont au cœur des alertes américaines et européennes. Elles sont à l’origine de la brutale réaction de Washington et commencent à fédérer une solidarité européenne toujours hésitante.
Le secteur automobile submergé par les modèles chinois nettement moins chers et à qualité égale est un bon exemple. Faute de mesures de protection, les aides et subventions - prêts préférentiels, aide à l’achat de terrains et subventions aux producteurs de batteries -, que la Chine continue à accorder, tout en les niant, à ses constructeurs ont la capacité de détruire le vieux tissu industriel européen.
Alors que, pour juguler l’inflation interne, Pékin, surveille artificiellement le taux de change de sa monnaie dont la sous-évaluation fluctue entre 16 et 30% - autre avantage décisif à l’export -, Pascal Lamy suggère de riposter à la Chine en généralisant à tous les échanges le système adopté par l’Europe au secteur de l’acier qui combine quotas, droits de douane élevés, traçabilité des importations et taxes de décarbonation appliquées aux entrants chinois.
