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Les trois lectures d’un inconfortable statu quo

Selon un principe communément admis, personne ne peut s’opposer à la volonté d’un peuple souverain, surtout lorsque celle-ci est exprimée à travers une consultation démocratiquement organisée, élection ou référendum. A cet égard, l’élection présidentielle à Taiwan en mars 2008, éventuellement assortie d’un référendum sur la demande d’admission de l’île nationaliste à l’ONU, entrera pleinement dans ce cadre. Souverain, le pouvoir de Taipei peut bien prétendre l’être puisqu’il possède ses deux attributs essentiels, à savoir l’armée et la monnaie. En ce qui concerne la démocratie, personne au monde, pas même à Pékin, ne conteste la nature du régime politique de l’île. Or la réalité n’est pas aussi simple, bien au contraire.

Selon un autre principe, tout aussi communément admis, la paix et le fragile équilibre des forces entre les deux rives du détroit de Formose sont conditionnés par le maintien d’un statu quo qui pourrait fort bien être bouleversé par l’élection et surtout le référendum. En apparence, le statu quo est voulu ou accepté par Pékin, Taipei et Washington, mais pour chacun, ce vocable évoque des significations différentes qui méritent une analyse approfondie.

A Taiwan, le statu quo signifie d’abord la préservation des acquis, à savoir une indépendance de fait. Cela est une évidence pour le parti de gouvernement (DPP) qui prône l’indépendance comme l’objectif final de son programme politique. La position du KMT (parti de l’opposition depuis l’an 2000) est plus nuancée. Le parti fondé par Sun Yat-sen en Chine, il y a environ un siècle, ne s’oppose certes pas à une perspective d’unification avec le continent, il lui importe en premier lieu, néanmoins, de reconquérir le pouvoir à Taiwan et pour cela d’adapter sa politique au contexte local. L’évolution démographique de l’île pousse nettement vers une séparation d’avec le continent. D’ici quinze à vingt ans, la quasi-totalité des électeurs de Taiwan seront natifs de l’île. Il est difficile d’imaginer qu’une population vivant sous un régime démocratique voudrait alors s’unir avec un voisin autoritaire qui maintiendrait sa menace de recourir à la force pour parvenir à ses fins.

Pour la Chine continentale, le statu quo reste le meilleur des compromis, faute d’obtenir l’unification dans un avenir proche. Le retour de l’île nationaliste au sein de la mère patrie a un large écho chez les Chinois continentaux, bien au-delà de la sphère du pouvoir et des partisans de l’idéologie marxiste. Dans l’acception continentale du terme, le statu quo signifie l’inclusion de Taiwan dans le territoire chinois au regard du droit international. C’est pourquoi Pékin use tous ses moyens pour empêcher une reconnaissance de l’île par toutes les organisations internationales et tous les pays ayant les relations diplomatiques avec la Chine. Cette politique d’isolement international de Taiwan est jusqu’à maintenant couronnée de succès, à cause du poids croissant de la Chine dans l’économie et le commerce mondial.

Vu de Washington, le statu quo dans le détroit de Formose signifie avant tout le maintien du leadership américain dans cette région. A court terme, les Américains ont tout intérêt à ce que les tensions entre la Chine et Taiwan ne débouchent pas sur un conflit militaire. Le Département d’Etats n’hésite pas à vivement critiquer le projet de référendum taiwanais, le qualifiant d’acte provocateur. A plus long terme, l’Administration de Washington s’inquiète également de l’influence croissante de la Chine dans cette région. Le rôle d’arbitre que jouent les Etats-Unis en Asie-pacifique se trouve, à l’heure actuelle, encore compliqué par leur enlisement militaire en Irak et la perspective d’un ralentissement économique suite à la crise des « subprimes »...

Vox populi contre les intérêts des puissants de ce monde ? C’est l’impression que peut donner la situation de Taiwan en ce moment. Avec ou sans référendum, le danger d’un conflit militaire n’est pas immédiat tant que Pékin veut en priorité réussir l’organisation des JO en 2008. La question de Taiwan n’en reste pas moins une bombe à retardement dont nous connaissons maintenant les conditions de déclenchement : montée des sentiments identitaires dans l’île, ralentissement économique et tensions sociales sur le continent, hésitations des Etats-Unis sur la conduite à tenir en cas de crise... Le Kosovo n’est pas très loin.


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