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›› Taiwan

Ma Ying Jeou défend son bilan et veut s’assurer le soutien des Etats-Unis

Il reste que sur la question des relations avec la Chine, le grand projet de Ma, encore très controversé dans l’Ile, repose sur l’adoption d’un accord cadre pour la coopération économique dans le Détroit. Dans son esprit qui, dit-il, « privilégie l’approche géographique, plus pragmatique, plutôt que les repères historiques toujours sensibles », il s’agit de favoriser l’accession du marché chinois aux compagnies taïwanaises, tout en permettant à l’Ile, placée au centre d’un réseau de puissances économiques majeures de la zone Asie Pacifique, de se constituer en plaque tournante logistique et « high-tech », qu’il voudrait incontournable, non seulement pour les relations entre les Etats-Unis et l’Asie du Nord Est, mais également pour les liens avec l’ASEAN.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. La négociation avec la Chine pour la signature de l’accord cadre - la troisième série de négociations entre les émissaires de Pékin et de Taipei, a commencé le 25 avril à Nankin - s’annonce difficile. Dans le même temps, à Taiwan, les contacts avec la Chine, considérés avec sympathie par 60% des Taïwanais, suscitent cependant la méfiance de l’opposition, dont l’une des préoccupations cardinales, qui renvoie aux questions sensibles de souveraineté de l’Ile, est que les échanges soient conduits « sur un pied d’égalité » et « dans l’intérêt de Taïwan et de son peuple ». Aux critiques taïwanaises, le président Ma répond qu’il continuera à développer des relations avec la Chine, pour « la prospérité de Taïwan et l’amélioration de la vie de la communauté des Chinois », ajoutant qu’il « était convaincu que l’action de son administration contribuait à paver la route de l’avenir ».

Là est en effet la question : de quel avenir parle t-il ? On peut en effet se demander si Ma Ying Jeou tiendra encore longtemps sa position qui met sous le boisseau les questions politiques, éludées au profit de l’approche purement économique, et combien de temps la Chine, qui se dit patiente, et les détracteurs de Ma à Taiwan, qui le sont beaucoup moins, accepteront de jouer ce jeu. Les incertitudes et peut-être les crises potentielles à venir sont en effet inscrites dans l’ambiguïté du « consensus de 1992 sur l’existence d’une seule Chine », que Taipei et Pékin lisent avec des lunettes radicalement différentes. Les perspectives sont d’autant plus floues que l’ambiguïté du consensus entraîne de manière presque homothétique l’ambiguïté de la position des Etats-Unis.

Alan Romberg, l’un des experts participant au séminaire du CSIS et spécialiste de la relation sino-taiwanaise vue des Etats-Unis, donne quelques savoureux exemples des malentendus surgis autour du concept d’une seule Chine : en 1994, le porte-parole du MAE américain, répondant à une question sur l’appartenance de Taiwan à la Chine, s’exclama : « Absolument. Telle a toujours été la politique chinoise des Etats-Unis ». Quelques jours plus tard, après de fortes protestations du lobby pro-taïwanais au Congrès, le Département d’Etat dut se résoudre à apporter un démenti. En 2001, Colin Powell s’était également rétracté, après avoir expliqué que Taiwan était un Etat indépendant ; en 2004, le même dut faire la marche arrière inverse, après avoir expliqué que Taiwan n’était pas un Etat souverain et que les Etats-Unis souhaitaient que les deux Chine se réunifient.

En 1972 la vision stratégique de Kissinger n’accordait qu’un avenir limité à Taiwan. Aujourd’hui il est en revanche admis que l’adhésion des Etats-Unis à « la politique d’une seule Chine » de Pékin est avant tout un moyen de calmer le jeu et de protéger leurs relations avec la Chine, sans compromettre l’avenir de l’Ile.

Il reste que, vues de Taïwan, les hésitations ou lapsus des responsables américains qui maîtrisent parfois mal le jeu des ambiguïtés, ajoutées à la richesse des liens de toutes natures qui se développent entre Washington et Pékin, ne peuvent manquer d’inquiéter les élites de l’Ile. C’est cette inquiétude, en même temps que celles du lobby pro-taïwanais aux Etats-Unis, qui a suscité l’organisation de cette conférence du CSIS, qui figure parmi les « Think Tanks » les plus neutres et les plus écoutés aux Etats-Unis, aussi connu pour l’aide qu’il apporte aux décisions stratégiques de l’administration américaine.


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