›› Chine - monde
Appels du pied à Washington.
Le subtil ajustement stratégique qui tente de desserrer l’étau des contradictions est également perceptible dans les relations avec Washington.
Certes lors de l’entretien téléphonique du 22 février avec Antony Blinken, le lendemain de la reconnaissance par Vladimir Poutine des républiques auto-proclamées du Donbass et deux jours avant l’offensive contre l’Ukraine, Wang Yi a accusé Washington de fomenter les alliances anti-chinoises dans le Pacifique occidental. Mais, à propos de l’Ukraine, les deux sont tombés d’accord sur l’inviolabilité des frontières.
Plus encore, signalant la volonté chinoise d’apaiser la relation par des références historiques à la période vertueuse des années soixante-dix, Pékin a tenu à célébrer le 50e anniversaire de la venue en Chine de Richard Nixon en février 1972. La visite de sept jours avait ouvert la voie à la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays et a préparé le terrain pour l’ouverture de la Chine au monde.
Selon les diplomates chinois, le but de la commémoration qui n’a eu que peu d’échos aux États-Unis, était d’encourager les universitaires, les hommes d’affaires, les associations à rappeler la nécessité d’un engagement continu entre « les deux puissances mondiales qui doivent se respecter l’une l’autre. »
Pour autant, alors que l’administration Biden poursuit la même ligne dure sur la Chine que D. Trump, les diplomates chinois ont regretté de ne pas avoir été accueillis en retour avec le même enthousiasme.
Autre difficulté, l’élan chinois est lui aussi freiné par la question taïwanaise. Principal sujet de la rivalité stratégique irréconciliable entre Washington et Pékin, elles s’est invitée sur mode très agressif dans les réseaux sociaux, au milieu tensions à propos de l’Ukraine.
En arrière-plan toujours le défi taïwanais.
Alors que l’une des sanctions les plus sévères infligées à Moscou est l’embargo imposé sur les microprocesseurs de premier rang technologique fabriqués par le fondeur taïwanais TSMC qui fournit 50% du marché mondial, sur Weibo la mouvance nationaliste a saisi l’occasion de l’offensive de Poutine pour appeler à la reconquête de l’Île « Voilà notre chance de récupérer Taïwan », disait un internaute.
Pour Xi Jinping, occupé à préparer l’extension de ses mandats à la tête du Parti à l’automne prochain, l’heure de la reconquête n’est pas venue, tandis qu’au sein de l’appareil, l’éventualité d’une agression directe à hauts risques fait débat.
Malgré les crispations martiales de Xi Jinping au début de 2020, et en dépit des récentes vagues d’intimidation des chasseurs de combat et de bombardiers dans les parages sud de l’Île, la position officielle de Pékin est, avant de procéder au rattachement territorial, dont il a fixé l’échéance en 2049 de tenter une « réunification des esprits » par la proximité linguistique et culturelle, la porosité des intérêts d’affaires et la dépendance commerciale de l’Île au Continent.
Mais l’avenir n’est pas écrit. Il est probable que Xi Jinping observe l’ampleur du coût que la mouvance occidentale est capable d’infliger à la Russie. Il mesure aussi le développement du marché américain et de ses hautes technologies dont son pays a besoin. En même temps, il calcule la capacité des Occidentaux à prendre des risques vitaux, pour venir au secours militaire direct de l’Ukraine dont chacun voit bien qu’à l’Est de l’Europe, elle n’est pas très élevée.
Certes, Xi Jinping n’a pas l’émotion bravache d’un « Slave » inspirée par la mystique de l’église orthodoxe réactionnaire mais, comme lui, il est porté par une idée d’un retour impérial et celle d’une revanche contre les trahisons occidentales au nom des spécificités culturelles nationales.
Dans un récent article de The Atlantic du 24 février dernier, Michael Shuman conclut son propos intitulé « Is Taïwan next ? » par une mise en garde.
En substance : Alors que le monde se divise désormais entre les États qui bénéficient stratégiquement de la perpétuation de l’ordre mondial actuel et ceux qui gagnent à le renverser, l’invasion de l’Ukraine pourrait n’être qu’une étape d’une campagne visant à détruire l’ordre existant. La prochaine étape pourrait peut-être pousser la Chine à tenter la mise au pas brutale de l’Île de Taïwan.
