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Une image du niveau scolaire « politiquement ajustée »
S’appuyant sur un travail de la Brookings par Tom Loveless, l’article dévoile que les résultats chinois sont très loin de refléter le niveau moyen des élèves du secondaire en Chine dont beaucoup quittent le lycée avant l’examen du Gaokao.
L’OCDE est complice quand elle autorise une présentation partielle ou s’abstient de publier des résultats qui ne plaisent pas au Parti. En résumé : soit les échantillons publiés ne correspondent pas à la totalité des élèves testés ; soit les résultats des tests ne sont pas entièrement publiés quand ils ne sont pas flamboyants ; soit seule la partie la plus éduquée de la population est testée.
En 2009, PISA avait testé 12 provinces chinoises dont plusieurs régions rurales. Mais seuls les résultats pour Shanghai avaient été publiés. Trois ans plus tard, la BBC signalait que Pékin « n’avait pas autorisé » l’OCDE à faire état des résultats complets des tests chinois. D’autres enquêtes menées discrètement par l’OCDE n’ont pas été publiées.
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Les révélations qui ne sont pas une première, sont l’occasion d’une nouvelle réflexion sur le système éducatif chinois, dont l’efficacité est à l’évidence surestimée.
Si on s’intéresse au niveau moyen réel des élèves, y compris celui des enfants de migrants 民工 dont la scolarisation est aléatoire – un pourcentage élevé n’achève pas le secondaire -, force est de constater que l’éducation dans les campagnes chinoises n’a aucun rapport avec celle de Shanghai ou Pékin.
Chaponnière cite « La Chine à bout de souffle » (Fayard, 2016), d’Isabelle Attané : « la Chine appartient à la petite trentaine de pays dans le monde toujours incapables d’offrir une éducation obligatoire gratuite à tous ses enfants ».
Au passage, Isabelle Attané remet en perspective la puissance chinoise dont l’avenir est aujourd’hui remis en question par l’inversion du facteur démographique. « Quoi qu’on en dise, la vitalité démographique » - qui fit la force de la croissance chinoise après la sortie du carcan idéologique maoïste – « s’étiolera au fur et à mesure que cette population changera de visage en vieillissant et en perdant d’ici la fin du siècle, au moins un tiers de ses habitants ».
« Ce repli démographique pourrait bien, à l’instar de l’essor exceptionnel qui l’a précédé, bouleverser à nouveau les rapports de force à l’échelle de la planète – mais cette fois au détriment de la Chine. De longue date sa population fut sa force. Elle pourrait bien devenir sa faiblesse. »
L’éducation des campagnes par Internet.
En attendant, la réactivité chinoise est à l’œuvre et tente de corriger les déséquilibre villes-campagnes, talon d’Achille structurel de l’économie. Elle le fait en tirant profit de l’efficace ubiquité d’Internet vecteur des programmes d’éducation à distance.
Au printemps dernier, le South China Morning Post s’était penché sur le sujet.
Dans ce domaine, comme dans d’autres, le volontarisme du pouvoir qui cache ses lacunes, mais en a parfaitement conscience, est exemplaire.
Même quand les classes se dépeuplent, les écoles ne sont pas fermées.
Avec en tête l’objectif du 13e plan quinquennal (2016 – 2020) d’atteindre un taux de scolarisation de 90% dans le secondaire, les petites écoles de campagne ont été connectées au haut débit donnant accès à CCTalk, une plateforme interactive d’enseignement en ligne à la disposition de classes les plus reculées, quel que soit le nombre des élèves. A distance, des professeurs connectés échangent en direct avec les élèves.
Les initiatives fleurissent. Mais, dépendant du soutien financier de grands groupes comme Tencent et Baidu, elles rencontrent des problèmes de rentabilité. Récemment Hujiang EdTech qui opère dans le Gansu au profit de 28 écoles a été contraint de réduire ses effectifs. Il reste que l’initiative a accompli de petits miracles.
A Lumacha, aux fins fonds du Gansu, à 1500 km à l’ouest de Pékin, les 3 élèves rescapés de l’exode rural ont été initiés à la musique et au dessin. Parfois nécessité fait loi. Des enseignants sans aucune expérience artistique se forment eux-mêmes pour répondre à la demande.
Basée à Shenzhen, Pujiang Technology s’est, entre autres, spécialisée dans l’éducation des enfants de migrants laissés aux soins des grands-parents. L’application Zhiyu Education permet aussi de tenir les parents au courant des progrès de leur progéniture restée en arrière. C’est le cas à Yingde, dans la province dans l’arrière-pays de Canton.
A Sanya (Hainan), elle a signé avec les responsables locaux un contrat pour connecter 100 écoles à son application. Ailleurs en Chine, elle est déjà connectée à 500 écoles et 300 000 élèves.
