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›› Chronique

Mission de QuestionChine en Corée du Nord

Les défis stratégiques.

La Chine reste le plus fort soutien de Pyongyang. Mais sous la surface persistent des méfiances.


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Tous les interlocuteurs nord-coréens sérieux rencontrés – professeur d’économie, universitaires, ne croient pas à la dénucléarisation, actuelle assurance-vie du régime. Certains et non des moindres experts aux Langues’O ou aux États-Unis ne croient pas non plus à la réunification des deux entités désormais trop éloignées l’une de l’autre.

Contrairement à Washington resté neutre sur ce sujet, la Chine qui privilégie le statuquo, ne veut pas non plus d’une réunification.

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Pour conclure, il faut tenter une perspective bien difficile tant le formidable « surmoi » de ce pays perturbe l’observation directe. Peut-être le meilleur moyen de percer une infime partie du mystère est-il de prendre à rebours la tendance autarcique pour s’intéresser aux relations réelles de Pyongyang avec les grands acteurs stratégique rivaux que sont Pékin, Moscou et Washington, tandis que Séoul et Tokyo jouent des rôles inverses, le premier positif et plein d’élan, le deuxième méfiant et intransigeant, tant il craint qu’un accord se concocte au détriment de sa sécurité.

Grands acteurs et vastes défis

Au consulat chinois de Chongjin, situé au 4e étage de notre hôtel Chonmasan, le fonctionnaire qui nous a reçu avec un sourire, mais avec des pincettes, nous a tenu un langage fort peu diplomatique dont la teneur peut être résumée par une seule de ses remarques : « « Que venez-vous faire ici ? ils n’ont rien montrer et d’ailleurs il n’y a rien à voir ».

Il est probable que l’homme exprimait la rancœur que, pour Pyongyang - qu’il s’agisse de la guerre de Corée ou des pourparlers de dénucléarisation - la Chine n’existe pas. C’est en effet avec Washington que PYG veut faire la paix.

Et, dans la guerre, l’ennemi, le seul qui au musée de la victoire prend toute l’image et occupe toute la pensée nord-coréenne, c’est l’Amérique. Alors que les 7 corps d’armées chinois – plus de 2 millions d’hommes dont plus de 400 000, mal équipés et mal armés (?) furent tués ou blessés - sont passés à la trappe, ce sont les équipements américains, chars, mitrailleuses, carcasses d’avions abattus sans parler du mythique Pueblo, qui nettoyés et repeints sont exposés au musée.

Vue depuis l’estrade chinoise, cette oblitération a en effet de quoi choquer.

Si on y ajoute la lourde méfiance exprimée par mes accompagnateurs Nord-Coréens, à juste titre inquiets d’avoir à subir une nouvelle colonisation par le monstre qui les jouxte, on ne peut manquer de souligner le contraste avec le discours officiel chinois qui qualifie la proximité sino - Nord-coréenne d’aussi « intime » que « les dents et les lèvres - 嘴唇和牙齿 – yachi he zuichun ».

Voilà en tous cas un angle de vue de terrain qu’au-delà des apparences diplomatiques, il convient de garder en mémoire au moment où Xi Jinping effectue sa première visite officielle à Pyongyang depuis son arrivée au pouvoir en 2012.

Les contradictions de la relation avec Washington.

C’est avec Washington que Pyongyang veut signer la paix en priorité. Mais c’est aussi avec les États-Unis que fermentent les plus profondes méfiances accumulées. L’intransigeance de la Maison Blanche qui réclame un accord sur un désarmement nucléaire complet et vérifiable avant de négocier un traité de paix est dénoncée par Pékin et Moscou. Le sommet de Hanoï a capoté sur le refus de Kim Jong-un de donner la liste exacte des sites nucléaires de Yongbyon.


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L’autre acteur incontournable et, on l’a vu, le plus omniprésent est Washington. Encore plus qu’avec la Chine, la relation est aujourd’hui articulée à la défiance dont l’ampleur est d’autant plus un obstacle que, pour Pyongyang, un traité de paix ne peut passer par d’autre voie que celle de l’Amérique.

Philippe Pons souligne avec raison les dégâts causés sur le psychisme autocentré et ultrasensible des Nord-Coréens par les jugements à l’emporte-pièce de Georges Bush classant à la face du monde, Pyongyang dans « l’axe du mal ». La référence au « mal » était d’autant plus malvenue que Pyongyang fut après Manille la ville la plus chrétienne d’Asie, le protestantisme ayant joué un rôle essentiel dans la naissance du nationalisme coréen, les parents de Kim Il Sung lui-même ayant été de fervents presbytériens.

L’injure publique qui, quoi qu’on pense et en dépit de ce qu’elle exprimait de la réalité du régime ayant défié toute morale et fait souffrir son peuple au-delà du raisonnable, fermait la porte aux négociations, seule voie possible pour sortir d’une impasse dans ce contexte particulier où, malgré les catastrophes, les menaces et le boycott, le régime à bout de souffle s’est montré incroyablement résilient, et où la confrontation directe a plus de chances de le durcir que de le faire tomber.

Le résultat de l’intransigeance américaine fut le programme nucléaire et balistique nord-coréen.

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Trump qui n’est jamais là où on l’attend, a tenté la carte de l’apaisement sentimental après avoir porté au rouge la menace militaire dont il faut se souvenir qu’après les destructions de la guerre, elle pèse lourdement dans la conscience coréenne.

Philippe Pons encore rappelle qu’à Pyongyang les menaces de Washington renvoyaient aux bombardements américains qui rasèrent Pyongyang et plusieurs grands centres urbains à peine quelques années après les attaques nucléaires contre Hiroshima et Nagasaki.

Pour autant, malgré l’échec du sommet de Hanoï ayant achoppé sur la précision des sites à dénucléariser à propos desquels Kim Jung-un est resté flou, on ne peut nier que la dynamique installée en dépit des freins des complexes militaro-industriels américains et sud-coréens a dégelé une situation figée. L’avenir dira si l’optimisme de la Maison Blanche démentira les réserves du département d’État et les analyses pessimistes de la CIA sur l’abandon par Pyongyang de l’arme nucléaire.

Il reste que l’élan d’optimisme pourrait être maintenu par les attentes de Kim Jong-un qui,depuis son accession au pouvoir, ne cesse de promettre à son peuple une amélioration des conditions de vie que la levée des sanctions modifierait radicalement. Un geste américain comme l’ouverture d’un bureau à Pyongyang pourrait aider.

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En Corée du sud, par construction aligné sur Washington, mais où on reste au fond sceptique sur les chances de réunification anticipant le poids exorbitant d’une réunion des contraires, la dynamique véhicule une ambiance politiquement positive. Demeure pourtant « l’éléphant dans la pièce » de la présence des troupes américaines dont Pyongyang et Pékin exigeront le départ, une perspective pour l’heure inacceptable pour la Maison Blanche qui menace de reprendre les exercices conjoints.

A Vladivostok où Kim Jong-un s’est rendu les 24 et 25 avril derniers, le souci de la Russie qui a une courte frontière commune avec la Corée du Nord, fut de rester dans la course des solutions à la même hauteur que Pékin, alors que les pourparlers avec les Américains hésitent.

Le jeu de Poutine comme celui de Xi Jinping est de relancer le « dialogue à 6 » pour tenter de réduire l’impact de Washington. La position russe est claire : « il n’y a pas d’autre solution que le dialogue qui respecterait les positions de chacun et l’exigence de prendre en compte les soucis de sécurité de Pyongyang ».

Dans ce contexte, le chef du Kremlin qui avec Pékin milite pour l’allègement des sanctions, a laissé entendre qu’un retour à des négociations multilatérales, suspendues en 2009, serait mieux à même de rassurer la Corée du Nord.

La réalité oblige cependant à dire qu’avec l’opposition de Washington qui détient la carte maîtresse de l’ouverture des négociations pour un traité de paix et pour qui le dialogue à 6 n’est pas une solution, mais au contraire une des causes de l’échec, la proposition russe n’aura pas plus de chances de réussir que le précédent épisode.

Le Japon enfin lui aussi dans le camp de Washington en dépit des récentes tensions entre Shinzo Abe et D. trump, joue sur le registre de l’intransigeance par crainte qu’un accord sur le démantèlement des missiles stratégiques de Pyongyang ne laisse l’archipel à la merci des missiles intermédiaires de Kim Jong-un.

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La situation pourrait à nouveau devenir fluide. Rien n’est figé, alors que Russes, Américains, Chinois, Japonais doivent se rencontrer au G.20 d’Osaka les 28 et 29 juin prochains. Entre Pékin et Washington rien ne va plus, pourtant le 18 juin, Xi Jinping et Trump se sont parlés au téléphone. Ils n’ont probablement échangé que des points convenus. L’essentiel est qu’ils se soient parlés.

Alors que Kim Jong-un s’efforce de ne plus apparaître comme une menace, l’intransigeance américaine risque de plus en plus de tenir le rôle du principal obstacle. Mike Pompeo en a conscience, c’est bien pour cette raison qu’avant la rupture de Hanoï après laquelle Pyonyang n’a cependant pas « tiré l’échelle », il ’évoquait une levée partielle des sanctions « en échange d’une réduction substantielle du risque nord-coréen ».

En attendant rappelons Talleyrand pour qui « La patience doit être un des premiers principes de l’art de négocier ».


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