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Pour les pessimistes, en revanche, ces indices favorables ne sont que les effets conjoncturels de l’engagement de l’Etat. Le plan de relance induira peut-être une reprise perceptible dès le deuxième trimestre 2009, mais l’embellie sera éphémère. D’abord parce que l’effort financier n’est pas à la hauteur des affichages. Selon la Standard Chartered, les engagements réels de l’Etat se limiteraient à 1200 milliards de RMB, soit 136 milliards d’euros au lieu des 400 annoncés. Cette somme, répartie sur deux années, ne représente plus que 2% du PIB, bien loin des 16% annoncés.
Mais le mal est plus profond.
Il renvoie au mode de développement du pays, basé d’abord sur l’export vers des marchés qui resteront encore longtemps atones ; ensuite sur la croissance souvent anarchique de la production industrielle avec ses corollaires que sont les surcapacités et la qualité aléatoire des produits chinois ; tandis que les politiques de grands travaux, dont l’utilité n’est pas toujours évidente, se font au détriment des investissements sociaux. Ce dernier moteur traditionnel de la croissance chinoise, contestée par beaucoup d’experts, renvoie aux critiques de Zhou Tianyong, directeur du centre d’analyse politique de l’école centrale du parti, qui dénonce régulièrement les « priorités chaotiques des dépenses publiques ».
D’autres inquiétudes plus sourdes et rarement mises à jour taraudent les dirigeants. La progression des réserves de change inférieure à la somme des excédents commerciaux et des investissements directs extérieurs (IDE) nourrit la rumeur persistante d’importantes fuites de capitaux. Plus grave encore : en variation annuelle, la croissance du PIB affichée par le gouvernement chinois est de + 6,8% au cours du dernier trimestre (la croissance la plus faible depuis 20 ans). Mais en réalité beaucoup d’experts indiquent qu’au cours de cette période, la croissance, comparée aux mois précédents de 2008, était voisine de zéro. De quoi donner des sueurs froides au régime, dont la légitimité repose en grande partie sur ses performances économiques.
C’est peu dire que la Chine est secouée : à l’été 2008, le pouvoir s’inquiétait encore de la hausse de l’inflation et de la « surchauffe » et prenait des mesures monétaires répétées pour les contrôler. A l’automne, pris de court par l’ampleur de la crise, il changeait radicalement de cap et engageait une politique de relance, dont l’ampleur était, on l’a vu, moins vaste que prévue. Elle allait par la suite encore être amendée par l’injection de fonds en faveur du système de santé et des politiques d’aides aux plus démunis (7 milliards d’euros supplémentaires annoncés par Wen Jia Bao en décembre). Simultanément les experts chinois commençaient à pointer du doigt la vulnérabilité du mode de développement, basé sur les investissements et l’export, et handicapé par la faiblesse de la consommation intérieure.
Dès lors, les plus hautes instances du régime se sont mobilisées sans faiblir autour de l’objectif d’accroître la demande interne, deux fois plus faible qu’aux Etats-Unis ou en Europe. Seule alternative pour relancer durablement la croissance.
Lancé à l’automne 2008, la réforme agraire, dont le but est de réduire le nombre de ruraux, tout en augmentant le revenu des paysans grâce au remembrement des parcelles fait partie de cette stratégie. Elle est accompagnée par des aides aux migrants encouragés à créer leur propre entreprise. Il restera encore à créer partout les filets sociaux (système de santé et de retraite) seuls capables de créer la confiance et d’inciter les Chinois à dépenser plus qu’ils n’épargnent.
Il est clair que cette réforme du schéma de développement chinois prendra du temps. En attendant, le pouvoir espère que la relance par l’investissement, permettra un retour rapide de la croissance, tandis que les mesures en faveur de la santé et les aides sociales de toutes sortes éviteront les désordres sociaux.
