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Pékin se prépare à la guerre des taxes 税务战

Contre attaque du Conseil des Affaires d’État.

En mars dernier Li Keqiang avait déjà prévenu que gouvernement devrait « se serrer la ceinture » pour permettre de baisser la fiscalité des entreprises.


*

Craignant aussi la relocalisation aux États-Unis des entreprises américaines dont les avantages comparatifs en Chine se réduisent comme peau de chagrin, le gouvernement avait anticipé le choc d’une possible guerre fiscale initiée par Trump. Au printemps, il avait déjà annoncé que les taxes aux entreprises seraient réduites de 55 Mds de $. « 必须 确保 所有 行业 税负 只减 不 曾 - nous devons garantir à toutes les entreprises non seulement que le poids de leurs impôts n’augmentera plus, mais encore que nous allons le réduire »

Annoncée par Li Keqiang, le 15 mars, la mesure destinée à améliorer la compétitivité des entreprises était accompagnée d’une injonction au gouvernement « à se serrer la ceinture 政府 需要收紧 腰带 ». En même temps, le Premier Ministre avait assuré que la Chine n’abandonnerait pas sa politique d’ouverture, notamment ses importations de technologies high-tech, destinées à la modernisation du pays.

Considérations pragmatiques.

La séquence semble poser les prémisses d’une guerre commerciale, premier indice d’une tension réelle après l’investiture de Donald Trump qui, jusqu’à présent, semblait ménager la Chine. L’épisode conduit à revisiter les arrières pensées de la stratégie de repliement fiscal américain dont le but est de protéger ou de reconstruire le tissu d’emplois ravagé par la globalisation et les délocalisations.

Dans un article publié par « Project Syndicate » début février, Kenneth Rogoff, professeur d’économie à Harvard, sourd aux arguments de déclassement de la classe moyenne américaine et peu sensible à la vision économique nationaliste de la Maison Blanche décidée à réduire drastiquement le fardeau fiscal des entreprises, critique sévèrement ce qu’il appelle « le repliement désordonné de Donald Trump. »

Au passage, il fustige Thomas Piketty qui, dit-il, semble avoir oublié les bienfaits de la mondialisation ayant extrait plusieurs centaines de millions de Chinois et d’Indiens de leur situation de pauvreté extrême pour les hisser progressivement vers la classe moyenne.

Contrairement au nouveau président américain, les libéraux comme Rogoff considèrent l’émergence de l’Asie comme un chemin vers plus de justice « où le destin économique d’une personne dépend de moins en moins de l’endroit où il est né. »

En revanche, les populistes - terme valise péjoratif, opposant le « peuple » aux élites - affirment que l’excès de globalisation initié par les États-Unis sème les ferments de leur propre destruction politique et économique. Rogoff affirme que les théories de Trump, ayant l’ambition du retour de la puissance globale de l’Amérique et agitant l’angoisse du déclin, s’articulent autour du thème de l’autosuffisance et du retour au pays des emplois délocalisés.

Aux États-Unis, le mouvement anti-globalisation s’est aussi profondément enraciné hors des clientèles de la classe moyenne laissée pour compte. Des économistes de renom se sont opposés au Trans Pacific Partnership regroupant 12 pays et comptant pour 40% de l’économie globale, au prétexte très discutable, dit Rogoff, que le projet menaçait les emplois américains.

En réalité, le TPP allait ouvrir le marché japonais bien plus qu’il n’aurait frappé les intérêts des États-Unis. Son abandon brutal ouvre au contraire la voie à la prévalence économique chinoise dans tout le Pacifique occidental.

Retour aux réalités.

Une guerre commerciale avec la Chine ne pourrait que conduire à une victoire à la Pyrrhus.


*

La suite de l’article est un appel au pragmatisme. Qu’on le veuille ou non la globalisation est en route et elle ne reviendra pas en arrière. Le destin de la Chine et sa place dans le monde sont aujourd’hui entre les mains de ses dirigeants et une guerre commerciale ne fera qu’accélérer le développement de sa puissance militaire et économique. Sans compter que les moyens de rétorsion de Pékin sont nombreux.

Financiers d’abord, par le moyen de la dette extérieure de plus de 1000 Mds de $ détenue [1] par la Banque de Chine (27,8% de la dette extérieure américaine), à quoi s’ajouterait une aggravation du harcèlement juridique des entreprises high-tech américaines en Chine, tandis qu’une rupture des flux commerciaux sino-américains aurait des conséquences directes aux États-Unis sur les clients de la grande distribution lowcost (comme Wallmart ou Target) qui s’approvisionne sur le marché chinois.

La conclusion qui renvoie aux tensions stratégiques en cours, énonce qu’au lieu de s’engager dans une guerre commerciale dévastatrice, la seule solution, répétée depuis les années 70 par Kissinger puis par Brezinski, serait, pour Washington, sans perdre de vue la nécessaire protection de ses alliés et de ses intérêts, de s’engager avec Pékin dans des négociations sans concessions, en prenant cependant soin de ne compromettre ni les flux commerciaux chers à la Chine, ni les voies d’une solution aux tensions stratégiques de la région comme celles du dilemme nord-coréen.

Note(s) :

[1En février 2017, la valeur des bonds du trésor américain détenus par la Banque de Chine était de 1059 Mds de $ soit une baisse de 240 Mds de $ par rapport à novembre 2013. La chute est liée à la volonté chinoise de renforcer sa monnaie, avec l’idée qu’à terme le Yuan pourrait concurrencer le Dollar comme monnaie de réserve globale.

S’il est vrai que l’importance de la dette extérieure américaine détenue par la Chine (27,8%) constitue une vulnérabilité américaine, il est cependant impossible que Pékin décide de l’abandonner brutalement. Une telle décision entraînerait un effondrement du $ avec des effets adverses sur les marchés internationaux et en Chine.


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