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Prolifération nucléaire en Corée du nord, premier effet de la complicité entre Xi Jinping et Kim Jong-Un

Rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong Un à Pékin en marge de la parade militaire du 3 septembre. Selon de nombreux experts, par un volte-face a 180º Xi Jinping pourrait avoir entériné le programme militaire nord-coréen. Photo Reuters.


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A l’occasion d’une récente analyse du basculement sans nuance de la Chine hors de la prudence stratégique madrée de Deng Xiaoping, dans le camp de la systématique défiance à l’Occident, Nectar Gan, journaliste de CNN, diplômée de l’université de Hong Kong où elle réside, analyse une hypothèse embarrassante :

Avancée par des experts, dont une majorité de Sud-coréens, Xi Jinping aurait, lors du ralliement anti-occidental de l’OCS à Tianjin et de la démonstration de force de la parade du 3 septembre à Pékin, au cours d’un de ses échanges avec Kim Jong Un, validé le statut de puissance nucléaire de la Corée du Nord.

« Kim aspire depuis longtemps à être reconnu comme puissance nucléaire. Xi vient peut-être de la lui accorder. ». Telle est la suggestion inquiétante du titre de l’article de Nectar Gan : Kim has long sought recognition as a nuclear power. Xi may have just given it to him.

Au cours de ces retrouvailles, les premières depuis six ans (lire : Par sa visite d’État, Xi Jinping revient dans le jeu à Pyongyang), qui renouent les liens établis depuis la guerre de Corée quand, en novembre 1950, les armées de Mao avaient sauvé le grand-père de Kim Jong Un d’un désastre militaire, celui que Donald Trump avait baptisé « Little Rocket man » en 2017 (Pressions américaines et résilience chinoise), a été invité par Xi Jinping - privilège seulement accordé à Vladimir Poutine parmi les 28 hôtes de la parade militaire -, à un thé et un banquet à Zhongnanhai, la très hermétique résidence des dirigeants chinois à l’Ouest de la Cité Interdite.

Nectar Gan ajoute que « Pour Kim », ce traitement de faveur a constitué un coup de propagande retentissant. » (NDLR : Kim le jeune a d’autant plus été séduit par ces faveurs qu’il a longtemps été traité comme un dangereux fauteur de troubles sanctionné par l’ONU, rejeté dans « l’axe du mal » par Washington et un partenaire subalterne par Moscou et Pékin qui s’en méfiaient et le tenaient à longueur de gaffe, précisément à cause de son programme nucléaire militaire.)

La suite est une synthèse des hypothèses de plusieurs experts laissant entendre que le nº1 chinois aurait tourné le dos à l’exigence que Pyongyang abandonne son programme nucléaire.

L’argument de l’article est la modification du discours public chinois. « Pour la première fois – par contraste avec les cinq rencontres tenues entre 2018 et 2019 -, les comptes rendus officiels du sommet Xi-Kim n’ont fait aucune mention de la dénucléarisation de la péninsule. »

Pour Tong Zhao, chercheur d’origine chinoise initialement formé en sciences physiques à Qinghua, Docteur en sciences et technologie, également expert de relations internationales de l’Institut de technologie de Géorgie à Atlanta, « L’absence dans le CR officiel de la rencontre Xi - Kim de l’objectif de dénucléarisation confirme une bascule significative de la politique à long terme de Pékin à l’égard de la Corée du nord.  » (…)

Il ajoute « À contrecœur, mais de manière significative, le plus puissant allié de la Corée du Nord a abandonné la quête d’une péninsule coréenne dénucléarisée. »

Ce n’est pas tout.

Le 8 septembre, encouragé par les circonstances favorables de son voyage à Pékin, Kim a assisté à un essai du tout nouveau moteur à forte poussée qui devrait équiper le missile balistique intercontinental Hwasong-20, capable de frapper les États-Unis.

Dernier d’une série développée depuis les années soixante à partir des roquettes soviétiques d’artillerie tactique de type FROG 5 à carburant solide, stabilisées par rotation, le Hwasong 20 dont la portée n’est pas connue, serait capable d’emporter plusieurs ogives nucléaires.

« La Corée du Nord a reçu un blanc-seing pour conserver son arsenal nucléaire », a renchéri Lim Eul-chul, professeur à l’Institut d’études extrême-orientales de l’Université Kyungnam à Séoul, soulignant que les deux dirigeants se sont engagés à renforcer leurs relations « quelle que soit l’évolution de la situation internationale  ».

Yang Moo-jin, professeur à l’Université d’études nord-coréennes de Séoul était sur la même ligne. « Kim dont la réputation internationale a été considérablement rehaussée, est le grand gagnant du défile du jour de la victoire ».

Son changement de statut en dix ans saute aux yeux si on se souvient que, lors du défilé des 70 ans de la victoire, en 2015, c’était la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye qui se tenait dans la tribune d’honneur à côté de Xi Jinping.

Le chemin parcouru par la Chine est tout aussi spectaculaire puisqu’après les tests nucléaires de Pyongyang du 6 janvier et du 9 septembre 2016 (qui suivaient ceux du 9 octobre 2006, du 25 mai 2009 et du 12 février 2013) qui s’ajoutaient à plus de 20 essais balistiques en 2016, Pékin avait, aux NU, voté deux résolutions sanctionnant Pyongyang (la n°2270 du 2 mars 2016 et la n°2321 du 30 novembre 2016.)

La dernière fois que la Chine avait réaffirmé son engagement en faveur d’une péninsule coréenne sans armes nucléaires, c’était lors d’un sommet trilatéral avec le Japon et la Corée du Sud en 2024.

En réalité, sur la question nord-coréenne, la connivence sino-russe s’était déjà manifestée en 2022, quand Pékin et Moscou avaient conjointement opposé leur veto à une résolution présentée au Conseil de sécurité de l’ONU, par les États-Unis qui demandait des sanctions supplémentaires à la suite des nouveaux tirs de missiles balistiques de la Corée du Nord

Pyongyang – Moscou, une surenchère militaire anti-occidentale en Ukraine.

Le 18 juin 2024, à Pyongyang, Vladimir Poutine et Kim Jong-un posent lors de la cérémonie de signature de leur partenariat de défense. (Kristina Kormilitsyna, Sputnik, Kremlin Pool. Photo via AP, Archive).


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Parallèlement, les liens militaires croissants de Moscou avec Pyongyang qui aurait dépêché 12 000 hommes dont 500 officiers et 3 généraux en Ukraine [1], couronnés par la signature d’un traité de défense mutuelle en 2024, ont suscité des inquiétudes à Washington qui suspecte qu’en échange d’armes et de troupes, Poutine aurait aidé Pyongyang à améliorer la technologie de ses missiles, vecteurs d’armes nucléaires pouvant menacer les États-Unis.

En juillet 2025, encore plus explicite que Pékin, Moscou a, par la voix de Serguei Lavrov déclaré que la question de la dénucléarisation de la Corée du Nord était « close ». Il a même ajouté qu’il respectait les ambitions nucléaires de Pyongyang.

Pour mesurer la radicalité de la volte-face russe qui, désormais, cautionne ouvertement l’arme nucléaire nord-coréenne, il faut se souvenir qu’entre 2003 et 2009 Moscou avait été un partenaire actif des « pourparlers à six ».

Institués en 2003 avec les deux Corée, les États-Unis, la Russie, le Japon et la Chine, réunis au total six fois après le retrait en 2003 de Pyongyang du traité de non-prolifération nucléaire, leur but était de parvenir de manière pacifique à la dénucléarisation de la Corée du Nord.

En 2009, après plusieurs aller-retours, Pyongyang qui, pour tourner la page de l’armistice de 1953, exige avec insistance de Washington un traité de paix bilatéral et une reconnaissance de son régime, avait définitivement claqué la porte de ce forum.

Il faut se rendre à l’évidence. Dans le contexte de la détérioration des relations sino-américaines baignant dans l’aggravation de leur rivalité stratégique, Pékin a sérieusement réduit sa coopération pour freiner les ambitions nucléaires de la Corée du Nord.

Moscou va plus loin.

Depuis qu’elle a envahi l’Ukraine, la Russie de Vladimir Poutine, autrefois fervente partisane de la non-prolifération nucléaire, non seulement aide Pyongyang à développer son arsenal balistique, mais encore, elle reconnait ouvertement son statut de puissance nucléaire.

Ainsi s’est dessinée une « trilatérale » stratégique Pékin, Moscou, Pyongyang. Contrepoids à l’Amérique dans le Pacifique occidental, elle est homothétique des convergences au Moyen Orient, en défiance à Israël, entre Téhéran et la Chine, premier importateur du pétrole iranien dans le contexte des sanctions américaines imposées à l’Iran.

Alors que Moscou et Pékin, deux membres permanents du Conseil de sécurité impliqués dans la remise en cause de l’ordre de l’après-guerre, cautionnent ouvertement le statut de puissance nucléaire militaire de Pyongyang, le risque existe d’une contagion proliférante au Japon et en Corée du sud.

Note(s) :

[1La Corée du Nord est impliquée dans la guerre russo-ukrainienne depuis 2022, année où elle a soutenu la Russie par la reconnaissance des Républiques populaires autoproclamées du Donetsk et de Louhansk.

Puisant d’abord dans de vieux stocks (NDLR : ce qui explique le taux de 50% d’obus non explosés), puis, augmentant la cadence de ses usines de munitions, Pyongyang aurait, selon les estimations des services occidentaux été capable de produire deux millions de nouveaux obus par an, contribuant ainsi significativement à la puissance de feu russe.

En échange de subsides qui permirent au régime d’acheter des centaines de milliers de tonnes de riz, Pyongyang a aussi livré à la Russie une cinquantaine d’obusiers automoteurs M-1989 de 170 mm dont la portée maximum est de 40 km et une vingtaine de M-1991 de 240 mm capables de tirer jusqu’à 60 km.

Le 28 avril 2025, Pyongyang confirmait avoir envoyé par bateau en Russie via le port de Vladivostok 12 à 15 000 militaires dont - selon un faisceau de sources américaines allemandes et ukrainiennes - 500 officiers et trois généraux -. Entrainées dans l’est de la Russie, habillées de l’uniforme russe, elles furent placées sous commandement opérationnel russe.

Selon des sources sud-coréennes relayées par Reuters, au moins 600 d’entre eux ont été tués au combat.


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Par malvezin Le 23/09/2025 à 11h25

Question : Prolifération nucléaire en Corée du nord, premier effet de la complicité entre Xi Jinping et Kim Jong-Un.

Bonjour,
Intéressant et largement ignoré des grands médias hexagonaux !
Pensez-vous réellement que Pékin va abandonner sa politique de zones exemptes d’armes nucléaires (NWFZ) + sa Position sur la péninsule coréenne (“双轨并进 / 分阶段、同步走) ou n’est-ce qu’un report pour revenir à la charge mais sans les Occidentaux (six-party talk) ?
Bien à vous
Laurent Malvezin

Par François Danjou Le 29/09/2025 à 21h23

Prolifération nucléaire en Corée du nord, premier effet de la complicité entre Xi Jinping et Kim Jong-Un.

Merci de votre commentaire. Difficile à dire. L’analyse argumente autour du fait que, selon les médias, Xi Jinping n’a jamais mentionné en public l’exigence de dénucléarisation.

On ne peut pas non plus éliminer l’idée qu’agacé par le puissant rapprochement entre Poutine et Kim Jong-Un, et pour regagner quelques faveurs, le Chinois aurait mis sous le boisseau les habituelles injonctions anti-nucléaires, en plus d’avoir invité Kim le 3e à la parade du 3 septembre à la place du Sud-Coréen il y a dix ans.

J’estime cependant que, comme souvent, la Chine joue un jeu dangereux. Au pire, il pourrait ressembler à l’aide nucléaire apportée à partir de 1983 au Pakistan pour équilibrer l’arme atomique indienne (premier essai en 1974, lui-même une réplique au premier essai chinois de 1964).

Si on poursuivait la logique, cependant encore très hypothétique, on s’acheminerait tout droit vers une nucléarisation de la Corées du sud et du Japon que Washington pourrait avoir du mal à enrayer.

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