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Quête de ressources primaires : Déboires, réajustements et consolidations

Une prudence nouvelle

Photo : En février 2013 CNOOC avait déboursé la somme exorbitante de 15,1 Mds de $ pour racheter le géant canadien de l’énergie Nexen.

Dans la ligne de l’exigence pour plus de rationalité et de rentabilité, le C.I.C, le fond souverain chinois lui-même qui fut jusqu’à il y a peu l’un des fers de lance des investissements dans le secteur des hydrocarbures et des ressources minières massivement augmentés de 8,2 Mds de $ en 2005 à plus de 53 Mds en 2013, a commencé à réajuster ses cibles. Alors qu’en 2005, les projets liés aux matières premières et à l’énergie représentaient 80% des engagements publics du fond souverain, en 2013, ils ne comptent plus que pour 65%. Les exemples des surinvestissements sont connus et avaient, à l’époque, fait la une des médias occidentaux qui argumentaient sur le caractère impérieux et inéluctable de la puissance chinoise.

Cités par un article du WSJ du 10 septembre dernier, un nombre non négligeable d’entre eux rencontre aujourd’hui des difficultés. Sans préjuger de leur rétablissement possible à plus long terme, il est bon d’en examiner les raisons analysées par les experts chinois eux-mêmes. On constate par ailleurs que les groupes chinois rencontrent les mêmes difficultés que leurs concurrents étrangers parfois aggravées par trop d’empressement et une analyse superficielle et dangereusement lacunaire des conditions politiques, sociales et techniques locales.

Surinvestissements.

En 2010, SINOPEC avait déboursé 4,65 Mds de $ pour racheter la part de Conoco Phillipps dans le gisement de sables bitumeux du canadien Syncrude Ltd. Un prix alors estimé à 10% au-dessus du marché par le principal actionnaire Canadian Oil Sands. Aujourd’hui ce dernier révèle une baisse de la production, une augmentation des coûts d’exploitation et des pertes. La direction de SINOPEC affirme qu’à l’époque le projet Syncrude était le seul disponible sur le marché et que le prix était raisonnable. Elle ajoute que les perspectives de rentabilité doivent être mesurées non pas à court terme, mais sur les 60 années d’exploitation estimées du gisement.

En février 2013, CNOOC qui continue, contre l’évidence, à affirmer que la rentabilité du projet est « conforme à ses attentes », avait payé la somme exorbitante de 15,1 Mds de $ pour racheter Nexen Inc., le géant canadien de l’énergie dont les profits se sont effondrés de 80% depuis 2010, suite à une baisse du prix du gaz et un chute de la production de certains des puits les plus importants du gisement.

A côté de ces paris sur l’avenir dont les autorisés espèrent que la rentabilité pourrait s’améliorer et se consolider à moyen terme, les compagnies chinoises sont aussi confrontées à des controverses avec leurs partenaires, même les plus anciens. C’est le cas en Iran où Téhéran a annulé un contrat de 2,5 Mds de $ avec CNPC accusé par le gouvernement iranien de surfacturer le coût de ses services et des équipements de forage. Le mois dernier, Mansour Moazzami vice-ministre du pétrole a menacé la Chine d’annuler un autre contrat de 4,7 Mds de $ conclu avec la compagnie chinoise pour développer le gisement de gaz de Pars dont l’exploitation a pris du retard.

Les Chinois ne sont pas les seuls à rencontrer des problèmes. Leurs concurrents, pour la plupart occidentaux connaissent les difficultés de l’exploitation minière et de la mise en valeur des gisements d’hydrocarbures souvent dans des zones instables et à risques. Le monde est jonché de projets avortés dont les coûts de fonctionnement et les délais d’exploitation ont été gravement sous estimés. Mais, selon JP Morgan, SINOPEC, CNPC et CNOOC entrées dans cette compétition avec un important retard, ont, pour se faire une place dans le marché des hydrocarbures, proposé des prix supérieurs de 20% aux offres occidentales.

Une forte proportion d’échecs.

En dépit de quelques opérations à succès dont la rentabilité équilibre l’investissement comme ceux conclus entre SINOPEC et le russe Rosneft en 2006 (3,5 Mds de $ pour un gisement de pétrole), en 2013, l’association des exploitants miniers estimait que 80% de tous les projets chinois à l’étranger étaient en difficultés ou avaient échoué.

En juin 2014, le Bureau des audits de Pékin pointait du doigt 10 investissements à perte effectués par le fonds souverain CIC entre 2009 et 2012. Dans la foulée le ministre du commerce expliquait qu’il allait mieux contrôler les investissements à l’étranger et placer les groupes chinois devant leurs responsabilités. Enfin, un expert chinois de Paribas estimait récemment que la tendance signale un virage à 180° par rapport aux dix années précédentes : « Acheter n’importe quel gisement de ressources primaires à n’importe quel prix c’est terminé ». L’affirmation est en partie exacte, mais elle doit être nuancée.

La quête des ressources primaires et le souci de consolider.

Poussée par l’insatiable appétit de la machine économique chinoise, la quête de ressources minières a continué en 2014, avec, au printemps, le rachat par une filiale de China Minmetals d’une mine de cuivre au Pérou pour 5,85 Mds de $. Par ailleurs si la tendance à la diversification vers l’immobilier et les terres arables est bien réelle, l’énergie restera une priorité, tandis que les investissements miniers reculent, mais dans un souci évident de consolidation.

Diversification.

Si on compare la structure des investissements chinois entre 2008 et 2013, on constate en effet une baisse notable de la part des engagements miniers qui passent de 39,8% à 20%, tandis que la part de l’énergie a continué à augmenter de 39 à 43%. En revanche l’immobilier et les achats de terres cultivables constituent désormais plus de 25% des projections des capitaux chinois à l’étranger.

Dans les ressources primaires, aux difficultés de prix dues à la compétition, s’est en effet ajoutée la pression de la boulimie chinoise qui, dans un passé récent a conduit à investir dans l’urgence et à sous estimer les embûches des conditions locales d’exploitations auxquelles s’ajoutèrent parfois de sévères controverses culturelles et politiques qui accusaient les groupes chinois d’agir en prédateur.

Tel est l’arrière plan des difficultés rencontrées par CITIC Pacific listée à Hong Kong qui, en 2006, avait payé la modique somme 415 millions de $ et promis d’investir 2,5 Mds pour construire un port minéralier et développer le gisement de fer de Cape Preston à l’ouest de l’Australie. Très mal négocié sous la pression d’un prix du fer à l’époque en augmentation rapide que les autorités chinoises tentaient de contourner, le contrat, signé avec la compagnie australienne Mineralogy Pty Ltd., prévoyait aussi que CITIC lui verse des royalties par tonne extraite et paye des pénalités si, après 2013, la production n’atteignait pas au moins 6 millions de tonnes par an.


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