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›› Technologies - Energie

Quête de ressources primaires : Déboires, réajustements et consolidations

« Sino Iron » en Australie, un cas d’école.

Photo Caixin magazine. La mine Sino Iron opérée par CITIC Pacific et initialement par Metallurgy Corp of China ou MMC 中国冶金科工集团公司 dans la région de Cape Preston en Australie. Récemment un article du magazine Caixin constatait que « faire l’acquisition d’une mine de fer en Australie s’était avéré bien plus onéreux que ne l’avaient imaginé les investisseurs chinois ».

Baptisée « Sino Iron », la mine australienne qui, à pleine exploitation, devait être la première du monde, affiche aujourd’hui un coût de fonctionnement 4 fois plus élevé que les estimations initiales et les spécialistes du secteur anticipent qu’en 2014, première année d’exploitation opérationnelle normale du gisement, ses pertes seront de plusieurs centaines de millions de $.

Une série d’erreurs graves.

Ces revers qu’on peut considérer comme symboliques d’une époque d’amateurisme très gaspilleuse à laquelle la Chine tente aujourd’hui de tourner le dos, est le résultat de multiples erreurs commises par CITIC Pacific, filiale du géant public CITIC et par ses sous sous-traitants. Les deux plus graves qui s’ajoutent à une série d’autres fausses manœuvres techniques et sociales, furent d’abord de croire qu’il serait possible d’importer en Australie une vaste main d’œuvre chinoise et de la payer au prix en vigueur en Chine, sans considérations des lois sociales locales ; l’autre méprise fut de se livrer à une opération financière hasardeuse pour se prémunir contre la hausse du Dollar australien.

Une manœuvre financière catastrophique.

Après que CITIC Pacific ait souscrit un contrat d’achat à taux fixe de la devise locale équivalant à 6,3 Mds de $ américains, la monnaie australienne s’est effondrée de près de 30% lors de la crise de 2008. A la suite de quoi la compagnie a été contrainte de solliciter une aide de 1,5 Mds de $ de sa maison mère. La bévue entraîna le licenciement de plusieurs agents du département finances, dont la fille du PDG Larry Young qui démissionna lui même peu après. Elle obligea également CITIC Pacific en mal de cash à vendre ses parts dans une affaire d’électro-ménager et de distribution de voitures à Hong Kong.

Études insuffisantes, erreurs techniques.

A ces boulettes déjà lourdes de conséquences se sont ajoutées des impasses techniques traduisant un dilettantisme coupable, relevé par Zhang Jijing (57 ans) l’actuel PDG de CITIC Pacific, engagé en 2008 pour redresser la situation : « Je ne comprends pas que les décisions aient été prises avec autant de précipitation ». Il ajoute que « le projet étant à cette époque un des plus vastes jamais entrepris par la Chine dans ce secteur, il aurait fallu y consacrer au moins deux année d’études préalables ».

Mais Metallurgy Corp of China ou MMC 中国冶金科工集团公司, entreprise publique sous traitante, trop sûre d’elle-même et agissant dans la précipitation avait négligé un facteur essentiel : la faible qualité de la magnétite du gisement qui, avant d’être vendue, doit être « reconcentrée », ce qui supposait la construction non prévue de 6 usines, d’une centrale électrique et d’une unité de dessalement d’eau de mer.

Alors que les consultants extérieurs ayant étudié le projet estimaient qu’il faudrait y investir 5 Mds de $ et y consacrer 5 années, MMC avait jugé qu’il y parviendrait avec un investissement deux fois moindre et en seulement 3 ans. Mais, en 2012, le rapport d’audit interne de la compagnie, cité par le WSJ, concédait que le « travail préparatoire avait été insuffisant des deux côtés et que le projet avait démarré dans la hâte, sans tenir compte des lois australiennes ».

D’où une accumulation de mauvaises surprises d’abord techniques comme la faible qualité du minerai déjà citée, encore aggravée par la présence d’amiante qui obligea MMC à consentir des frais supplémentaires pour protéger les ouvriers des effets cancérigènes ; ensuite légales, quand il apparut que les conditions d’un permis de travail en Australie – salaire minimum et connaissance basique de la langue – n’autorisaient à importer que quelques centaines d’ouvriers Chinois.

Ignorance des lois locales et dérapage des coûts.

La conséquence fut une explosion prohibitive du coût de la main d’œuvre par rapport aux prévisions que WSJ le chiffre aujourd’hui à 200 000 $ par an et par ouvrier, incluant les charges sociales payées par l’employeur que MMC n’avait pas intégrées dans ses calculs. Les lois sur la protection de l’environnement et celles concernant les aborigènes furent un autre casse-tête qui s’ajouta à celui provoquée par la bévue financière évoquée plus haut, mettant le projet en faillite et obligeant en 2008 CITIC Chine et l’État chinois à venir en catastrophe au secours de sa filiale hongkongaise.

Tensions politiques

Enfin, ajoutons que le partenaire de CITIC Pacific et de MMC, Clive Palmer, riche propriétaire du groupe australien « Mineralogy » investi dans le fer, le nickel et le charbon, homme d’affaires aux ambitions hétéroclites (il a investi dans une équipe de football, une mine de nickel, un golfe devenu un parc à thème sur les dinosaures, à quoi s’ajoute le projet de construction en Chine d’une réplique du Titanic), aujourd’hui membre du parlement, à la tête de l’United Party qu’il a créé en 2013, à tendance libérale-conservatrice, parfois mâtinée de populisme, n’a rien fait pour que le contrat avec CTIC évite les embuches dans lesquelles le projet est tombé.

Il y a quelques semaines il a été obligé de présenter ses excuses par écrit à l’Ambassade de Chine à Canberra après avoir, au milieu de ses controverses avec CITIC Pacific qu’il accuse de ne pas honorer les termes du contrat, traité les Chinois de « bâtards qui tirent sur leur propre peuple ». L’épisode, qui eut lieu lors d’une émission de la TV australienne où Palmer répondait lui-même d’accusations de corruption, faisait suite à l’annulation en 2012 par « Mineralogy » des droits d’exploitation de la mine par CITIC dont les pertes dans l’affaire sont évaluées à 10 Mds de $ par le magazine Forbes.

Tenir compte des erreurs, persévérer et se renforcer.

Le projet de Sino Iron n’est pas le seul en difficultés en Australie. Un autre développé dans la région de Geraldton 1000 km au sud de Cape Preston selon le même schéma à partir d’un minerai de basse qualité transformé et amélioré avant export, a manqué ses objectifs initiaux occasionnant d’importantes pertes, y compris pour son partenaire australien Gindalbie Metals. Mais, comme dans le projet Sino Iron, la Chine, toujours poussée par ses appétits en ressources primaires n’a pas l’intention d’abandonner. Au contraire le groupe chinois Ansteel envisage de porter à 60% ses parts dans le capital de la JV.

Plus encore, un troisième intervenant et non des moindres vient de révéler ses intentions. Cette fois il s’agit du géant Baosteel en Chinois 上海宝钢集团公司 (Shanghai Baogang Jituan Gongsi) qui envisage d’investir 2 Mds de $ dans un nouveau projet de minerai de fer, dans la région de Pilbara Ouest dont le groupe a pris le contrôle en rachetant l’Australien Aquila Ressources. Mais cette fois l’affaire paraît plus sûre, puisque le minerai ne nécessiterait pas les mêmes investissements de transformation avant export.

Ce qui ne signifie cependant pas que Baosteel ne rencontrera pas de difficultés, dans un contexte mondial où la surproduction globale tire les prix du minerai de fer vers le bas et où les investisseurs chinois se plaignent des conditions d’affaires en Australie.

L’accusation venait de Li Ruogu, président de la China Exim Bank au forum de Boao au printemps 2013. A l’époque elle avait été démentie par le premier ministre Julia Gillard elle-même qui avait précisé qu’en 10 ans l’Australie avait approuvé 380 projets chinois. La persévérance des groupes publics appuyés par le pouvoir politique qui accompagne le souci d’améliorer la qualité des engagements et celui de consolider les positions chinoises, n’en est pas moins remarquable.

Lire aussi : Investissements Directs à l’étranger (I.D.E), une radiographie de l’influence de la Chine.


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