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Le difficile équilibre entre la relance et la rigueur.
Photo : Le 28 août, Wang Qishan était le premier président de la Commission de discipline du Parti à visiter officiellement la Commission Consultative du Peuple Chinois. Il le faisait à l’invitation de Yu Zhengsheng, président de la CCPC, à gauche qui, comme Wang Qishan, fait partie de la garde rapprochée du président Xi Jinping. L’objectif était de rallier l’appui des députés de la Commission dans la lutte contre la corruption qui, compte tenu des connexions affairistes des oligarchies, est l’un des adjuvants de la lutte contre les obstacles aux réformes économiques.
L’État chinois est d’abord confronté aux difficultés classiques également bien connues en France d’une restructuration en profondeur de son économie pouvant entraîner des risques sociaux qu’il s’applique à contrôler par des mesures de relance partielles.
En même temps, mais l’occurrence était prévue, il est en butte aux manœuvres retardatrices des bastions conservateurs hostiles aux réformes dont la mise en œuvre affaiblirait leur pouvoir et désorganiserait les circuits occultes d’enrichissement des familles et des clans. A ce niveau, l’exigence des réformes indispensables à la modernisation de l’économie pour plus d’efficacité et de qualité recoupe largement la bataille contre la corruption qui gangrène le régime et menace la légitimité du Parti.
Menaces sur la pérénnité des réformes financières
Selon le Wall Street Journal qui reprend un commentaire du FMI, la Banque de Chine est engagée dans une politique schizophrénique pour maintenir l’élan des réformes financières, tout en procédant à des relances ciblées pour désamorcer les pressions politiques en faveur d’un stimulus plus large.
Mais les facilités financières de crédit citées plus haut accordées par la Banque de développement heurtent de plein fouet les promesses de libéraliser les taux d’intérêts faites par Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque Centrale. Planifiées pour 2016, ces dernières devraient favoriser la mise en concurrence des banques publiques pour aligner le système financier chinois sur le marché, améliorer la qualité des services bancaires et favoriser les prêts au secteur privé et aux PME.
Jusqu’à présent la Banque Centrale dirigée par Zhou Xiaochuan, un adepte convaincu de l’ouverture, a assez bien tenu sa feuille de route réformiste. Mais les mauvais chiffres de la croissance et les risques pesant sur l’immobilier lui-même connecté aux intérêts personnels de nombre d’oligarques pourraient faciliter les pressions politiques contre la Banque Centrale et l’obliger à abandonner, au moins pour un temps, ses projets d’ouverture du système financier à la concurrence.
La lutte contre la corruption au secours de la réforme.
Alors que la politique de réformes financières pourrait bien avoir atteint un tournant, hésitant entre le maintien du contrôle du crédit et une relance de court terme dictée par la crainte d’une secousse économique, la lutte contre la corruption frappant les enchevêtrements politico-affairistes qui sont aussi parmi les plus importants freins aux réformes, apparaît comme une opération d’assainissement éthique et politique en même temps qu’un adjuvant aux indispensables réajustements économiques.
Tel était le message de Wang Qishan adressé au Comité permanent de la Commission Consultative du Peuple Chinois (CCPC) lors de sa visite le 28 août dernier – une première pour un Président de la Commission de discipline -, retransmise sur la chaîne de télévision nationale : au lieu de se considérer comme des cibles, les députés de l’assemblée consultative doivent apporter leur soutien à la campagne anti-corruption, dont la réussite est aussi un des éléments clés du succès des réformes économiques et financières. Il n’est pas anodin de préciser que Yu Zhengsheng l’actuel président de la CCPC fait avec Wang Qishan partie du cercle rapproché du président Xi Jinping.
Pour l’heure en tous cas, le lien entre la réussite des réformes et la campagne anti-corruption est attesté par un article de Xinhua qui, le 21 août dernier, désignait les patrons des groupes publics dont les rémunérations ont déjà été réduites, comme les prochaines cibles de Wang Qishan. Le texte de l’article fustigeait le train de vie et les salaires des PDG, en même temps que la faiblesse de leur sens collectif et de l’intérêt public.
