›› Chronique
A 15 jours de leur rencontre en Corée du sud que Xi Jinping n’a pas confirmée, l’atmosphère d’apaisement entre D. Trump et Xi Jinping s’est brutalement dégradée. Le 10 octobre, la Maison Blanche, réagissant à un nouveau resserrement chinois de l’exportation des « terres rares », lui-même une riposte de Pékin aux embargos de Washington sur les logiciels, a décidé de hausser à compter du 1er novembre, les droits de douane des exportations chinoises en Amérique de 30 à 100%.
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En attendant leur probable rencontre au sommet de l’APEC à la fin octobre à Gyeongju en Corée du sud qui devait marquer un apaisement ou au moins un accommodement raisonnable de leur guerre commerciale, Xi Jinping et D. Trump testent leurs limites.
Il a quelques jours ils viennent de relancer une surenchère d’attaques-ripostes, Pékin en remettant un frein à l’exportation de ses « terres rares », Washington en décidant par représailles d’infliger, entre autres, 100% de taxes aux exportations chinoises à compter du 1er novembre.
Dans le discours qui explique son retour au contrôle strict des « terres rares », Pékin renvoie sans le dire, ni citer Washington, à la perspective d’un affrontement militaire direct avec l’Amérique à propos de Taiwan, éléphant dans la pièce de la discorde stratégique sino-américaine.
« L’objet des contrôles », dit l’appareil, qui envisage un affrontement dans le Détroit des équipements militaires de dernière génération, est de « protéger la sécurité nationale menacée par des ventes aux armées étrangères ».
Le mimétisme des raidissements et l’esprit de riposte sautent aux yeux.
En abattant son atout stratégique des « terres rares », Pékin exige désormais, tout comme Washington, des licences d’exportation pour les équipements de haute-technologies dès lors qu’ils contiennent des « terres rares », même si aucune entreprise chinoise n’est impliquée dans la transaction.
En même temps, les restrictions au commerce de ces 17 éléments métalliques sensibles (à l’occasion du retour des effervescences, Pékin en a rajouté cinq nouveaux à sa liste) indispensables à la modernisation numérique, à l’aventure spatiale et aux équipements de défense dernier cri, relativement répandus sur la planète, mais à l’extraction compliquée et polluante dont la Chine détient pour l’instant le monopole, sont une réplique aux restrictions américaines de la vente à la Chine des semi-conducteurs.
(Lire : Terres rares. La face cachée du monopole chinois & Terres rares. Domination chinoise, menaces et contrefeux)
Enfin, il est évident qu’à moins de trois semaines du sommet de l’APEC, Pékin utilise son atout comme un levier pour influer sur les négociations commerciales à venir.
La stratégie n’est pas nouvelle.
Un levier stratégique de négociation aux longues racines.
Deng Xiaoping aux États-Unis en 1979, avec le président Carter. Sept ans plus tard, en 1986, lui qui, pragmatique avait coutume de dire aux bureaucrates de l’appareil « Plus d’actions concrètes et moins de paroles creuses “多干实事 少 说 空话 », avait aussi fixé la priorité stratégique de long terme de faire des « terres rares » un levier d’influence de première grandeur. « Ils ont le pétrole, nous avons les terres rares 他们有石油,我们有稀土. »
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L’idée d’une pression stratégique utilisant le monopole chinois date du début des années cinquante et du retour en Chine en 1951, de Xu Guangxian 徐光宪, expert reconnu de la chimie des « terres rares ». (lire : Retour au pays des talents chinois expatriés).
En 1986, année du lancement du « programme 863 » de développement des hautes technologies, Deng Xiaoping avait déclaré “ Le Moyen Orient a le pétrole. Nous avons les terres rares.“ ».
Pékin n’a jamais lâché ce fil.
Le 29 mai 2019, en pleine montée des tensions portées au rouge entre Washington et Pékin, lors de son premier mandat par D. Trump, dans une tribune intitulée « États-Unis, ne sous-estimez pas la faculté de la Chine à riposter - 美国, 不要 低估中国 的 报复能力 », le Quotidien du Peuple avait évoqué le « handicap de dépendance de Washington aux terres rares chinoises ».
L’article qui laissait planer la menace d’une riposte par embargo, glosait autour de la formule « 勿谓言之不预也 – wu wei yan zhi bu yu ye – Ne dites pas qu’on ne vous avait pas prévenus ».
Une semaine avant l’article du Quotidien du Peuple, le 21 mai 2019, signe prémonitoire de la réaction stratégique chinoise aux attaques de D. Trump, Xi Jinping avait affiché sa détermination à remettre en ordre le secteur en visitant à Ganzhou une usine de fabrication d’aimants dans le Jiangxi, province où cohabitent Minmetals Rare Earth et China Southern Rare Earth Group.
En janvier 2022, Jean-Paul Yacine avait mis en perspective les menaces du réveil chinois et les contrefeux occidentaux : Terres rares. Domination chinoise, menaces et contrefeux.
