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›› Politique intérieure

Rumeurs sur la mise en examen du ministre de la défense

Le 13 septembre 2024 à Pékin, l’amiral Dong Jun, ministre de la défense depuis le 29 décembre 2023 quittait l’estrade après un discours au 11e forum de Xiangshan 香山, version chinoise, créée en 2006 du « Dialogue de sécurité de Shangri-La » (Reuters).

Lire notre CR du 11e forum : Le 10e forum de Xiangshan. « Sécurité et paix durable ». Ébranlement du monde, et plate-forme anti-occidentale des sans-voix.


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Depuis la fin novembre, à la suite de la mise en examen de l’Amiral Miao Hua 苗华, 69 ans, Directeur du département politique de la CMC, suspendu de ses fonctions pour « graves violations de la discipline » - désignation stéréotypée des accusations de corruption -, des rumeurs courent sur une possible destitution du ministre de la défense, l’amiral Dong Jun (lire : « Dialogue de Shangri-La »- Dialogue de sourds- L’agressivité anti-occidentale de Pékin devient planétaire.).

En Occident, les indiscrétions autour de la destitution de Dong Jun ont été relayées par un article du Financial Time du 27 novembre qui rapportait des informations venant de l’appareil militaire américain, dont les auteurs - à la retraite et en fonction dit l’article - sont restés anonymes.

Selon une analyse d’Oxford Analytica du 30 novembre 2025, au milieu d’une purge de plusieurs douzaines de généraux, l’insistante répétition des mises en examen des ministres de la défense – Dong Jun est le troisième ministre directement ciblé depuis le printemps 2023 par l’appareil après Li Shangfu et Wei Fenghe, les deux prédécesseurs de Dong – dépasserait la lutte contre la corruption.

Elle traduirait dit l’auteur un malaise entre Xi Jinping et les militaires dont la principale racine serait des doutes sur leur loyauté. Les coups de balai qui ciblent essentiellement le département général de l’équipement et la deuxième artillerie missiles sont d’autant plus insolites que certains des généraux visés sont réputés avoir été proches du Président et directement nommés par lui.

Ce n’est pas fini.

Toujours selon Selon Oxford Analytica, le Général de l’Armée de Terre He Weidong, 67 ans, 2e vice-président de la CMC après le Général Zhang Youxia, également proche du Président [1] et membre comme lui du Bureau Politique, ancien commandant de 2019 à 2022 du Théâtre opérationnel de l’Est face à Taïwan, aurait lui aussi disparu depuis le mois de mars.

Pour expliquer ce qui apparaît comme un grave flottement de la discipline et de la loyauté au sein de la haute direction de l’APL, Oxford Analytica avance l’hypothèse qui court en Chine au sein de l’armée selon laquelle plusieurs généraux de haut rang seraient réticents à risquer leur vie et leur carrière dans une guerre contre Taïwan où la victoire n’est en aucun cas assurée.

Ces alarmes internes se seraient aggravées depuis que Pékin a considérablement augmenté ses pressions militaires dans le Détroit en simulant un blocus naval ponctué de tirs de missiles autour de l’Île, et en saturant son voisinage de démonstrations de forces aériennes et navales.

L’obsession taïwanaise de Xi Jinping, objet d’un malaise au sein de l’armée ?

Pour le général Qiao Liang, le projet de reconquête militaire de Taiwan est une dangereuse et couteuse obsession qui détourne la Chine de ses priorités de développement pour le bien-être de peuple chinois. Pire une attaque frontale dresserait tout l’Occident contre la Chine, tandis qu’un échec porterait le risque de retarder la modernisation du pays.


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L’hypothèse d’un fronde interne que Xi Jinping affronterait par une longue suite de destitutions d’officiers généraux accusés de corruption, renvoie à la prise de position au printemps 2020 du général de l’armée de l’air Qiao Liang.

L’un des auteurs de la « La Guerre hors limites » avec son collègue de l’armée de l’air Wang Xiangsui (publié en France aux Éditions Rivages en 2006) qui précisément prônait une stratégie asymétrique où l’affrontement armé ne tient pas le haut du pavé, Qiao Liang, Major General à la retraite, membre de l’Association des écrivains depuis 1984, répondait à des journalistes du magazine Bauhinia à Hong Kong.

Évoquant clairement les risques de conflit direct dans le Détroit, il mettait en garde contre le risque de se laisser aller à relever le défi d’une guerre militaire ouverte contre l’Amérique. « 我们不应该跟着美国的节奏跳舞 – Nous n’avons pas à danser au rythme des Américains ».

Le message était ambigu, mais résonnait tout de même comme une invitation adressée au Parti à ne pas se détourner de son objectif de renaissance nationale « fuxing 复兴 » par l’obsession de souveraineté dont la question taïwanaise est le symbole emblématique.

« La renaissance de la Chine, disait-il, ne devrait pas être stoppée par un conflit militaire 中国的复兴虽未必会被此一战打断 ».

Pour lui, le moment d’un affrontement militaire n’était pas venu. Et les risques liés à un engagement armé direct trop importants. « La renaissance nationale ne se résume pas à la question de Taïwan. Elle n’en est même pas le point essentiel 台湾问题并非我复兴大业的全部内容, 甚至连主要内容都谈不上 ».

« Le point clé de la grande cause de renaissance nationale est le bonheur des 1,4 milliards de Chinois. 复兴大业的主要内涵是十四亿人的幸福生活 » (…) « Tout le reste doit céder le pas à cet objectif, y compris la solution de la question de Taïwan - 切都必须给这一大业让路, 包括台湾问题的解决.

La rumeur de la mise en examen du Ministre court après les sommets de l’ASEAN au Laos, début octobre, au cours desquels il avait refusé de rencontrer son homologue américain Lloyd Austin.

Le ministère chinois en avait rejeté la responsabilité sur les États-Unis qui venaient d’approuver une vente d’armements à l’Île comprenant pour la première fois le système Sol-Air moyenne portée NASAMS (National Advanced Surface-to-Air Missile System) et des missiles anti-aériens haute performance AMRAAM.

le 28 novembre, interrogée sur la situation du ministre et le rapport du Financial Times, la porte-parole Mao Ning avait nié sa mise en examen et accusé le FT de « courir après des ombres - 追逐影子 ».

Note(s) :

[1La rapidité des promotions de He Weidong, passé en seulement deux années de Lieutenant Général (2017) à Général en 2019, avait été une surprise. Plus encore sa nomination, grâce à sa proximité avec Xi Jinping, datant de son poste à Xiamen au début des années 2000, comme 2e Vice-Président la CMC, avait créé quelques aigreurs.

Il avait en effet doublé des plus anciens que lui comme l’Amiral Miao Hua de deux ans son aîné, aujourd’hui mis en examen.


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