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Spendeurs et misères des monastères en Chine

Il existe près de Pékin des temples peu fréquentés qui méritent le détour. On y découvre des richesses architecturales et une atmosphère recueillie qui tranche avec celle encombrée et bruyante des hordes de touristes. Ainsi les temples de Da Jue Si (Le temple du Grand Eveil) et celui de Long Quan Si (la source du dragon), tous deux situés au nord-ouest de la ville. Hélas on y est parfois aussi confronté à la manie du modernisme et à l’obsession du décor, aujourd’hui si fréquentes en Chine.

Da Jue Si a été construit il y a plus de 1000 ans, à l’époque des Liao (après les Tang et avant les Mongols). La dynastie Liao était issue d’une peuplade nomade venue du nord. Comme beaucoup de dynasties, les Liao, qui étaient des Kitan de la steppe, n’étaient pas des Han. Mais ils étaient capables de bâtir de jolies choses.

Le temple, parsemé de bassins d’eau fraîche et claire, a été reconstruit par les Ming - de vrais Han ceux là - mais il a gardé un parfum émouvant de vieilles pierres qu’on retrouve rarement en Chine.

Petits pavillons aux proportions harmonieuses, postes de garde aux murs épais et aux ouvertures en ogive, autels des divinités bouddhistes classiques, dépourvus de fanfreluches, vastes façades en bois finement sculptées, atmosphère de prière sans touristes, car le temple est hors des circuits des agences de voyage, stupa imposant au nord du grand pavillon et arbres millénaires (surtout des ginkgos et de grands pins aux formes tourmentées comme les membres noueux des grands vieillards).

Je réfléchissais assis face au Stupa, le monument funéraire des anciens moines, partis depuis plus d’un demi-siècle, quand, en levant les yeux, je distinguai que les feuilles du grand pin à droite du Stupa avaient une couleur verte, anormalement foncée qui tranchait avec le vert pâle des feuillages alentour.

Baissant les yeux vers le tronc, je me suis aperçu que tout l’ensemble, haut d’au moins 20 mètres, avec un tronc large comme un gros tonneau, dont la couleur chocolat au lait avait quelque chose de maladif, était faux. On ne peut plus faux.

Mes doigts pianotant sur la surface du tronc rendaient un son de lessiveuse. Dans les vieilles traditions de la religion populaire bouddhiste, coller son corps au tronc d’un très vieil arbre est sensé vous transfuser l’énergie du temps. Une magie dont cette misérable réplique en carton plastifié serait bien incapable.


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