›› Chronique
En bref :
Le ministre de la défense américain à Pékin
Le 10 janvier 2010, Robert Gates a entamé une visite en Chine de trois jours, à un peu plus d’une semaine de la visite aux Etats-Unis de Hu Jintao. Ce voyage, qui se poursuivra à Séoul et à Tokyo, marque un réchauffement des liens avec la Chine, après les dernières ventes d’armes américaines à Taïwan en janvier 2010. Dans une ambiance générale de tensions, entre Washington et Pékin, le Pentagone tentera de renouer des liens de coopération avec l’APL, tout en faisant pression pour plus de transparence.
La presse officielle a réservé un accueil prudent à la visite, vue par la direction chinoise comme un préalable au succès de la visite aux États-Unis de Hu Jintao. Il reste que si le Pentagone continue à s’impliquer comme il le fait dans les questions de sécurité en Asie et à vendre des armes à Taïwan, il est peu probable que les Chinois accepteront de nouer avec les militaires américains le type de relations « confiantes et durables » que ces derniers souhaitent.
Entraînements de l’APL en Turquie
Début novembre, Xinhua rendait compte que l’APL participait à des manœuvres d’une semaine en Turquie. Les experts se sont interrogés sur la signification de cet exercice avec un pays de l’OTAN. On a évoqué une tentative chinoise pour mieux appréhender la position turque sur la question ouïghour. Le PM turc avait en effet vivement critiqué la répression conduite par Pékin au Xinjiang. D’autres sources ont évoqué un exercice anti-terroriste.
Quelques semaines avant, avait eu lieu un autre échange entre l’APL et l’armée turque. Vers le 10 septembre 2010, une dizaine d’appareils militaires chinois dont des chasseurs SU 27 et MIG 29, ayant transité par le Kirghizstan et l’Iran pour un ravitaillement en carburant, se sont posés sur la base de Konya en Anatolie pour conduire un exercice avec l’armée de l’air turque.
Il n’est pas impossible que l’événement, qui bouscule les alliances traditionnelles, soit une réponse aux raidissements de l’UE face à la candidature d’Ankara et aux condamnations récurrentes du génocide des Arméniens par Washington et Bruxelles. Rappelons aussi qu’en mai dernier, la Chine avait à plusieurs reprises, apporté son soutien au projet d’échange de combustible nucléaire proposé par la Turquie et le Brésil au profit de l’Iran, contre l’avis des pays occidentaux.
L’invitation turque a été opportunément saisie par l’APL, dont les initiatives pour affirmer l’influence croissante des militaires, contournent de plus en plus souvent la prudence de la diplomatie chinoise. La Maison Blanche avait, avant l’exercice, exhorté Ankara à ne pas dévoiler de secrets tactiques ou technologiques.
Selon le Janes Defense Weekly qui cite une source diplomatique d’Ankara, l’armée de l’air turque, aurait, après le rappel à l’ordre de Washington, décidé de n’aligner que des vieux F4 et le modèle plus ancien de F16. L’OTAN, lourdement impliqué dans la région au-travers des opérations en Afghanistan, dont la base arrière est située en Asie Centrale, peine à crédibiliser son action auprès des pays limitrophes du théâtre et notamment de la Chine.
Pékin, qui se tient prudemment en marge de l’ISAF, est pourtant lourdement impliqué en Afghanistan dans l’exploitation minière et la remise en état des infrastructures (centrales électriques, barrages, routes, télécom). Elle réclame le retrait de l’ISAF et prône une solution régionale.
Le fait que la Turquie, membre de l’OTAN, participant à L’ISAF avec 1800 hommes, se rapproche de la Chine, en général très critique de l’engament militaire de l’OTAN en Afghanistan, montre que les lignes des anciennes alliances sont en train de bouger.
Une tendance nouvelle à l’affichage technologique et tactique
La publicité inhabituelle autour du nouvel avion furtif chinois fait suite à la présentation, sur le stand de la CASIC (China Aerospace Science & Industry Corporation), au cours du dernier salon aéronautique de Zhuhai (16 au 21 novembre) du dispositif complet mis en place par l’APL pour attaquer les porte-avions américains en cas de conflit.
Les sous-marins et les drones, dont les informations sont communiquées à un poste de commande central sur la côte Est, assureraient le ciblage. L’attaque serait ensuite portée par trois types de missiles antinavires (C-6032, C-705 et C-802A), tirés à partir de la terre, de la mer et des airs.
Il est clair que la nouvelle disposition chinoise à la transparence sur ses technologies de défense les plus avancées est destinée à adresser un message à Washington. Ce dernier fait suite aux crispations de janvier dernier après les ventes d’armes américaines à Taïwan et les tensions surgies lors du dernier sommet de l’ARF à Hanoi en Juillet, à propos de la présence des navires de guerre américains en Mer de Chine de l’Est et en Mer Jaune, et de la liberté de navigation en Mer de Chine du Sud.
L’affichage des progrès technologiques et des capacités de défense contre les porte avions américains vise également l’opinion publique chinoise, à qui le Parti s’efforce de présenter la Chine comme une puissance capable de réagir aux pressions extérieures, d’où qu’elles viennent.
