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2028, année de tous les dangers.
Dans son analyse Jonathan A.Czin imagine qu’au cours de son 4e mandat Xi Jinping pourrait, au soir de sa vie politique être saisi par l’orgueil de rester dans l’histoire comme celui qui aura ramené l’Île dans le giron nationalchinois. Illustration Stephen P. Kelly / Photo Getty Images / AP.
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Se souvenant de ses responsabilités à la sécurité nationale, Czin met en garde que « les deux années à venir constitueront une période cruciale pour que Washington collabore avec Taipei en vue de se préparer à 2028 qui sera probablement une séquence bien plus agitée dans le détroit de Taïwan. »
C’est pourquoi, dit-il, « plutôt que de laisser s’accentuer les doutes sur son soutien à Taipei, Washington devrait renforcer ses liens avec l’île, d’autant qu’elle a confirmé ses intentions de partenaire modèle en réorientant son économie vers les États-Unis au détriment de la Chine et en augmentant les investissements dans sa propre défense. »
« Le minimum serait d’approuver le programme de vente d’armes de 14 milliards de dollars en suspens, quitte à fractionner la vente en tranches plus modestes pour éviter d’exacerber les tensions avec Pékin. »
La suite de l’article est une analyse détaillée des options stratégiques s’offrant à Washington et Pékin au milieu des purges infligées par Xi à l’armée chinoise, un des arguments de l’auteur expliquant l’accalmie probable en 2027.
Jonathan A.Czin tient aussi compte des incertitudes de la politique taïwanaise dont la soif de liberté et d’autonomie nationale a récemment été perturbée par l’opportuniste Cheng Li-wun. https://www.questionchine.net/les-enthousiasmes-opportunistes-de-cheng-li-wun-en-question
Homme de l’art, rompu aux analyses de la situation taïwanaise, Czin note que la faconde politique de la rencontre de Cheng avec Xi Jinping en avril dernier ne correspondait pas à son audience réelle dans le pays. Il doute même que Cheng pourrait recevoir l’investiture du KMT en 2028.
Enfin, après une revue des possibles stratégies de pressions mises en œuvre par Xi allant de la coercition commerciale à l’embargo total, en passant par la rupture de tous les canaux de dialogue et les gesticulations militaires, l’auteur aborde la question par la psychologie du nº1 chinois placé face à l’échec de ses choix de brutalité dont les résultats furent exactement inverses de ceux auxquels il s’attendait, après les conciliations de son prédécesseur Hu Jintao,
En dépit des pressions chinoises, au ieu de se rapprocher du Continent, l’Île s’en est éloignée.
Dans un § intitulé « Le moment idéal » et anticipant que Xi obtiendrait un blanc-seing de l’appareil pour un quatrième mandat, il suggère qu’après 2028, le nº1 reconduit pourrait, à l’approche des 80 ans, devenir plus dangereux, envahi par l’orgueil de marquer à toutes forces l’histoire de l’appareil en étant celui qui aura ramené l’Île dans le giron national.
C’est bien à ce moment, dit Czin que « l’Île aura besoin de toutes ses ressources possibles pour faire face à un Xi vieillissant et potentiellement plus belliqueux. »
Dans un contexte où Pékin tente de convaincre que le « statuquo est intenable » et que « l’annexion serait inévitable », l’heure n’est plus à l’ambiguïté. Elle est au contraire à la fin des faux semblants et à une coopération sans détours avec l’Île. Devenue un partenaire fiable, elle est dotée, grâce au secteur des microprocesseurs, d’importants atouts d’autonomie et de puissance internationale.
A l’appui de son analyse d’une Île sincèrement tournée vers Washington, Czin note qu’entre 2010 et 2026, la part des investissements taïwanais destinés à la Chine est passée de 80 % à moins de 10%.
Quant au nouveau statut international de l’Île, il rappelle qu’avec une croissance dopée par « son industrie des semi-conducteurs, de classe mondiale, ayant su tirer parti de l’essor de l’intelligence artificielle » elle s’est, « avec une population de seulement 23 millions d’habitants hissée au rang de quatrième partenaire commercial des États-Unis. » (…)
Mieux, « L’Île ne se contente pas d’y écouler ses produits. Ses principales entreprises se sont engagées à investir des centaines de milliards de dollars dans l’économie américaine. » (…) Il ajoute qu’en février 2026, « Taïwan est devenu l’un des premiers pays à conclure un accord commercial avec l’administration Trump et semble sincèrement satisfait de l’issue des négociations »
Pas tout à fait.
Sur les joutes politiques internes à l’Île suscitées par l’accord commercial avec Washington, notre article https://www.questionchine.net/les-repliques-politiques-internes-de-l-accord-commercial-entre-taipei-et-washington revenait sur les critiques du KMT qui accusait d’avoir quasiment bradé TSMC, le géant taïwanais de la fabrication de semi-conducteurs haut de gamme, en échange de trop maigres contreparties américaines.
La diatribe était symptomatique du hiatus politique interne entre le DDP et le KMT cherchant, à contre-emploi historique, un apaisement avec le Parti communiste chinois alors même que ce dernier exerce sur l’Île un chantage à la guerre.
L’espoir de Xi Jinping, pour l’instant contredit par les faits, est de parvenir, par ses menaces de guerre, à subjuguer le désir de rupture des Taïwanais et à parvenir au retour de l’Ile dans le giron chinois en faisant l’économie d’un affrontement direct avec Washington.
Sortir de l’ambiguïté pour éviter un accident stratégique.
Alors qu’objectivement les atermoiements de D.Trump jouent la même partition que le Parti communiste chinois en diffusant dans l’Île un sentiment d’incertitude mêlé d’angoisse, Jonathan A.Czin, préconise de sortir rapidement des ambiguïtés sources de malentendus à Pékin.
Au pire, les quiproquos pourraient pousser Xi Jinping arrivé au bout de sa course politique, à franchir le pas d’une escalade militaire. Précisément ce qu’à Taipei les tenants d’un apaisement sans condition avec Pékin croient pouvoir éviter.
L’avenir proche validera ou non les analyses de Jonathan A.Czin. En particulier, les élections présidentielles de 2028 à Taïwan et aux États-Unis, avec l’entrée en fonction du nouveau locataire de la Maison Blanche le 20 janvier 2029 seront déterminantes.
Un nouveau Président américain peu porté aux « accommodements avec la Chine » ramènerait le Parti à Pékin à moins de patience sereine ;
De même à Taïwan, une confirmation au pouvoir du DPP en place depuis 2016, portant le refus de reconnaître la « Politique d’une seule Chine » et dont le nouveau président entrera en fonction dans l’Île le 20 mai 2028, tuerait dans l’œuf l’optimisme de Xi Jinping animé par l’espoir d’annexer l’Île en douceur.
Au milieu des hypothèses de Czin, enveloppées dans l’incertitude, on se réfèrera aux réalités des nombreux sondages de l’opinion des Taïwanais.
L’opinion progresse vers la rupture avec le Continent et le renforcement de l’identité taïwanaise.
Depuis le milieu des années 90 la tendance constante des sondages montre une affirmation de l’identité taiwanaise et un affaiblissement de l’idée d’appartenance à la Chine.
Commentant les dernières évolutions sur le blocage par D.Trump des ventes d’armes à l’Île après sa visite à Pékin en mai, Francois Wu, ministre des Affaires étrangères taiwanais, a considéré que « maintenir la capacité de l’Île de se défendre afin d’éviter la tutelle chinoise pour que soit protégée son industrie des semi-conducteurs est dans l’intérêt direct des États-Unis. »
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La dernière enquête effectuée du 31 août au 6 septembre dernier par le Centre d’enquête d’opinions de « United Daily News 聯合報系民意調查中心 révèle que 56 % des sondés constatent les tensions dans le Détroit et qu’une proportion semblable n’est pas satisfaite de la manière dont Lai Qing De les gère.
Plus de 60 % étaient en faveur de plus de relations avec la Chine, tandis que 47 % croyaient que l’Amérique interviendrait en cas de conflit quand 43 % n’y croyaient pas.
Un autre sondage effectué à la mi-août par le Centre d’études d’opinions de l’Université Nationale de Chengchi, révélait que 81,2 % des personnes interrogées s’opposaient à la proposition de la RPC d’instaurer le principe « un pays, deux systèmes », tandis que 68,9 % étaient favorables au maintien du statu quo et au rejet de l’unification avec le PCC.
En mettant en perspective l’évolution de l’opinion au cours des dix à vingt dernières années, analysée par l’Université Nationale de Chengchi, coïncidant en partie avec la gouvernance de Xi Jinping, le constat n’est pas seulement un glissement vers une préférence pour la rupture.
Il révèle aussi une évolution vers un renforcement de l’identité taïwanaise, un net recul de l’identification á la Chine et, stable dans tous les sondages, même s’il s’agit d’un non-sens stratégique, une préférence persistante pour le maintien du statuquo supérieure à 55 %.
L’évolution la plus marquée concerne le sentiment d’identité taïwanaise. Entre 1992 et 2022, il est passé de 17,6 % à 63,7 %. Par contraste l’identification à la Chine s’est effondrée de 25,4% à 2,4 %.
Elle est cohérente avec le dernier sondage publié le 6 septembre où il apparait que seulement 4% des sondés étaient en faveur d’une « unification dès que possible. » et seulement 7% « à terme ». Globalement 32 % des sondés privilégient une indépendance à terme, contre seulement 11 % qui sont en faveur d’un rattachement à la Chine.
