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Tensions financières, restructurations industrielles, succès du high-tech chinois

La hausse inquiétante de l’endettement

Les déclarations publiques ne donnent de la situation réelle des finances chinoises qu’une image édulcorée. La principale contradiction à laquelle Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque de Chine, est confronté réside dans l’augmentation de la dette et, au sein de celle-ci, de l’existence d’un montant mal connu de dettes toxiques très difficiles à éradiquer dans le cadre d’une politique de libéralisation complète du crédit, sauf à mettre en danger de nombreuses banques.

Le dernier audit officiel de juin situe le montant des dettes locales à 2950 Mds de $, soit une hausse de plus de 60% en trois ans. Des réformes déjà évoquées par le passé, mais dont la faisabilité pratique est aléatoire, sont envisagées par le ministre des finances Lou Jiwei : autoriser les administrations provinciales à émettre, sous leur responsabilité, des obligations pour les dettes à court terme soumises à l’évaluation des agences de notation. Ce qui ne règlera pas le problème du financement des budgets locaux, encore aujourd’hui en partie nourris par les projets immobiliers, ni celui des dettes toxiques.

Les annonces officielles passent en effet sous silence l’accumulation des emprunts non recouvrables dont la grande majorité ne figure pas au bilan des banques, soit qu’ils sont simplement ignorés, soit qu’ils ont été épongés par des sociétés de défaisance et garantis par la Banque de Chine. A cet égard l’Académie des Sciences Sociales, indique que, s’il est vrai que depuis 2000 le volume des crédits toxiques des banques est passé de 2,2 Mds de RMB à 433,6 millions de RMB en 2010, il est aussi exact que le volume des dettes non recouvrables garanti par la Banque de Chine a grimpé de 1,4 Mds à 4,2 Mds RMB.

Une situation financière volatile.

Le gouvernement est donc confronté à une situation d’autant plus volatile que l’épidémie de prêts hors bilan a conduit à des surinvestissements dans nombre de secteurs tels que l’immobilier, l’infrastructure, la sidérurgie, l’énergie et les industries d’assemblage, principales tares du schéma de développement que le pouvoir s’est donné pour mission de modifier, mais que nombre d’institutions auront du mal à abandonner. Ces bastions de la résistance aux réformes sont connus.

Il s’agit des administrations locales, dont seulement 50% sont en mesure de rembourser leurs dettes, de la Commission pour la Réforme et Développement, qui vient d’engager une offensive contre nombre de groupes étrangers en contradiction flagrante avec les promesses publiques d’ouverture au marché, de la Commission de surveillance des actifs de l’État (SASAC) ou des dirigeants de la plupart des groupes publics, qui y puisent leur pouvoir politique en même temps que quelques ressources occultes,

Dans le même temps, le système financier principal outil de l’allocation de ressources dans le vaste chantier de l’urbanisation et de la modernisation est encore mal assuré sur ses bases. L’exposition des banques aux promoteurs immobiliers et aux dettes mal garanties des gouvernements locaux amoindrit leur crédibilité, tandis que la libéralisation des taux d’intérêt envisagée comme gage d’ouverture du système financier et pour attirer des investissements aura pour premier effet néfaste d’exercer une pression sur la qualité des avoirs des banques et leur profitabilité.

Le tout dans une situation où le taux réel d’endettement de la Chine est, selon toute vraisemblance, largement sous estimé, puisqu’une fois additionnées les dettes du gouvernement, celles des administrations et celles des groupes publics, garanties par l’État, sans parler des créances toxiques évaporées dans les sociétés de défaisance, à quoi s’ajoutent celles des particuliers, le ratio d’endettement se situerait, selon un dépêche de Reuter du 7 janvier, à 218% du PNB, alors qu’il n’était que de 87% en 2008.

La situation générale qui s’aggrave est héritière des habitudes de gaspillage des ressources financières, où les souscriptions maintes fois répétées de nouveaux prêts pour financer les intérêts des emprunts non remboursables commencent à créer une accumulation dangereusement délétère. Il n’y pas de remède miracle à une situation aussi complexe, dont les ramifications sociales et politiques sont explosives, dans un contexte où les charges de l’État (dépense liées à l’urbanisation, aux retraites, à la santé, à l’éducation, aux allocations vieillesse, aux logement sociaux), ne feront qu’augmenter.

Mais le moins que le pouvoir chinois puisse faire sera de tenter : 1) d’inverser les vieilles habitudes de dilapidation des ressources financières qui prennent racine dans la culture d’affichage à des fins de compétition politique interne d’une croissance purement quantitative, 2) d’obliger les féodalités des groupes publics à accepter de se conformer aux règles d’allocation de ressources plus équitables. C’est tout le problème. Ce dernier n’est ni technique, ni administratif. Il est bel et bien politique.


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