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Timides réactions populaires à « Big Brother » (suite)

Paiement par reconnaissance faciale.

Utilisée pour le paiement en ligne, la reconnaissance faciale est également mise en place pour le contrôle des billets de train. Ici à la gare de Wuhan.


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D’abord lancé en décembre 2018 par Alibaba, le paiement par reconnaissance faciale a, dans la foulée mimétique de la concurrence commerciale, été adopté par Tencent trois mois plus tard. En avril 2019, Alipay, mettait sur le marché un système de paiement facial plus compact, de la taille d’un écran iPad et 30% moins cher que ses premiers modèles au prix imbattable de 2000 Yuan (253, 30 €).

Selon Zheng Qingzheng, analyste chez Suning Financial Research Institute, cité par le WSJ, la mode s’installe. Elle est d’autant plus irréversible que Tencent et Alipay qui la diffusent par leurs surenchères commerciales, tiennent 90% du marché du paiement en ligne dont le volume a atteint 20 000 Mds d’€ en 2018. (Source Beijing Institute of Big Data research).

Pour l’instant, ni Tencent ni Alipay n’ont révélé le nombre d’écrans de reconnaissance faciale installés. Mais selon le WSJ, avec Tencent et Alibaba ayant investi massivement dans les technologies de reconnaissance faciale – en 2016 Ant Financial a même acheté l’Américain « EyeVerify », basé à Kansas City, dans le Missouri -, « les écrans d’Alipay ou de WeChat Pay sont apparus dans les distributeurs automatiques, dans les épiceries et même dans les hôpitaux du pays. Elles contiennent des caméras tridimensionnelles permettant de repérer suffisamment de détails des visages pour confirmer leur identité. »

(…) « À Hangzhou, base-arrière de Ant Financial, filiale d’Alibaba, un KFC a été le premier magasin en Chine à utiliser le paiement par reconnaissance faciale d’Alipay. Les nouveaux utilisateurs doivent connecter l’écran de reconnaissance à leurs comptes Alipay en saisissant un numéro de téléphone. »

« Wedome, une chaîne de boulangerie chinoise, utilise l’identification faciale d’Alipay dans plus de 300 de ses magasins. » Selon son directeur, de l’information, ajoute le WSJ, « les machines de paiement à reconnaissance faciale sont 60% plus efficaces que les caissiers. Dans certains magasins, plus de 70% des clients choisissent maintenant de payer en numérisant leurs visages. »

Méfiances contre le pillage des données privées.

L’inquiétude n’est pas générale. Le grand public reste toujours fasciné par la commodité des nouveaux moyens de paiements. Mais ça et là apparaissent des doutes sur les conséquences d’une intrusion sans limites dans les données privées.


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Pour certains Chinois, partagés entre l’enthousiasme pratique pour ces nouveautés futuristes et la crainte toujours présente de la surveillance exercée par le Parti, la face sombre de cet engouement est le doute sur le respect de la vie privée.

En 2018, une enquête réalisée par la « Payment & Clearing Association of China – 中国支付 清算协会 - révélait que 85% des consommateurs étaient séduits par le paiement biométrique, mais que 70% d’entre eux étaient inquiets pour la sécurité de leurs données confidentielles.

Un article publié par Inkstonenews.com signé de Pei, Minxin titulaire d’une licence d’Anglais de l’Université de Shanghai, Docteur en sciences politiques de Harvard, révèle les craintes qui parfois se font jour contre la tendance générale normative facilitée par l’engouement commercial et la rivalité, source de surenchères, entre Tencent et Alibaba.

Il cite la cliente d’un restaurant de Shenzhen offusquée par la dérive des nouvelles méthodes de paiement et l’inquisition indiscrète qu’elles recèlent : « Il n’y avait pas de menu traditionnel sur papier, seulement un code QR à scanner par portable, m’obligeant à partager mes informations ». (…) Refusant d’étaler ses données confidentielles, elle a renoncé ».

« L’expérience de Wang, dit Pei Minxin devient courante en Chine, où les gens ont vite compris la commodité pratique offerte par la numérisation, mais ont mis plus de temps à comprendre les inconvénients potentiels du partage de leurs données personnelles. »

Il ajoute « qu’un changement pourrait être en cours renversant la perception générale que les Chinois ne se soucient pas de leur vie privée. ».

Il est vrai que certains ont baissé les bras. « Je me fiche de la collecte de données. Les caméras sont partout en Chine et je pense que les efforts pour protéger mes informations personnelles sont tout simplement sans effet. » dit un autre habitant de Shenzhen (…) Le fait que ces applications facilitent ma vie quotidienne compense les inconvénients. »

Mais tout le monde n’est pas ce avis. Il y a peu, un autre habitant de Shenzhen en colère a cessé d’acheter des places de cinéma en ligne quand la plus grande application pour l’achat en ligne de billets de cinéma a exigé qu’il révèle ses données personnelles et ses informations sur son travail.

« Il est vraiment inacceptable d’avoir à partager mes informations personnelles juste pour regarder un film ou dîner » (…) « Je peux comprendre la demande de localisation d’une application météo pour fournir une prévision exacte, mais pourquoi dois-je partager mon numéro de téléphone et mon identité uniquement pour acheter une place de cinéma ? »

Les contrefeux au symptôme du « Big Brother » sont certes encore ténus. Mais il faut s’attendre à ce qu’ils s’aggravent. « Les utilisateurs chinois d’internet sont de plus en plus préoccupés par la collecte de données et les problèmes de sécurité connexes », dit Dingding Zhang, ancien directeur du cabinet de recherche Sootoo Institute basé à Beijing et désormais commentateur indépendant.

« Les utilisateurs qui ne se soucient pas de la divulgation de leurs données personnelles ne réalisent probablement pas à quel point cela peut leur nuire ».


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