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Un « Double Dix » profil bas

Pour enfoncer le clou des différences avec la « Grande Terre », il a rappelé que, depuis son accession au pouvoir, Taiwan avait ratifié les deux conventions des NU pour les droits civils et politique et les droits économiques et sociaux, ce qui avait valu à l’Ile les éloges des organisations internationales de droits de l’homme. La comparaison a également égratigné l’opposition quand Ma a abordé ses succès en politique étrangère, attribués au pragmatisme de son approche qui abandonne la quête impossible d’un retour à l’ONU, cause de tensions répétées avec Pékin et Washington, pour préférer la recherche d’une participation plus discrète de l’Ile à l’OMS et à l’OMC ou au sein de l’APEC.

Enfin, en contrepoint de la célébration du 60e anniversaire du PCC, Ma a solennellement annoncé que la République de Chine, aujourd’hui réfugiée à Taiwan, célèbrerait dans deux ans le centenaire de sa création sur le sol chinois. Par cette annonce, il ramenait à la surface la vieille querelle de légitimité que le Kuomintang n’a jamais abandonnée, et qui agace beaucoup le PCC, puisqu’il se considère toujours comme l’unique dépositaire de l’héritage historique, politique et culturel chinois : « le cri des révolutionnaires d’il y a un siècle résonne encore à nos oreilles et l’idéal du fondateur de la Nation chinoise est toujours présent. Les Trois Principes du Peuple du Docteur Sun Yat Sen constituent encore le but de notre action ».

Alors que les sondages signalent une remontée de sa cote de popularité, le Président sait bien que la mise en œuvre de sa politique de détente dans le Détroit ne sera pas facile. Il suffit pour s’en convaincre de lire la presse taïwanaise qui souligne les inquiétudes, y compris au sein de la majorité, en amont d’une nouvelle série de négociations avec la Chine sur l‘accord cadre économique. Le 15 octobre, dans le China Post le Premier Ministre Wu, lui-même, craignant que la dépendance de l’Ile à l’égard du marché chinois, déjà estimée à 40%, ne s’aggrave, expliquait que pour préserver la bonne santé de la relation, il sera peut-être nécessaire de mettre un frein à la politique en cours.

Le lendemain, le même journal rendait compte d’une séance au Yuan législatif, où le ministre de l’économie rassurait l’opposition et les hommes d’affaires en affirmant que l’accord cadre n’ouvrirait pas le marché des services aux Chinois, tout comme il limiterait la liste des produits agricoles chinois autorisés sur le marché taïwanais. Dans le même temps, le gouvernement, qui subit la pression de ses hommes d’affaires, agriculteurs et patrons d’industries à forte intensité de main d’œuvre, inquiets de l’invasion chinoise, est aussi placé sous la menace de la prochaine ouverture des marchés entre l’ASEAN et la Chine, le 1er janvier 2010. A cette date, les exportations de 7 pays de l’ASEAN (secteurs de la pétrochimie, du textile, des pièces détachées d’automobiles, des machines outils) auront un accès libre au marché chinois et bénéficieront en Chine d’un avantage comparatif important vis-à-vis des produits taïwanais.

Dans un contexte où il sera difficile à Ma Ying Jeou de faire machine arrière sur ce dossier, qu’il a d’abord abordé avec prudence, mais qui constitue aujourd’hui une de ses priorités, tout porte à croire que les mois à venir seront marqués par de sérieuses empoignades politiques. Celles-ci éclateront entre partisans de l’accord, considéré comme un puissant moteur économique, et ceux qui craignent que la dépendance de l’Ile à l’égard de la Grande Terre, déjà très forte, ne devienne dangereuse, faisant resurgir le spectre d’une réunification rampante.


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