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Xi Jinping et Obama, une rencontre au sommet sur fond de rivalités de puissance

L’image renforcée de Xi Jinping et la persistance des désaccords de fond.

Le 23 septembre à Seatle le Président Xi Jinping entouré des présidents de grands groupes. L’image largement diffusée en Chine est de nature à renforcer la stature internet du n°1 du Parti. A premier rang, les PDG des plus grandes sociétés mondiales High-tech dont la valeur cumulée approche les 2500 Mds de $. Au premier rang, à gauche de Xi Jinping, Satya Nadella (Microsoft), suivi de Lu Wei, maître de la censure d’internet, Tim Cook (Apple), Jeff Bezos (Amazon), Ma Huateng (Tencent). A la droite de Xi Ginni Rometty (IBM), Jack Ma (Alibaba), John Chamber (CISCO), Liu Qiangdong (JD.com), Mark Zuckerberg (Facebook).

Parmi les succès mis en avant par Pékin, satisfait d’un échange où le Président chinois a fait jeu égal avec son homologue américain, il faut d’abord citer le fait amplement relayé par la télévision d’État chinoise qu’au cours de la séquence de Seatle, la fine fleur des PDG des plus puissantes compagnies high-tech américaines est venue rendre hommage n°1 du Parti dont l’image en aura été renforcée en interne.

Viennent ensuite l’approfondissement de la coopération aéronautique avec Boeing, la confirmation de l’accord sur le climat conclu en novembre 2014 avec la mise en place en Chine d’un crédit carbone à payer par les pollueurs et la promesse de Xi Jinping de réduire les soutiens aux projets pollueurs dans le monde qui compense un peu la faiblesse des promesses écologiques chinoises (4), la répétition qui restera à confirmer d’une coopération pour renforcer la cyber-sécurité (information et consultations réciproques en cas d’intrusions graves), les accords pour l’extradition vers la Chine de fugitifs corrompus, par le moyen de « charters » périodiques. Dans les deux derniers cas, le niveau d’efficacité dépendra essentiellement de la bonne volonté effective des deux gouvernements.

Vu par le site officiel du Département d’État, les échanges de vues et promesses de coopération ont porté sur l’Afghanistan (réconciliation des factions et reconstruction), le maintien de la paix en Afrique, la sécurité nucléaire en amont du sommet de 2016 présidé par Obama, l’écologie et la sécurité alimentaire, la santé publique, les désastres humanitaires, à quoi il faut ajouter la coopération militaire. Celle-ci se développe autour de deux protocoles d’accord sur les mesures de confiance signée en novembre 2014, complétés par des annexes sur la sécurité des vols militaires et la communication de crise ainsi que sur la notification préalable de tirs balistiques.

Mais sur le fond des désaccords qu’il s’agisse de l’opposition de Pékin aux principes démocratiques occidentaux, de la censure d’Internet, des accusations d’intrusions informatiques que Xi Jinping a niées, des questions du Tibet et du Xinjiang ou des revendications chinoises en mer de Chine du sud, le président chinois n’a pas cédé un pouce de terrain.

Avec autant de points de frictions pesant sur la relation qui s’ajoutent aux différends commerciaux non résolus, on ne s’étonnera pas que, dans les « think tank » américains, le dernier auteur à la mode est le vieux Thucydide dont les chroniques sur la guerre du Péloponnèse sont appelées à la rescousse pour mettre en garde contre les risques de conflits dévastateurs provoqués par les enchaînements incontrôlés nés du défis posé par Athènes à la suprématie de Sparte.

(4) Les promesses chinoises restent très en deçà des objectifs fixés par Paris. Depuis les accords conclus avec Washington, la Chine n’a pour l’instant pas évolué : ses promesses restent identiques à celles de l’APEC et ont été répétées lors du voyage de Li Keqiang en France en juin.

En 2030, les émissions de gaz à effet de serre seront réduites de 60 à 65% par point de PIB par rapport au niveau de 2005 (ce que reviendrait à une réduction annuelle de 2%), tandis que la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie primaire sera augmentée de 20%. (Pour mémoire, les pays de l’Union Européenne ont tous déjà conclu un accord contraignant pour réduire de 40% leurs effluents de dioxyde d’ici 2030. Quant aux États-Unis, ils promettent 26 à 28% de réduction par rapport au niveau de 2005).

*

NOTE de CONTEXTE sur le programme du voyage.

Les 22 et 23, inaugurant le voyage, l’étape de Seatle, quartier général de Boeing, fut une « séquence » industrie aéronautique, économie et technologies de l’information, avec notamment la visite des ateliers d’assemblage de Boeing à Everett (banlieue de Seatle), prélude à l’installation, à la suite d’Airbus implanté à Tianjin, d’une chaîne de montage à la périphérie de Shanghai annoncée le 23 septembre par le géant américain qui, à l’occasion, engrange une commande de 300 avions, cadeau du Président chinois à l’industrie aéronautique américaine.

Suivit le forum sino-américain organisé par Microsoft et conclu par un dîner offert par Bill Gates, regroupant quelques têtes de liste Chinois et Américains de l’Internet, auquel – détail insolite - assistait également Lu Wei, maître d’œuvre de la censure du net. Sur la photo de famille, ce dernier était à quelques pas de Marc Zuckerberg, le PDG milliardaire de Facebook dont, selon le même sort réservé à Google et Twitter, l’accès est bloqué en Chine.

Les deux derniers étaient d’ailleurs absents à une réunion organisée le 23 septembre avec les géants de la Silicon valley où figuraient en revanche Warren Buffet et les PDG d’Apple, d’Amazon, IBM, Intel, Qualcomm, Cisco et Microsoft, qui voisinaient avec les PDG d’Alibaba, Tencent, Baidu, Lenovo. Lire : La vision chinoise très sélective de l’Internet global

Après un banquet auquel avait été convié Henri Kissinger, artisan du rapprochement des États-Unis avec la Chine en 1972, et où le président chinois prononça un discours de politique générale, l’Institut Paulson organisa, avec une trentaine de chefs d’entreprises des deux pays, un débat sur les réformes de l’économie chinoise et ses progrès vers le marché. Au milieu d’un voyage par ailleurs marqué par de vives controverses stratégiques et politiques qui prirent parfois l’allure d’un dialogue de sourds, l’étape de Seatle fut également une réminiscence nostalgique et amicale avec une visite à Tacoma (40 km au sud de Seatle), jumelée en 1994 avec Fuzhou (Fujian), quand Xi Jinping était en poste au Comité du Parti de la ville.

La suite eut lieu à Washington, enrobée des fastes très apprêtés d’une visite d’État et à la 70e assemblée général des NU, à New-York, où la rencontre entre Poutine et Obama à propos de la situation en Syrie, éclipsa quelque peu celle du Président Xi Jinping. Là aussi ce dernier n’était pas venu les mains vides, puisqu’il annonça l’octroi d’une aide 100 millions de $ répartis sur les 5 prochaines années, destinée au renforcement des armées de l’Union Africaine et 1 Mds de $ d’appui global aux projets de développement accompagnés par la création d’un force permanente de maintien de la paix de 8000 hommes (soit, à la date de décembre 2014, près du double des effectifs de l’armée de terre française engagés en opération extérieures).


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