Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Editorial

Xi Jinping, Pyongyang et les impatiences de Trump

L’impatience contagieuse de Trump.

Au pouvoir depuis 2012, Xi Jinping est aussi le premier dirigeant chinois à ne pas avoir accueilli l’héritier des Kim à Pékin, tandis que, s’il est vrai que le souci de stabilité du régime de Pyongyang reste essentiel pour le Politburo chinois, la préoccupation anti-prolifération a migré vers le haut au même niveau de priorité.

Certes, Pékin dont les objectifs immédiats sont aussi de maintenir en vie le régime et de relancer le dialogue à 6, continuera à veiller au grain en contournant autant que possible la rigueur des sanctions onusiennes, tandis que les critiques ne se privent pas de souligner l’ambiguïté de leur mise en œuvre par la Chine. (Selon les douanes chinoises le commerce Chine – Corée a augmenté de 37,4% au premier trimestre 2017, ce qui fait dire au « think tank » conservateur CISS que les sanctions ont déjà perdu toute efficacité).

*

Pour autant, s’il est vrai qu’il a aussi pris conscience que sa « gâchette » serait plus dangereuse pour lui et ses alliés en Asie du Nord-est qu’en Syrie, Donald Trump, exprime une impatience tous azimuts qui agite tous les leviers possibles pour débloquer le cul-de-sac stratégique nord-coréen.

La panoplie va du chantage aux accommodements américains sur les déficits commerciaux avec la Chine, à quoi s’est ajoutée la reconnaissance que Pékin ne manipulait pas sa monnaie (« Pourquoi irai-je ennuyer la Chine avec ces questions si elle aide à résoudre la question nord-coréenne ? ») jusqu’aux menaces, il est vrai peu crédibles de frappes unilatérales, en passant par l’hypothèse d’une négociation directe avec Pyongyang (« Why not ? ») évoquée pendant sa campagne.

Faisant cela, la Maison Blanche maintient le sentiment d’urgence à son plus haut niveau, ébranle les anciens schémas et diffuse par contagion l’obligation d’agir pour une solution. Rien ne dit que la nouvelle dynamique connaîtra un meilleur succès que les anciennes prudences, mais personne ne peut nier que la stratégie du tambour de guerre et du « tweet » rebat les cartes et réveille les énergies.

L’effet contagieux est d’autant plus puissant que, pendant cette année de Congrès du Parti, la machine politique chinoise navigue au plus juste pour donner d’elle-même l’image d’un pouvoir raisonnable face à une opinion publique de plus en plus consciente des risques posés par la Corée du nord.

Le 12 avril le Global Times 全球时报 publiait un éditorial spéculant sur l’impatience des Chinois fasse aux provocations nord-coréennes. « La société chinoise souhaite de plus en plus l’application de sanctions plus sévères contre Pyongyang dont l’attitude approche un point de rupture (…) La Corée du Nord espère gagner le pari des provocations, mais tout indique qu’elle est sur le point de le perdre ».

Alors que l’armada soit-disant envoyée par Trump mais en réalité mise en mouvement par le Pentagone ayant, sur ce coup, laissé la Maison Blanche dans le brouillard, n’avançait pas vers les eaux coréennes qu’elle n’atteindra en réalité que fin avril après un détour par les détroits indonésiens, Pékin qui continuait à condamner les gesticulations militaires, mais, à l’évidence, décidé à tout faire pour tenir à distance le spectre d’une frappe américaine, s’est efforcé de donner des gages de sa bonne foi dans la solution du dilemme.

Le 10 avril, Wu Dawei, ancien ambassadeur au Japon et en Corée du sud, vice-ministre des AE et, de 2005 à 2007, président du « Dialogue à 6 » que Pyongyang avait quitté en 2009, était à Séoul. L’objectif était à la fois d’inciter les Sud Coréens à se tenir à distance des provocations militaires américaines, de tenter de freiner l’installation du THAAD et d’étudier de nouvelles mesures pour augmenter l’efficacité des sanctions en cas de nouveaux tests balistiques ou nucléaires.

Concrètement, contredisant les sceptiques, il ne fait pas de doute que Pékin accentue peu à peu ses pressions. Le 12 avril, plusieurs articles de Reuters indiquaient qu’une dizaine de bateaux coréens chargés de charbon ont été renvoyés en Corée du nord après un ordre des douanes chinoises daté du 7 avril.

Pour faire bonne mesure, pliant par habileté tactique sous le vent de Washington, le déficit en charbon résultant de l’embargo a été comblé par des commandes directes de charbon américain qui, en février 2017, ont atteint 400 000 tonnes pour le plus grand bénéfice du secteur minier américain, coup de pouce chinois aux réformes de Trump. Le même jour, le Global Times envisageait – sanction unilatérale beaucoup plus sévère - un embargo chinois sur les exportations de pétrole vers la Corée du Nord.

*

En 2012, Christopher Hill, ancien ambassadeur américain en Corée du Sud, ancien secrétaire d’État adjoint pour l’Asie et chef de la délégation américaine du dialogue à 6, écrivait dans un article de « Project Syndicate » que « la politique nord-coréenne de la Chine changerait quand Pékin perdrait patience ». Aujourd’hui, certains croient que l’exaspération chinoise a rejoint celle de Donald Trump. Ils se trompent. Par les temps qui courent, à Pékin la patience est bien plus longue qu’à Washington.

S’il est vrai que les deux se sont probablement rejoints sur l’objectif de dénucléariser la péninsule, s’il est également exact que le politburo acceptera de s’engager sur la voie de sanctions plus dures, il est en revanche illusoire de croire que la Chine laissera le régime s’effondrer et encore plus de s’imaginer qu’elle cautionnera une action violente contre Pyongyang.

Rappel des lignes rouges chinoises.

Le 18 avril, alors qu’à Séoul le vice-président américain Pence argumentait autour de « la fin de la patience stratégique » de Washington, rappelant un fois de plus la détermination de Trump à résoudre le problème nord-coréen avec ou sans la Chine, le Quotidien du Peuple mettait les choses au point.

En substance, l’auteur membre de l’Académie des Sciences militaires, expert des relations de défense sino-américaines dont l’article a été repris en Anglais dans le China Daily, démontrait que la négociation était la seule option viable pour la solution du dilemme nord-coréen.

Après avoir énuméré les risques d’engrenage et de montée aux extrêmes portés par une frappe américaine, il a repris le raisonnement de Wang Yi sur l’inanité des sanctions qui, au lieu d’affaiblir le régime le renforçaient, imposant au peuple coréen d’insupportables restrictions, tout en échouant à stopper les progrès balistiques et nucléaires. Surtout, il insistait sur l’essentiel.

L’actuelle stratégie de pressions de Washington accélérait les programmes qu’elle souhaitait éradiquer et renforçait le sentiment à Pyongyang que le couplage d’une arme nucléaire avec un missile balistique à longue portée capable de menacer les États-Unis constituait – « à tort », ajoutait l’auteur - la meilleure garantie de survie du régime.

Dès lors, la solution s’imposait d’elle-même. La Maison Blanche devait d’abord convaincre Pyongyang qu’elle n’avait pas de plan pour renverser le régime. Certes, ajoute l’auteur, Rex Tillerson l’a affirmé à Séoul, mais le déploiement d’une puissante force navale envoie un signal inverse. C’est la raison pour laquelle, l’idée chinoise avancée par Wang Yi d’un moratoire sur les exercices conjoints entre les États-Unis et la Corée du sud contre le gel des programmes nucléaires et balistiques de Pyongyang pouvait être une bonne base de départ.

Elle aurait l’avantage de sauver la face à tout le monde et d’apaiser immédiatement les tensions sur la péninsule. La dernière phrase de l’article renvoyait à la politique d’Obama dont il n’est pas très certain qu’elle trouvera un écho favorable à Washington : « L’Amérique est parvenue à un accord avec Cuba et l’Iran, pourquoi n’y parviendrait-elle pas avec la Corée du Nord ? ».

*

Mais rien n’est simple. Si, par chance, Pékin parvenait à convaincre Washington, ce qui pour l’heure reste peu probable, le politburo devra aussi persuader Pyongyang. Or, selon Reuters qui cite une source anonyme du Waijiaobu, lors de son périple dans la région, Wu Dawei bien accueilli à Séoul aurait, en revanche, trouvé porte close en Corée du nord.

L’incidence, si elle est vérifiée, indiquerait une fois de plus que la clé la plus efficace du dilemme nord-coréen se trouve à Washington. Pékin a beau tenter de rester dans la course en jouant les bons offices et en faisant la promotion du dialogue à 6, si Washington décidait soudain d’entamer un dialogue direct avec Kim Jong-un et son régime, tous les projecteurs se tourneraient vers l’Amérique, tandis que Pékin serait réduit au rôle de « facilitateur ». Ce que la Direction chinoise n’apprécierait pas forcément.

Il reste que c’est ainsi que Pyongyang voit son avenir : des garanties américaines de non agression et un traité de paix directement signé avec Washington.

Raison de plus pour qu’à l’avenir Donald Trump et ses militaires se parlent
avant que ce Président américain d’un genre nouveau ne déclenche ses tweets perturbateurs qui, vers le 15 avril, placèrent la région au bord d’une apocalypse virtuelle.



• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

A Pékin, Xi Jinping impérial accueille avec placidité les vanités et la quête d’amitié de D. Trump

En Chine, Cheng Li-wun, accuse Lai Qing De de fomenter la guerre et célèbre la paix « d’Une seule Chine » prônée par Xi Jinping

La diplomatie de conciliation des contraires à l’épreuve de la guerre en Iran

Chine – Iran. Contre l’Occident, l’alliance de l’agnostique et du martyr

Le durcissement anti-occidental et les risques du Cheval de Feu