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›› Editorial

一带 一路,le projet pharaonique des routes de la soie à 1700 milliards de $

Le 14 mai, le président s’exprime devant l’audience internationale venue assister au séminaire sur les nouvelles routes de la soie. Pour Charles Parton, ancien diplomate européen, OBOR est d’abord une initiative de politique intérieure aux conséquences géostratégiques. Visant à relancer les grands groupes chinois publics en leur procurant des marchés extérieurs, elle aboutit à créer une compétition d’influence globale. Conscient de ces critiques, les promoteurs des nouvelles routes de la soie ont ouvert les appels d’offres. Récemment un groupe public chinois a attribué le projet de construction d’une centrale électrique à Siemens pour 1 milliard de $. L’Américain General Electric s’est aussi mis sur les rangs.


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Alors que se prépare le 19e Congrès, le Parti dont l’un des tous premiers soucis est de consolider l’image et l’autorité de Xi Jinping, vient de se livrer à un extraordinaire exercice dont peu de pays seraient capables.

Tenant plusieurs bouts du projet planétaire des « nouvelles routes de la soie » et du rêve chinois d’influence économique et stratégique globale 中国 梦, les organisateurs y ont fait se croiser la propagande politique, le polissage de l’image pacifique de la « Chine puissance douce », l’expression de la rivalité avec les États-Unis, la promotion du libre marché au moment où il est contesté aux États-Unis et en Europe, à quoi s’ajoute l’objectif plus pragmatique d’une relance extérieure de l’économie chinoise articulée autour de la quête de marchés pour ses grands groupes.

A cet effet, la puissance d’organisation dont la bureaucratie avait déjà fait preuve lors des JO de 2008 et deux années plus tard à l’Expo de Shanghai a, les 14 et 15 mai derniers, réuni à 60 km au nord de la capitale sur le site spectaculaire du Centre des conventions internationales de Yanqi, les représentants - chefs d’États et de gouvernements et ministres - de 59 pays.

On y a aussi croisé le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, le président de la Banque Mondiale, l’Américain d’origine coréenne Jim Yong Kim et la présidente du FMI la Française Christine Lagarde. Avec les journalistes, les chercheurs et les institutions financières, l’audience ainsi réunie comptait, dit le Quotidien du Peuple, 1500 participants, venant de 130 pays et 70 organisations internationales.

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Il y eut cependant une dissonance renvoyant à de vieilles et inextinguibles querelles de voisinage, fausse note régionale dans cet harmonieux concert orchestré par le pouvoir chinois.

Il est vrai que tous les pays qui comptent sur l’échiquier mondial étaient représentés à des niveaux divers avec la présence remarquée de Vladimir Poutine et de Tayyip Erdogan aux côtés de 9 pays de l’ASEAN, de plusieurs premiers ministres, chefs d’État, flanqués des envoyés européens et américains. Madrid et Rome et plusieurs pays d’Europe avaient envoyé leurs premiers ministres, Londres le Chancelier de l’Echiquier, Paris Jean-Pierre Raffarin et l’Allemagne le ministre de l’économie, tandis les États-Unis, à la limite de la discordance, étaient représentés par Matt Pottinger conseiller Asie pour la sécurité, tandis que Tokyo était représenté par le Secrétaire Général du parti démocrate libéral de Shinzo Abe, Toshihiro Nikai.

Mais, au milieu de cette affluence, tout le monde aura remarqué la défection de l’Inde, uniquement représentée par la société civile, des journalistes et des chercheurs. Expliquant l’absence de Narendra Modi ou même d’un envoyé de haut niveau, New-Delhi a fait part de son irritation à l’égard du « corridor économique Chine – Pakistan, partie des « nouvelles routes de la soie », qui empiète sur une portion du Cachemire « appartenant à l’Inde et illégalement occupé par le Pakistan. »

Lire notre article Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance.

Une stratégie globale.

Nouvelles routes de la soie. En rouge, les routes terrestres, en bleu les routes maritimes. Les points bleus indiquent les ports avec des intérêts chinois, souvent point d’appuis logistiques commerciaux civils, mais devenant progressivement des points d’appui militaires ou mixtes. Le meilleur exemple est Djibouti. Au Pakistan, le « corridor » reliant le port de Gwadar vers Kashgar dont le parcours qui traverse le territoire contesté du Cachemire, irrite l’Inde, pour cette raison, absente de la conférence. En Europe les lignes rouges (liaisons ferrées) qui transitent par la Pologne doivent être prolongées vers Madrid, Lyon et l’Angleterre.


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La génèse des « nouvelles routes de la soie » dont l’incessante promotion accompagne le mandat de Xi Jinping au point que le projet est devenu la marque emblématique du n°1 du Parti, s’inscrit d’abord en réaction à la « bascule américaine » vers le Pacifique occidental initiée fin 2011 par Barack Obama, puis en contrepoint des projets commerciaux transpacifiques et transatlantiques de Washington.

Trois ans après leur lancement, Donald Trump ayant replié l’Amérique sur ses problèmes sociaux internes, affirmant son hostilité au commerce global sans limites, « les nouvelles routes de la soie » se retrouvent aujourd’hui seules en lice, en tous cas à ce niveau, sur la scène de la globalisation.

Enveloppées dans un discours de portée universelle par lequel la Chine s’affiche opportunément comme le seul promoteur efficace d’une mondialisation apaisée, les nouvelles routes de la soie sont aussi une réponse au ralentissement de la croissance chinoise par la recherche de débouchés à l’usine du monde dont les marchés extérieurs se contractent.

Le rêve chinois en riposte à Washington.

Dans les rues de Pékin, propagande sur le « rêve chinois 中国梦 et la grande renaissance de la nation chinoise. 中国 伟大的复兴 ».


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S’il fallait un exemple du caractère réactif, oblique et enveloppant de la pensée stratégique chinoise, les projets « OBOR » [1] en seraient l’exemple le plus didactique.

Ayant par une approche indirecte, commerciale et économique, contourné la manœuvre américaine intrusive, assez souvent militarisée, sélective et commercialement centrée sur les intérêts des grands groupes américains, la Chine a, à l’inverse, affiché une volonté de coopération ouverte et d’aide aux pays du tiers monde à qui les projets chinois apporteront infrastructures de transport, barrages et centrales électriques que les institutions mondiales issues de Breton Woods financent mal.

Le contournement n’est pas seulement géographique, il est aussi conceptuel, puisque sa nature ouverte, officiellement accessible à tous, strictement articulée autour de projets non militaires, débordait deux caractéristiques majeures des projets de libre échange américains (TPP et TAP) : 1) leur intransigeance juridique qui, de manière aberrante, tenait à distance la Chine, première puissance commerciale de la planète ; et 2) leur arrière plan d’affirmation de puissance, assez souvent sous-tendue par un affichage militaire.

Aujourd’hui, contrastant avec le repli de Washington, appuyée par un ébranlement de l’ordre financier mondial qui rassemble des ressources budgétaires par des canaux parallèles concurrents des anciennes institutions, la résonance globale des projets chinois confère à l’ensemble une formidable capacité de contestation de l’ordre américain. Aucun grand émergent, qu’il s’agisse de l’Inde, du Brésil, de l’Indonésie et encore moins du Mexique, de l’Afrique du sud, de l’Argentine ou de la Turquie, n’aurait été en mesure d’une telle remise en cause.

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Ici réapparaît en arrière plan, la puissance d’organisation chinoise, très ancien marquage culturel et politique de l’Empire, soulignée par Jacques Gernet. Distinct de la personne même des souverains – et aujourd’hui du régime – l’État centralisé, né au IIIe siècle avant notre ère, possédait il y a déjà 22 siècles des caractéristiques administratives, juridiques et légales que l’Europe n’a réussi à mettre en place qu’après la révolution française.

Il est fascinant de voir à quel point le régime dont le nouveau slogan « du rêve chinois » qui balance entre modestie sociale « xiaokangshehui 小康社会 » à l’intérieur et affirmation de puissance globale, semble vouloir étendre son efficacité bureaucratique à une ambition pharaonique planétaire.

Habilement matérialisée par le recyclage de projets existant parfois depuis longtemps, la nouvelle emprise globale chinoise s’affirme au Pakistan, en Asie Centrale, en Iran, autour de l’Inde sur la route chinoise du pétrole, en Asie du Sud-est, au Sri Lanka, au Bangladesh au Myanmar et à Gwadar au Pakistan dont le décollage est cependant rendu difficile par l’insécurité du Baloutchistan.

Le marquage « Routes de la soie » s’affirme même comme un slogan marketing en Afrique et en Amérique latine, dans des zones du monde n’ayant rien à voir avec l’ancien cheminement des caravanes vers l’Europe.

Plus récemment, sa progression tentaculaire a été complétée par les points d’appui portuaires et terrestres à Djibouti, en Grèce, en Europe du nord, dans les Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO), à quoi s’ajoutent les liaisons ferroviaires construites par China Railways en Afrique, en Amérique du sud, en Asie du Sud-est et, utilisant les infrastructures existantes, par la Russie, vers la Pologne, l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Angleterre. Lire aussi China Railway éclaireur de pointe des nouvelles routes de la soie.

Notes :

[1OBOR : Sigle anglo-saxon « One Belt One Road » pour « 一条 丝绸路 一个 经济带y


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