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›› Editorial

L’apaisement de l’APEC et les hésitations du destin

Photo : Le 11 novembre à Pékin les Présidents Xi Jinping et Obama rendent public leur accord sur le climat.

Une inflexion notable dans les discours.

Prenant le contrepied de l’idée selon laquelle la « bascule stratégique vers le Pacifique occidental » participerait d’une stratégie de « containment » anti-chinoise à forte implication militaire, véhiculée par les attitudes et les déclarations de l’administration américaine elle-même, dont l’effet irritant sur Pékin ne peut pas être sous estimé, Barack Obama a insisté sur l’importance du « partenariat avec le pays le plus peuplé de la planète et la 2e économie globale » (…).

Il ajouta même qu’une relation forte et dense avec la Chine constituait « le cœur du pivot » américain vers l’Asie. De même, quand Xi Jinping a appelé Washington à participer à la sécurité dans la région, il tournait le dos aux discours récents où Pékin récusait le rôle stabilisateur de Washington, accusant même l’armée américaine de vouloir y importer le « chaos comme elle l’avait fait au Moyen Orient ».

L’avenir dira si nous sommes en présence d’une sagesse soudaine et de l’expression d’un pragmatisme salutaire qui, confronté à la complexité du monde, anticipe les conséquences catastrophiques d’une course à la confrontation au parfum de blocs et de guerre froide. Ou plutôt de manœuvres tactiques mâtinées de machiavélisme : pour Pékin, l’espoir que les divisions de l’ASEAN favoriseraient ses ambitions territoriales ; pour Washington, la mise en attente de la priorité asiatique par la Maison Blanche à nouveau confrontée à de graves tensions au Moyen Orient face à l’État Islamique en Irak ou en Ukraine, menacée par la Russie.

Au demeurant les aigreurs et les divergences n’étaient pas complètement absentes des discours. Quand Barack Obama a fait allusion à l’exigence démocratique de Hong Kong, Xi Jinping lui a sèchement répondu qu’il s’agissait là d’une affaire intérieure chinoise. A Naypyidaw, Li Keqiang a fermement réitéré la position chinoise opposée à celle de Washington selon laquelle les querelles territoriales en mer de Chine du sud devaient être négociées entre la Chine et chaque État concerné et non pas au sein et au nom de l’ASEAN, avec Washington jouant les bons offices.

Accord sur le climat et volonté d’apaisement.

Mais le fait est que cette année, les sommets de l’APEC et de l’ASEAN ont très clairement édulcoré les sévères crispations énumérées plus haut, pour focaliser au contraire sur la coopération et l’acceptation sereine des différences. La plupart des couvertures de presse ont disserté sur la qualité et la pertinence de l’accord sur le climat conclu par la Chine et les États-Unis et rendu public par surprise à Pékin le 12 novembre par un communiqué commun précédant la conférence de presse conjointe de l’APEC.

Mais il est d’abord important de souligner que la manière dont l’accord a été négocié, en secret et patiemment depuis 9 mois entre Yang Jiechi et John Kerry, est un gage évident de l’intention d’apaisement des deux parties.

Par ailleurs, le fait que les deux plus gros pollueurs de la planète responsables de près de 40% des émissions de gaz à effet de serre soient tombés d’accord constitue un événement dont il est impossible de minimiser la portée. Pour en mesurer l’importance et le chemin parcouru il faut se souvenir qu’au sommet sur le climat de Copenhague en 2009, Pékin et Washington avaient adopté des positions très fermées et conflictuelles. La Chine avait même pris la tête d’une fronde des pays émergents qui, tout à leur développement industriel, refusèrent de prendre leur part des préoccupations écologiques au prétexte que les plus grands pollueurs avaient jusque là été les pays développés.

Certes, l’accord annoncé à l’APEC avec un pic des émissions chinoises fixé à 2030 est encore assez loin du standard de 2020 proposé à Copenhague en 2009, mais l’esprit de coopération affiché à Pékin constitue une rupture radicale par rapport à l’atmosphère d’hostilité qui prévalait il y a 5 ans au Danemark.

Pour la première fois, la Chine qui durant les 15 dernières années a été à l’origine de 60% de l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère et les États-Unis qui furent les plus grands pollueurs jusqu’en 1997, sont tombés d’accord sur la question globale et essentielle du réchauffement de la planète. Leur connivence nouvelle exercera une pression salutaire sur les pays encore réticents à adopter des mesures contraignantes comme l’Australie, le Canada, le Japon ou l’Inde. Elle prépare efficacement le terrain de la 21e conférence sur le climat du Bourget en 2015.

Ce n’est pas tout. Alors que Pékin et Washington ont également conclu un accord sur les visas et promis d’approfondir leurs relations militaires, Xi Jinping minimisait l’impact de la compétition commerciale entre le Partenariat Transpacifique et les projets chinois de libre échange : « nous ne voyons pas qu’aucun des accords commerciaux de libre échange soit dirigé contre la Chine et nous pensons au contraire que toutes les initiatives régionales devraient pouvoir interagir les unes avec les autres de manière positive ».

Comme pour confirmer cette souplesse nouvelle de Pékin, le 11 novembre, la Maison Blanche annonçait que les deux pays avaient supprimé les droits de douane sur les équipements des technologies de l’information, un accord dont les groupes américains du secteur, sur la sellette en Chine depuis plusieurs années, ne pourront que se féliciter.

Détente prudente mais réelle entre Tokyo et Pékin.

Les tensions entre Washington et Pékin n’ont pas été les seules à baisser d’un cran. Les prémisses d’un apaisement entre la Chine et le Japon sont apparues le 7 novembre quand les deux pays ont, à la surprise des observateurs, annoncé qu’ils avaient l’intention de reprendre le dialogue pour mettre fin à la situation qui, ces dernières années, avait failli les conduire à des incidents militaires directs.

Certes la poignée de main entre Xi Jinping et Shinzo Abe, le 10 novembre, ne fut pas chaleureuse et, sur les photos, les sourires sont figés. Mais il n’en reste pas moins que les deux sont tombés d’accord pour mettre sur pied un mécanisme bilatéral de gestion de crises destiné à prévenir tout dérapage intempestif.

Cette avancée au milieu des lourdes méfiances et récriminations chinoises qui persistent sur les responsabilités japonaises de la guerre accompagnant la querelle autour des îlots Senkaku, fait suite à un dernier incident aérien le 25 mai où deux avions de chasse chinois et japonais s’étaient approchés à moins de 50 m.

Après quoi, mesurant les risques, les deux pays on accepté de prendre une initiative d’apaisement : le 29 octobre, 10 jours avant le sommet de l’APEC, l’ancien Premier Ministre japonais Yasuo Fukuda est venu à Pékin où il a été reçu par Xi Jinping. Le 7 novembre, le porte parole du Waijiaobu confirmait que l’accord en 4 points par lequel les deux pays acceptent de reconnaître leurs divergences et de se parler, jetait les bases d’une amélioration de leurs relations.

Toutefois, les trajectoires conflictuelles ayant été déviées, rien ne dit que les crispations ne resurgiront pas. S’il est vrai que les trois dirigeants ont fait montre d’une grande hauteur de vue, aucun des problèmes en suspens n’a été réglé.


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