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›› Editorial

20e Congrès. Xi Jinping et sa garde rapprochée prennent brutalement le contrôle du Parti

Un sentiment d’urgence.

Les photos sont celles de trois généraux de très haut rang tombés pour corruption. A gauche Feng Fenghui, ancien chef de l’état-major interarmées démis de ses fonction en 2018. Au Centre Xu Caihou, condamné en 2014, décédé d’un cancer en 2015. A droite Guo Boxiong, n°2 de la CMC, premier militaire du pays de 2002 à 2012, condamné en 2015.


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Outre que le brutal constat de la première partie du discours présidentiel du 16 octobre analysant la fragilité hésitante de l’appareil, était en partie exact, on se souviendra aussi que, coup sur coup, eurent lieu en 2008 et 2009, peu après l’accession de Xi Jinping aux marches du pouvoir au sein du Comité Permanent, les violentes révoltes des Tibétains et des Ouïghours contre les Han.

En 2008, l’effervescence qui s’empara du Tibet, château d’eau des grands fleuves asiatiques, qu’en 1959 Mao avait sans nuance mis au pas pour en faire un glacis stratégique, s’était même étendue à l’Ouest de la province du Sichuan. Si on se souvient qu’avec le Qinghai, le gouvernement Tibétains en exil rattache cette partie du Sichuan au « Grand Tibet », ancestral rival des Tang, on comprend que l’insurrection ait nourri le sentiment d’une menace existentielle. La crainte a encore été entretenue par la tragique épidémie des immolations par le feu de plus de 150 moines entre 2009 et 2011.

L’angoisse d’un péril majeur s’est encore renforcée l’année suivante. En 2009, au Xinjiang, la sanglante révolte contre les Han des Musulmans Ouïghours aujourd’hui réprimés sans nuance, diffusa dans l’appareil la crainte d’un autre risque de partition, cette fois aggravé par l’angoisse que se propage en Chine une contagion d’actions terroristes suicidaires.

Ce n’est pas tout. En 2011, une année avant son accession à la tête du parti au 18e Congrès, Xi Jinping fut mis en présence d’une autre menace structurelle ayant le potentiel de déliter l’appareil de l’intérieur. Le sociologue Zhang Muscheng que lui présenta son ami d’enfance le général Liu Yuan fils du président Liu Shaoqi martyrisé par Mao durant la révolution culturelle, le mit en effet en garde contre le fait que le « pouvoir du Parti était à vendre au plus offrant ». L’alerte explique à elle seule la brutalité de la lutte anti-corruption.

Menée à bien à partir de dénonciations anonymes, toujours sans l’assistance d’un avocat, ignorant l’indépendance de la justice, dérivant à l’occasion vers des règlements de compte politiques, elle mit gravement l’appareil sous tension.

Quatre millions de cadres furent touchés par ce nettoyage éthique mené au pas de charge. L’événement qui illustre le mieux l’ampleur et la violence de la campagne, fut l’arrestation diffusée par la télévision d’État du Général Xu Caihou, ancien commissaire politique de l’APL et ancien vice-président de la Commission Militaire Centrale, emmené par la Police Armée Populaire en 2014 de son lit de l’hôpital militaire 301 où il était soigné pour un cancer de la vessie dont il mourra un an plus tard.

Soudain la Chine et son image dans le monde ont changé.

Le nationalisme chinois, devenu agressif et conquérant, provoque des contrefeux. En Occident l’idée que la Chine s’adaptera aux règles définies par l’Occident n’est plus de mise. L’heure est au branle-bas pour résister à la menace chinoise qualifiée de « systémique ».


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Son équilibre intérieur où la tolérance à la corruption servait, malgré tous ses effets pervers, de « lubrifiant » aux réformes lancées par Deng Xiaoping qui libéra l’esprit d’entreprise des Chinois et leur sens du commerce, a été violemment bousculé (lire à ce sujet l’analyse de Deng Yuwen, ancien rédacteur adjoint du Journal Qiushi 求是 (Quête de vérité) de l’École Centrale du Parti : La nébuleuse disparate des opposants à Xi Jinping).

Sévèrement mise sous tension à l’intérieur, la Chine a également modifié sa relation au monde occidental.

Dans un article de « Foreign Policy », publié en août 2021 et intitulé : « La Chine tient tête à l’Amérique » David Shambaugh (69 ans) sinologue réputé, respecté par l’Appareil qui l’invitait souvent, ancien éditeur du « China Quaterly » publié par l’École anglaise des Études africaines et orientales de l’Université de Cambridge, analysait que la nouveauté n’était pas que Pékin et Washington nourrissaient des griefs réciproques dont beaucoup, désormais bien connus du grand public, étaient « systémiques » et très difficiles à surmonter.

« Le vrai changement, » disait-il était que le « Parti consolidé » exprimait un degré de confiance en soi, confinant à l’orgueil. Évacuant l’esprit de compromis, Pékin avait désormais adopté une posture de coercition, insistant pour que ses interlocuteurs se plient à ses exigences.

Conjuguée à la « diplomatie du loup guerrier » (lire : La Chine agressive et conquérante. Puissance, fragilités et contrefeux. Réflexion sur les risques de guerre), aux pressions économiques et aux mesures punitives contre nombre de ses interlocuteurs, cette nouvelle fermeté diplomatique de la Chine, confinant à la brutalité, souvent appuyée par des ultimatums, « montre », écrivait Shambaugh, « qu’un seuil a été franchi. ».

L’acmé de ce raidissement contre l’Occident et l’Amérique fut peut-être la rencontre sino-américaine d’Anchorage. Lire le § « La violence verbale des échanges publics » de : Il y a cinquante ans, le rêve d’Henry Kissinger. « Nous n’en sommes plus seulement à l’expression des désaccords courants en diplomatie, mais à la formulation permanente de mises en demeure. », concluait Shambaugh, qui aujourd’hui a abandonné l’espoir de se rendre en Chine.

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Quand Pékin et Moscou se retrouvent de manière opportuniste dans un défi qu’ils lancent à l’Amérique et à l’Occident, tandis que les relations extérieures de Pékin avec l’Ouest se tendent, alors même que, spéculant sur l’affaiblissement de la prévalence occidentale dans le monde, nombre de pays de l’ancien tiers-monde ou des « non alignés » tentent d’affirmer un contrepoids économique et surtout démographique face à l’Ouest, la question se pose de l’équilibre intérieur de la Chine, sous la règle brutale de Xi Jinping.

A force de promouvoir sa propre gloire, tournant le dos à la plus élémentaire modestie, au sein des élites, certains craignent que « le sauveur du Parti » qui transgresse les anciennes règles de succession, pourrait bien être celui qui aura déstabilisé l’appareil. Le 21 octobre, CNN se demandait si le plus grand risque pour la Chine n’était pas Xi Jinping lui-même.

En mars 2015, David Shambaugh signait dans le WSJ une analyse pessimiste intitulée « The coming chinese break-up », dont QC avait rendu compte en prenant soin de faire la part des choses : Risques de crise en Chine.

On pouvait y lire que : « Déterminé à ne pas être le Gorbachev chinois, Xi Jinping pourrait bien, par sa politique despotique qui met la société et le Parti sous tension, rapprocher le régime de sa chute ».


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