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›› Chine - monde

Iran, Corée du Nord. Succès et déboires des stratégies chinoises

Sur les voies et moyens de traiter avec les régimes que les Etats-Unis et leurs alliés, inquiets des conséquences de la prolifération nucléaire, désignent parfois comme « parias », « félons » ou « voyous », la Chine suit une ligne générale bien connue, qu’elle répète invariablement à l’ONU : « les négociations valent mieux que les sanctions. ».

Avec Téhéran, elle réussit parfois à convaincre de la pertinence de ce choix et à l’appliquer, au prix de quelques habiles accommodements qui semblent s’inspirer de la maxime du Cardinal de Retz : « on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ».

Avec Pyongyang, la chose est plus ardue. Il faut dire que son allié historique, Etat carcéral moribond, animé de pulsions terroristes et flirtant avec l’arme nucléaire, ne l’aide pas vraiment. Dans ce contexte, la récente déclaration de la Corée du Sud accusant formellement Pyongyang d’avoir, le 26 mars dernier, torpillé la corvette Cheonan, complique singulièrement le jeu chinois.

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Téhéran, les succès de l’ambivalence.

Alors que Washington expliquait que Pékin et Moscou s’étaient ralliés aux sanctions contre l’Iran, le Waijiaobu a, à plusieurs reprises, apporté son soutien au projet d’échange de combustible nucléaire proposé par la Turquie et le Brésil. Au terme de cet accord, Téhéran accepterait d’envoyer en Turquie 1200 kg d’uranium faiblement enrichi en échange de combustible pour un réacteur de recherche. Mais l’accord ne répond nullement aux résolutions du Conseil de Sécurité, exigeant que l’Iran mette un terme à son programme d’enrichissement.

Plus encore, le fait que la Turquie ne produise pas elle-même de combustible nucléaire, donne à Washington et à ses alliés européens le sentiment qu’il s’agit d’une manœuvre évasive. Ces derniers font en effet remarquer qu’en dernier lieu Téhéran devra, malgré tout, rechercher un accord avec les pays producteurs de combustible nucléaire - les Etats-Unis, la France ou la Russie - qui avaient déjà proposé des arrangements analogues.

Que Pékin et Moscou aient appuyé cette initiative, dont les Occidentaux se méfient, jette un doute sur la solidarité du Conseil de Sécurité, déjà partagé sur la légitimité du programme nucléaire civil iranien. Le ralliement de la Chine et de la Russie à la proposition jette aussi une ombre sur l’efficacité des sanctions, alors que nombreux sont ceux qui craignent que le durcissement ou la contrainte ne feront qu’exacerber le nationalisme iranien et accélérer le programme nucléaire de Téhéran.

L’Ambassadeur chinois à l’ONU a d’ailleurs donné le ton : « les nouvelles sanctions ne signifient pas que la porte des négociations soit fermée. ». Au demeurant, le projet de résolution ne contient rien qui heurte directement les intérêts chinois. En particulier, il n’interdit pas les investissements des compagnies pétrolières chinoises en Iran, ni les exportations de pétrole qui font de l’Iran le 3e fournisseur de la Chine avec 28 millions de tonnes annuels.

Le 20 mai, le Washington Post soulignait qu’il existait bien quelques contraintes comme l’embargo sur les ventes d’armes létales ou sur les investissements iraniens dans des mines d’uranium. Mais la plupart des nouvelles dispositions de la résolution étaient plus proches de recommandations laissées à l’appréciation de chacun que de mesures coercitives ayant force de loi.

Il en va ainsi des arraisonnements en haute mer des navires soupçonnés de contrebande avec l’Iran (Proliferation Security Initiative) qui contreviennent aux lois de la navigation en haute mer en temps de paix et requièrent, au minimum, l’accord de l’armateur. Les mesures financières pourraient également n’avoir qu’une efficacité réduite, puisqu’elles aussi, dépendront de la bonne volonté des banques et des Etats.

Pour l’heure, une des premières conséquences du durcissement américain et européen, dont les fondements légaux sont contestés par nombre de pays qui stigmatisent la partialité des Occidentaux, est en revanche l’amélioration des positions commerciales et industrielles chinoises en Iran (au premier trimestre 2010, augmenté de 47% par rapport à la même période 2009), tandis que les investisseurs européens, victimes de tracasseries - c’est le cas de Total - commencent à rencontrer des difficultés.

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Pyongyang, le dilemme.

Après le sabotage du dialogue à six par la Corée du nord qui refusait de démanteler son programme nucléaire sans le préalable des garanties de sécurité américaines, immédiatement suivi d’un deuxième test nucléaire, le 25 mai 2009, Pékin n’a pas ménagé ses efforts pour relancer les négociations. Aux premières réactions courroucées de la Chine ont en effet succédé une série de visites de premier rang.

En juin 2009, un mois à peine après le test nord-coréen, alors même que Pékin s’associait aux sanctions onusiennes signées le 12 juin, la rumeur a couru que le fils aîné de Kim Jong Il, son successeur présumé, était en visite en Chine. Quatre mois plus tard, Wen Jiabao revenait de Pyongyang avec la promesse d’une reprise possible des négociations à six.

Le mois suivant, c’était le Ministre de la défense Liang Guanglie qui faisait le voyage pour rappeler que « la qualité des relations bilatérales était un trésor transmis par les générations antérieures, ayant passé avec succès le test de l’histoire ». En janvier 2010, Yang Jiechi, le ministre des Affaires se faisait l’avocat d’un contrat de leasing sur dix ans des installations du port nord-coréen de Rajin par une société de Dalian : « il s’agissait de relations économiques normales qui ne constituaient en aucune manière une violation des sanctions de l’ONU. ».

C’est dans ce contexte de rapprochement, ponctué par la visite en Chine de Kim Jong Il aux premier jours de mai 2010, qu’a éclaté l’émotion provoquée par la publication à Séoul du rapport d’experts indépendants établissant la très probable responsabilité d’un sous-marin de poche nord-coréen dans le torpillage de la corvette sud-coréenne. Pyongyang, qui joue les offusqués, rejette les conclusions du rapport et menace de déclencher « une guerre totale » si des sanctions étaient exercées. Mais pour Pékin, le nouveau dérapage de son allié est un sérieux contretemps.

Le South China Morning Post cite un officiel du ministère des Affaires étrangères à Séoul qui pointe du doigt Pékin : « Nous sommes certains que la Chine, voudra passer l’éponge. Mais les choses ne sont pas si simples. Ils doivent comprendre que pour la Corée du Sud l’affaire est énorme, et bien plus grave qu’un test nucléaire. 46 marins ont été tués. C’est un acte de guerre, qui exige une réponse ferme ».

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Alors que les tensions montent et que la Maison Blanche durcit le ton, Pékin observe avec inquiétude le resserrement des liens entre Washington, Tokyo et Séoul. Une nouvelle fois, un acte irrationnel de son très embarrassant allié affaiblit ses efforts pour rétablir le dialogue à six. Il gêne aussi ses initiatives pour augmenter son influence dans une zone toujours dominée par la puissance rémanente des alliances militaires de Washington.

Mais il y a pire. Alors que l’incohérence de l’attaque à la torpille signale peut-être des dissensions internes à Pyongyang, Washington Séoul et Tokyo presseront Pékin de réduire ses aides logistiques. Une surenchère qui porte en elle le double risque d’une conflagration militaire et de l’effondrement du régime. Deux enchaînements néfastes que le Bureau Politique, attaché à la préservation improbable du statu quo, a toujours refusé d’envisager.

La menace de durcissement est sérieuse, alors que les experts évoquent à nouveau l’hypothèse d’un écroulement de la Corée du Nord. Le 22 mai dernier, l’éditorial du Wall Street Journal concluait : « La réponse adéquate - ndlr : aux provocations de Pyongyang - est d’abandonner les illusions de l’approche bienveillante et de traiter froidement et méthodiquement la Corée du Nord comme l’Etat voyou qu’elle est. ».

En même temps, Bonnie Glaser et Scott Snyder, deux experts des relations sino-coréennes cosignaient un article pour le CSIS Pacific Forum, dans lequel ils mettaient en garde : « Il reste que, malgré l’aide de la Chine, la République Démocratique de Corée accumule les symptômes d’une volatilité économique et politique croissante. Au point qu’il n’est plus possible d’écarter le risque d’instabilité, y compris celui d’un effondrement du Régime ».

 

 

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