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›› Société

Le Régime tente un redressement moral par la religion

Beaucoup d’observateurs l’attestent, il y a aujourd’hui en Chine une accélération de la quête religieuse, dont nombre de recherches rendent compte depuis plusieurs années. Dans cette société où le Confucianisme s’est imposé comme une « non-religion » et l’épine dorsale « quasi sacrale » du lien de société, on n’en est certes pas encore à considérer le retour du religieux comme ferment social et politique.

Mais, alors qu’on assiste à un renouveau de la ferveur dans les lieux de culte et à un engouement indubitable pour la religion chrétienne, notamment protestante, on peut se demander si le retour de la foi n’est pas, à l’exemple de ce qui se passe ailleurs, « une réinvention des pratiques et des discours, bricolant des points de repère de sens pour échapper au désenchantement de la société moderne » (Père Michel Masson, Directeur de l’Institut Ricci). En Chine on le sait, l’engouement religieux est aussi pour certains milieux un moyen de contourner le quadrillage de la société.

Dans ce contexte, il semble que le pouvoir commence à considérer la renaissance des pratiques religieuses comme un levier, peut-être plus efficace que le Droit - et moins dangereux pour lui-même –, pour reconstruire une morale sociale et politique très dégradée, alors que l’éthique publique et privée est mise à mal par d’incessants dérapages moraux et déontologiques. On peut cependant douter que la nouvelle tolérance religieuse dont fait preuve le pouvoir parviendra à corriger les dérapages moraux des cadres et à rétablir la confiance des fidèles dans le Régime.

Photo : Une messe à la cathédrale Saint-Joseph au centre de Pékin. (AFP)

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Religions : La bienveillance intéressée du pouvoir.

Un rapport de Reuter du 29 septembre, qui s’appuie sur des sources anonymes met l’accent sur la nouvelle tendance du Président à tirer partie de la résurgence des engouements religieux : « l’influence des religions sera subtilement favorisée par le pouvoir, qui graduellement réduira ses attaques contre elles ».

En février 2013, Xi Jinping avait rencontré à Pékin le moine bouddhiste Hsing Yun, figure emblématique de la mouvance politico-religieuse taïwanaise, proche du Guomindang, partisan de la « politique d’une seule Chine » et fondateur du mouvement Fo Guang Shan 佛光山, (montagne de la lumière du Bouddha) ; en juillet, à la demande de Xi Jinping, Zhang Lebin, vice-directeur du Bureau des Affaires religieuses du Parti rédigeait un commentaire dans le Quotidien du Peuple exhortant les cadres à « traiter les religions avec considération » et à « respecter le droit des citoyens à pratiquer une religion ».

En août, Xi, dont quelques uns de ses proches affirment qu’il est attaché à la pratique du Bouddhisme, appelait à « construire une civilisation matérielle et spirituelle » (traduire « soutenir en même temps la croissance et la moralité publique et privée ». Enfin, en juillet et en août Yu Zhengsheng, n°4 du Comité Permanent en charge des questions religieuses au Tibet et au Xinjiang, visitait une mosquée au Xinjiang et 5 temples dans les zones du Grand Tibet – une fréquence de visites de lieux de culte très inhabituelle pour un haut dirigeant du Parti -.

Dans le sillage de cette stratégie du pouvoir dont on voit bien qu’en première analyse elle est articulée autour d’une vision politique de la religion, vue à la fois comme un moyen de désamorcer l’irrédentisme des deux provinces les plus marquées religieusement et un adjuvant moral et éthique à l’action du gouvernement pour reconstruire la confiance mise à mal par de constants dérapages déontologiques de l’administration et des hommes d’affaires, il est un phénomène qui mérite attention : l’augmentation rapide notée par le pouvoir chinois lui-même du nombre de fidèles des Eglises chrétiennes, avec un net avantage aux conversions protestantes.

Les Chrétiens plus nombreux.

Le 10 octobre le Global Times, surgeon du Quotidien du Peuple publiait un intéressant article qui mettait en perspective ce mouvement. Citant un rapport du Congrès National des Chrétiens Chinois, le journal notait qu’en 5 ans 2,4 millions de Chinois s’étaient convertis au christianisme tandis qu’on construisait plus de 5000 églises à travers le pays.

Alors qu’au moment de la fondation de la République Populaire en 1949, il y avait à peine 700 000 fidèles Chrétiens, d’après les statistiques officielles, ils étaient aujourd’hui 25 millions (18 millions de protestants et 7 millions de Catholiques). Encore – et c’est une autre nouveauté inhabituelle pour la presse officielle qui d’habitude traite ces questions avec une prudence contrite, voisine de l’omerta -, l’article précisait que le nombre de pratiquants était sérieusement sous-estimé puisqu’une part considérable de Chrétiens préféraient fréquenter les « églises souterraines » ou « églises de maison » plutôt que celles autorisées par le pouvoir.

Se risquant à une estimation, l’auteur citait Liu Peng chercheur à l’Académie des Sciences Sociales expert du développement du Christianisme en Chine, qui affirme que le nombre de fidèles dissidents était au moins égal au nombre des pratiquants de l’Église officielle. Une enquête du Pew Research Center, basé à Washington situait le nombre de Chrétiens à 67 millions, avec approximativement 55 millions de protestants et seulement 12 millions de Catholiques dont le nombre stagne en partie du fait des mauvaises relations avec le Vatican et des répressions politiques qui en résultent.

Une culture politique anti-religieuse difficile à modifier.

Après un assez long historique des scissions entre les églises officielles et les groupes rebelles, le Global Times rapportait le jugement très critique de Yang Fengguang, Directeur du Centre d’études des religions de l’Université John Perdue (Indiana États-Unis) et auteur de « Religion in China : Survival and Revival under Communist Rule (2012) » : « l’actuelle politique religieuse de la Chine est un héritage du passé, sérieusement déconnecté des réalités sociales modernes (…). Le gouvernement chinois doit procéder à une mise à jour de sa manière d’appréhender le phénomène religieux pour l’adapter au changement (…) ».

Surtout, la citation se terminait par un appel à plus de tolérance religieuse. Publié dans un organe de presse officiel, le message prenait un importance particulière : « le gouvernement devrait autoriser les différentes Eglises à s’enregistrer légalement, ce qui serait utile pour la construction d’une société harmonieuse ».

Il y a cependant peu de chances que ces appels produisent un effet à court terme tant les églises souterraines sont jalouses de leur indépendance et craignent les manipulations politiques.

En effet bien qu’inscrite dans la constitution chinoise, la liberté religieuse a sans cesse été battue en brèche par le Parti dont l’athéisme est consubstantiel de l’idéologie fondatrice. Sans remonter aux persécutions cruelles de l’ère maoïste on se souvient du harcèlement paranoïaque contre Falungong dont des milliers d’adeptes ont été mis sous les verrous depuis 1999 ou de l’arrestation par Jiang Zemin en 1995 d’un enfant de 6 ans successeur désigné du Dalai Lama, pourtant considéré par les Tibétains comme une figure sacrée, juste après celle du Dalai Lama.

En même temps nombre de cadres considèrent toujours les religions comme des « superstitions féodales ». En juin dernier, Zhu Weiqun membre du Comité Central, n°2 du Front Uni, membre du Comité Permanent de la Conférence Consultative du Peuple Chinois en charge des affaires tibétaines, expliquait lors d’une interview au magazine China Newsweek, que les membres du Parti ne devraient pas être autorisés à pratiquer une religion.

Certains comme Lin Chong-Pin, professeur associé à l’Institut d’Études Stratégiques de l’Université de la Défense Nationale taïwanaise considèrent que l’ouverture vers les religions est à la fois sincère et intéressée : « Pour sauver le Parti de la crise où il est enfoncé, Xi Jinping doit trouver le moyen de combler le vide spirituel ».

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NOTE DE CONTEXTE

L’arrivée du Pape François n’a pour l’instant pas arrangé les relations entre Pékin et le Vatican qui n’ont toujours pas de contacts diplomatiques. Sur ce point les négociations sont au point mort depuis 2010. De manière récurrente des tensions resurgissent à propos des relations de l’Église avec Taïwan et de la nomination des évêques par l’Église officielle chinoise qui n’accepte pas les nominations par le Vatican.

De temps à autres les autorités harcèlent les fidèles de l’église souterraine et emprisonnent des prêtres. L’année dernière deux séminaires ont été fermés et l’évêque chinois Thaddeus Ma Daqin, a été assigné à résidence et rayé de la liste des évêques pour avoir démissionné de l’Église officielle. Au moins dix prêtres de l’Église souterraine sont toujours en prison, accusés de faire allégeance à une puissance étrangère et Pékin refuse régulièrement des visas aux évêques étrangers. En représailles le Vatican excommunie les évêques nommés par le gouvernement chinois.

Quelques jours après la nomination du Pape François, Pékin a répété que la Chine ne nouerait des relations diplomatiques avec le Vatican que si le Saint-Siège mettait fin à ses relations avec Taïwan et « cessait ses interférences dans les Affaires intérieures chinoises. »

BRÈVES

Augmentation des salaires et situation du marché de l’emploi.

Source Service économique de Shanghai de la Mission Économique de l’Ambassade de France en Chine.

Depuis 6 ans les salaires moyens ont presque doublé, passant de 25 000 RMB annuels en 2006 (3000 €) à 46 700 RMB (5600 €) en 2012. En 2012 l’augmentation moyenne a été de + 9,3% à un rythme plus rapide que la croissance du PIB et trois fois plus vite que l’inflation. Les plus fortes hausses ont été enregistrées dans l’industrie (13%) et la distribution (9 à 10%). Les plus faibles dans le secteur de la finance (3 à 4%).

Dans les plus grandes villes la pénurie de main d’œuvre oblige assez souvent les employeurs à proposer des salaires supérieurs au salaire minimum même pour des travailleurs sans qualification ; dans les villes de 3e rang les hausses de salaires sont dues aux politiques gouvernementales.

Contrairement aux appréciations les plus courantes, les travailleurs qualifiés en assez grand nombre dans les bassins d’emploi de la cote Est ne sont pas très mobiles et les employeurs éprouvent de grandes difficultés à les attirer vers les villes de 3e rang de l’intérieur. L’industrie souffre beaucoup de la pénurie de main d’œuvre non qualifiée, qui, en général, préfère travailler dans les services à faible valeur ajoutée comme la restauration et hôtellerie.

La Chine accuse un déficit de diplômés d’écoles professionnelles et techniques et de diplômés universitaires dans les secteurs techniques les plus demandés. Cette situation surtout sensible dans les villes de 2e et 3e rang de l’intérieur qui est à l’origine de déficit de cadres supérieurs et dirigeants a donné lieu à de fortes augmentations de salaires. Dans les villes de 1er rang, où le marché du travail est arrivé à maturité avec l’offre correspondant de plus en plus à la demande, les salaires qui sont déjà au niveau de ceux ce Hong Kong, augmentent beaucoup moins vite.

Les lois du travail de 2008 ont en théorie mis un frein aux abus des employeurs et interdisent le renouvellement abusif des CDD, mais les transgressions restent fréquentes comme les pressions pour forcer le salarié à démissionner avant la fin de son CDD. La protection sociale mise en place en 2011 est appliquée de manière encore aléatoire dans le pays. Dans certaines régions, les cadres du Parti freinent leur application et incitent les entreprises à faire du « dumping social ». Dans d’autres l’application stricte de la loi peut occasionner une augmentation du coût du travail pouvant aller jusqu’à 45% du salaire.

A l’avenir l’augmentation des protections sociales et la hausse des salaires génèrera une augmentation régulière du coût du travail de 8 à 11%, tandis que le vieillissement de la population et les lacunes de formation génèreront des pénuries de main d’œuvre. Mais les disparités régionales et les contrastes dans les attitudes des employeurs et des cadres locaux interdisent de considérer le marché du travail et l’augmentation du coût du travail de manière unifiée.

Point sur l’assurance médicale et le système de santé.

Les réformes lancées en 2009 (180 Mds de $) avaient pour but de remédier au fait politiquement sensible révélé en 2005 par un rapport du Centre de Recherche du Conseil des Affaires d’Etat, selon lequel 87% % des paysans et plus de 150 millions de migrants n’avaient pas accès à une couverture médicale.

Dès 2010 le pourcentage de couverture de base avait triplé par rapport à 2003 et concernait 800 millions de personnes, dont 99% des ruraux y compris les migrants. Désormais les soins comportant des radiographies et des scanners sont pris en charge à 50 % par les assurances. Lire notre article Le défi de la santé publique.

Mais, compte tenu du vieillissement et de l’augmentation du niveau de vie qui entraîne une prolifération des affections comme le diabète (114 millions de cas en 2013) et les affections cardiaques, le coût des programmes d’assurance augmente rapidement avec une dépense par tête passée de 19 $ en 2002 à 155 $ en 2011.

Une autre cause de la hausse des dépenses est le coût prohibitif des médicaments prescrits par les médecins sous payés qui en tirent des bénéfices indirects par le truchement des pots de vin payés par les groupes pharmaceutiques chinois et étrangers.

Selon une enquête de l’association chinoise des médecins datée de 2012, 50% des médecins avaient déjà accepté des pots de vin et se livraient à des prescriptions excessives de traitements onéreux, hors liste protégée établie par le ministère. Lire notre brève Attaques contre les groupes pharmaceutiques étrangers..

Les tentatives du pouvoir pour mettre fin à ces trafics, pour l’instant seulement dirigées contre les médecins mis à l’amende et les groupes étrangers tirent les marges des groupes pharmaceutiques vers le bas (Mark Reilly, ex-Président de GSK, est aujourd’hui interdit de quitter la Chine, tandis que nombre d’anciens employés chinois du groupe britannique sont en prison).

Mais ces harcèlements ne dissuadent pas les groupes étrangers de continuer à opérer en Chine où le marché explosera dans les années qui viennent puisque, selon la société de consulting Global Date les dépenses de santé chinoises passeront de 48 Mds de $ en 2012 à 315 Mds de $ en 2020.

La publicité faite autour de la corruption des médecins, ajoutée à la pénurie d’hôpitaux de 1er rang à l’origine d’interminables attentes, provoquent des tensions dont le personnel médical est la cible avec un nombre d’agressions en hausse rapide depuis 2008. (plus de 25% des médecins disent avoir été victimes d’agressions verbales ou physiques en 2012). Lire notre article « Kan Bing Nan, Kan Bing Gui ». Malaise dans les hôpitaux chinois.

Le tout crée une situation délétère qui affecte considérablement le moral des médecins, au point que la profession n’a plus la cote. Selon un sondage rendu public récemment par Xinhua, 40% des médecins et infirmières envisageraient de changer de métier.

Le pouvoir a pris conscience des dangers de ces tendances catastrophiques pour l’équilibre du système et envisage de créer une médecine privée autorisant les médecins à consulter une clientèle privée à l’hôpital, comme en France. Les investissements estimés pour mener à bien cette réforme qui fera appel à des fonds privés, sont estimés à plus de 900 Mds d’€.

Lire aussi : Où va le système de santé chinois ?.

Effervescence populaire dans le Zhejiang.

Le 8 octobre, a eu lieu à Yuyao une ville de pêcheurs et d’agriculteurs de 400 000 habitants à 45 km à l’ouest de Ningbo et à 140 km au sud de Shanghai, une violente et brève échauffourée de citoyens mécontents.

La foule protestait devant le bâtiment de la mairie contre l’inertie des autorités face à une brutale montée des eaux provoquée par les pluies diluviennes du typhon Fitow qui inondèrent la ville et provoquèrent la mort de 10 personnes et de nombreux blessés, avec des coupures d’eau et d’électricité (dépêche de Xinhua du 9 octobre). Selon les images diffusées sur Internet les protestations qui s’en prirent aux voitures en stationnement, furent très sévèrement réprimées par l’armée causant plusieurs blessés qui s’ajoutèrent à ceux des inondations.

La colère fut encore attisée par l’intervention des militaires pour briser la manifestation, alors même qu’ils étaient absents durant l’inondation. « On ne les a pas vus durant le désastre, mais pour “restaurer la stabilité“, ils sont arrivés dans la ville comme une armée tombée du Ciel » écrit un internaute.

Le 8 au soir un message en 5 points au nom des habitants de Yuyao circulait sur Internet à l’attention de la mairie : 1) Le maire a t-il seulement mouillé ses pantalons durant l’inondation ; 2) Pourquoi la ville n’a t-elle pas réagi au désastre ? ; 3) Libérez ceux qui ont été arrêtés durant les manifestations ; 4) Excusez vous pour avoir diffusé sur la TV d’État des fausses informations rendant compte des efforts de sauvetage qui n’ont pas eu lieu ; 5) Pourquoi n’avons nous pas vu les paramilitaires durant l’inondation alors qu’il ne leur a fallu que 10 minutes pour intervenir quand la foule en colère a encerclé les journalistes de CCTV ?

Le 9 octobre le calme était revenu dans la ville investie par des unités de la Police Armée Populaire et des soldats de la Région Militaire de Nankin, tandis que 10 000 employés de la ville et du district s’affairaient à rétablir l’électricité pour 250 000 habitants. Au total, selon Xinhua, le typhon a affecté 7 millions de personnes dans le Zhejiang provoquant des destructions évaluées à 2 Mds de $ US.

 

 

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