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CHINE – MONDE (2)
Attaques contre les groupes pharmaceutiques étrangers.
A la mi-août on apprenait que le géant pharmaceutique Novartis basé en Suisse était, après GSK et Sanofi, à son tour accusé d’avoir corrompu des médecins. Le géant suisse présent dans 140 pays dans le monde qui a investi 700 millions de $ en Chine, essentiellement pour la mise au point de traitements contre des tumeurs gastriques, intestinales ou pancréatiques est accusé d’avoir versé des pots de vin à des médecins pour qu’ils prescrivent ces remèdes onéreux à leurs patients, « parfois en ignorant les risques inhérents au traitement. »
La dénonciation émanait d’une femme, agent commercial n’ayant travaillé que 7 mois pour le groupe (janvier à juillet 2013) qui avait réclamé 5 millions de Yuan à Novartis pour son silence. L’affaire a éclaté un mois seulement après que Novartis ait été accusé de corruption par la justice chinoise. Au même moment, donnant l’impression d’une opération nationale ciblant d’abord les sociétés étrangères, des inspecteurs à Pékin, Shanghai, Hangzhou et Canton signalaient qu’ils menaient des enquêtes auprès de 500 médecins dans le cadre d’une investigation du groupe français Sanofi, lui aussi accusé de corrompre les médecins.
En juillet la justice chinoise avait détenu 4 responsables du groupe GSK, accusé d’avoir payé plus de 3 Mds de Yuan de pots de vin à des fonctionnaires chinois de la santé et à des médecins. Après cette affaire qui provoqua le licenciement de 100 employés chinois de la société, le journal britannique « The Guardian » avait révélé que GSK, menacé d’une amende de 2 millions de Livres Sterling aurait fait peser la menace de stopper ses opérations en Chine. Mais le 9 septembre, le groupe qui emploie 8000 personnes et a investi 20 millions de Livres dans la recherche, démentait ces informations.
La presse étrangère focalise avec raison ses commentaires sur les deux poids deux mesures d’un système judiciaire qui concentre ses accusations uniquement contre les entreprises étrangères épargnant les Chinoises tout aussi corrompues.
Mais les analyses ignorent souvent que les dérapages observés sont en réalité le produit d’une réglementation chinoise à deux vitesses. La promotion des médicaments n’est en effet autorisée que pour les médicaments chinois fabriqués localement dont le retour sur investissement est faible. Les groupes étrangers qui investissent d’importants capitaux dans la recherche en Chine, s’appliquent donc à mettre en place des circuits de distribution occultes destinés à assurer la promotion de leurs produits.
La stratégie passe inévitablement par les médecins que les groupes chinois ou étrangers rémunèrent soit directement soit par des avantages en nature (voyages d’agrément, appartements, voitures de luxe, études à l’étranger pour les enfants) que les médecins chinois ne pourraient s’offrir avec leurs salaires ne dépassant pas quelques centaines de dollars par mois. Sans cet appoint considérable, le gouvernement chinois serait confronté au défi d’avoir à relever de manière substantielle les rémunérations des médecins.
La situation est donc paradoxale. Par leur stratégie de promotion occulte les groupes pharmaceutiques étrangers dont les efforts de recherche constituent un adjuvant pour la pharmacopée chinoise se mettent hors la loi et en situation de grande vulnérabilité vis-à-vis des autorités chinoises. Celles-ci peuvent soit fermer les yeux, soit déclencher une enquête accompagnée d’une campagne de presse critique sur le mode nationaliste, quand elles décident de faire « un exemple » ou de faire pression sur un groupe dans une transaction commerciale ou à propos d’une querelle sur un brevet.
En même temps l’effondrement du système de rémunérations sous le manteau tel qu’il fonctionne aujourd’hui créerait un grave déséquilibre financier affectant la rentabilité du système de santé chinois dans son ensemble. Enfin, dans ce paysage, les autorités chinoises disposent de l’arme absolue de l’immense marché chinois qui incite les groupes étrangers à rester présents en dépit des chausses-trappes qui les mettent régulièrement en porte à faux. Mais certains, comme Sanofi, n’hésitent pas à dénoncer la justice à deux vitesses qui vise en priorité les groupes étrangers.
Les assureurs chinois ciblent l’immobilier mondial.
Alors que les compagnies d’assurance chinoises riches de 1200 Mds d’actifs, disposent de plus de 14 Mds de $ de réserves pour des investissements immobiliers et que le marché chinois est considérablement bridé par les règles anti-spéculatives, leurs projets s’orientent de plus en plus vers l’étranger. Les principales cibles sont les marchés proches de la Chine, comme Hong-Kong, Singapour, la Malaisie ou la Thaïlande, à quoi s’ajoutent pour l’instant la Grande Bretagne, le Canada, les États-Unis et l’Australie.
Derrière cette tendance se dessine non seulement la recherche de revenus stables avec des risques de long terme modérés, mais aussi la multiplication de projets individuels en quête de points d’appui pour l’éducation des enfants ou une prochaine émigration.
Réactions de Huawei contre les soupçons d’espionnage.
Depuis plusieurs mois des commentaires aux États-Unis et en Grande Bretagne ont à nouveau accusé le géant chinois des télécoms d’être le fer de lance technologique de l’espionnage chinois. Ces accusations sont accompagnées par une longue liste d’obstacles mis en travers des investissements de Huawei en Angleterre et aux États-Unis.
L’accusation la plus dure qui va plus loin que celles des autorités de Washington, vient de Michael Hayden, ancien Directeur de la CIA et de la NSA jusqu’en 2008. « Huawei partage étroitement avec les autorités chinoises sa connaissance approfondie des systèmes de télécommunications étrangers avec lesquels le groupe chinois entretient des liens commerciaux et techniques ».
A ces accusations Huawei a répondu dans une déclaration officielle par la voix de William Plummer représentant le groupe aux Etats-Unis. Après avoir rappelé l’importance de Huawei sur le marché américain il apostrophait les critiques « Certains disent avoir des preuves que la société présente un risque quelconque. Alors qu’ils les montrent ou qu’ils se taisent. Les accusations sans preuves ont des arrières pensées politiques et confinent à la diffamation raciste à des fins de concurrence industrielle ».
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