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›› Politique intérieure

Xinjiang : psychose terroriste et prise de conscience

Un nouvel incident meurtrier s’est produit dans la province du Xinjiang le 15 décembre au soir dans la région de Kashgar. Les compte-rendus sont toujours aussi contradictoires selon qu’ils viennent de la police chinoise ou du Congrès Mondial des Ouïghours (CMO), qui communique par téléphone avec la population locale.

Selon la police, 14 Ouïghours auraient été tués dans la préfecture de Shufu près de Kashgar alors qu’ils tentaient de dissimuler des suspects à leur domicile. Deux policiers sont également morts au cours de l’agression, ce qui porte le bilan de la fusillade à 16 tués. Mais la version du CMO précise que parmi les 14 victimes ouïghours se trouvaient 6 femmes et que la fusillade avait éclaté quand l’un des Ouïghours avait violemment réagi au geste d’un des policiers soulevant le voile d’une des femmes présentes.

Un informateur local de Radio Free Asia, sponsorisé par le Congrès des Etats-Unis donne une version différente : « les policiers avaient à peine pénétré dans la maison que l’un des terroristes s’est jeté sur eux et tua le chef de la sécurité du district, tandis que le chef du commissariat local était battu à mort devant la maison ». La même source qui laisse entendre que les 14 Ouïghours tués auraient été les victimes de représailles, signale aussi que les insurgés auraient aussi fait exploser une voiture de police.

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Les incidents augmentent. Naissance d’une psychose.

La fusillade du 15 décembre fait suite à une série néfaste qui, depuis avril dernier, semble accompagner une montée des tensions dans les zones à forte majorité ouïghours comprises entre Kashgar et Hotan et, plus au nord, à l’est d’Urumqi. Les bilans sont sévères : 21 morts dont 9 policiers à Silibuya à l’est de Kashgar le 23 avril ; 35 morts le 26 juin, au village de Lukqun près de Turfan à 150 km à l’est d’Urumqi ; 11 morts le 16 novembre à Bachu au sud-est de Kashgar au cours d’une attaque contre un commissariat.

Avec les 16 tués du 15 décembre, le bilan connu est de 83 morts, parmi lesquels au moins 6 femmes et, selon toute vraisemblance, des locaux, victimes collatérales, initialement non impliquées dans les incidents. Compte tenu de l’imprécision des rapports publics, il est aussi possible que le bilan réel soit notablement plus lourd.

La psychose d’une menace terroriste qui hante les autorités chinoises depuis de longues années est en train de s’aggraver. De fait, les statistiques montrent que les incidents violents et meurtriers ont connu un pic en 2012 avec, en moyenne, plus d’un attentats par semaine. Même si la fréquence a baissé en 2013, la tension reste vive. En même temps, le pouvoir chinois prend conscience que la simple répression contre une population ethniquement et culturellement si différente pourrait ne pas suffire à apaiser une situation de plus en plus crispée.

Mêlée à une dose d’opportunisme politique visant à désamorcer les soupçons qui attribuaient l’incident plutôt à un geste de désespoir social, la psychose dont les effets pourraient contribuer à aggraver la situation s’était clairement manifestée quand, le 28 octobre dernier, un 4X4 fou s’était jeté dans la foule devant la porte sud de la Cité Interdite, provoquant la mort de 2 touristes, des trois occupants du véhicule et blessant 40 personnes dans la foule des badauds. La police avait alors blâmé des terroristes ouïghours et relevé de ses fonctions, à 3000 km de l’incident, le général Peng Yong écarté du Comité Permanent du Bureau Politique du Xinjiang.

La psychose se lit également dans la presse officielle du régime. Mais elle commence également – et c’est nouveau - à s’interroger sur la justesse d’une politique essentiellement basée sur les deux piliers du développement économique et d’une répression souvent féroce, oubliant les aspects culturels qui creusent de profonds ressentiments entre les populations Han et Ouïghours.

Prise de conscience et indices d’une approche nouvelle.

Le 17 décembre, le Global Times publiait un article soulignant que les attaques terroristes se multipliaient dans un contexte où, dit l’auteur, « la capacité des forces extrémistes à brouiller l’esprit des populations s’était renforcée », ce qui indique, ajoute l’article, « que les incidents se renouvelleront. »

Mais après avoir conclu que les efforts anti terroristes étaient confrontés à un sérieux défi, le journal développait un raisonnement qui tranchait avec les habituelles vindictes lancées contre les forces extrémistes pilotées de l’extérieur. La nécessité d’une répression sans faille par des forces de polices bien équipées et appuyées par un système de renseignement efficace n’était certes pas édulcorée, mais l’auteur évoquait aussi l’urgence de promouvoir « une gouvernance moderne ».

Surtout, il évoquait une politique destinée à conquérir le cœur des populations après la profonde blessure des émeutes du 5 juillet 2009 à l’origine d’un fossé entre les Hans et les Ouïghours et dont les terroristes tiraient profit.

Vint alors ce conseil qui montre l’ampleur de la psychose et peut-être une prise de conscience publique inhabituelle : « Toutes les forces vives du pays devraient être mobilisées pour effacer ces ressentiments ethniques, clé de la solution du problème ouïghour ». L’article suggérait aussi d’augmenter le nombre de policiers d’origine ouïghour et de tout faire, pour que la population ouïghoure « se sente partie intégrante du peuple chinois » notamment, en « la traitant avec équité ».

Photo Xinhua : Le 23 mai 2013 Yu Zhengsheng membre du Comité Permanent et n°4 du régime, Président de la Commission Consultative du Peuple Chinois visite un mosquée à Hotan. Il s’est également rendu à Kashgar, Yili et Urumqi du 25 au 29 mai.

 

 

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