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Manipulations des tests PISA. Éducation des campagnes et réactivité chinoise
Le 3 décembre dernier, après une enquête de trois années, était révélé le classement PISA (en Français : « Programme international pour le suivi des acquis (des élèves) ») établi en évaluant les compétences de 600 000 élèves des lycées de 79 pays dans trois domaines : compréhension de l’écrit ; culture mathématique ; culture scientifique.
Une fois de plus, les résultats de la France étaient « médiocres » se lamentait avec raison Maxime Tandonnet dans une tribune du Figaro.
Relégués à la 23e place, loin derrière la Chine qui, dit Tandonnet, « caracole en tête », les lycéens français sont aussi distancés par plusieurs pays occidentaux comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou la Suède.
Dans les 3 domaines étudiés en revanche, les élèves chinois arrivent en tête juste avant Singapour et deux autres territoires du Monde Chinois, Hong Kong et Macao.
La Corée, 9e, colle à ce peloton asiatique de l’excellence. Mais elle est devancée par l’Estonie, le Canada, la Finlande et l’Irlande. Les États-Unis, le Royaume Uni et l’Allemagne se classent respectivement 13e, 14e et 20e. La France est 23e, au même rang qu’en 2016.
Les causes du déclassement des lycéens de la patrie de Descartes, Montaigne, Victor Hugo et Chateaubriand, également lauréate des médailles « Field » en mathématiques, équivalant du prix Nobel, sont connues. Tandonnet les passe en revue. Elles se résument à un dévoiement du principe d’égalité en une idéologie « égalitariste » et au refus de la sélection jugée traumatisante.
S’y ajoutent « les méthodes pédagogiques douteuses », le rejet de l’autorité et le mépris des apprentissages de base, considérées par les idéologues comme le moyen de « perpétuer un élitisme de classe ».
L’élitisme est précisément le cœur même du système éducatif chinois. Il pousse à l’extrême la psychose de l’apprentissage et du diplôme. Chaque année l’obsession traumatise de longues cohortes d’élèves mis sous pression par le système et leurs familles lors des examens d’accès au secondaire (高中) et à l’université (高考). Sans compter qu’il véhicule une série d’effets pervers affairistes qui tirent profit du désir des parents de promouvoir leur progéniture.
QC avait traité cette question en 2012 : Les affres du Gaokao. L’université entre réformes et tradition.
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Pour autant, le système chinois est-il vraiment à ce point efficace ? Est-il le moyen le plus performant pour augmenter le niveau de conscience, de connaissances et l’esprit critique de la population chinoise ? Enfin, dans quelle mesure peut-on faire confiance aux résultats diffusés par le Parti ?
Préoccupé par son image internationale et la promotion interne de son excellente politique, il lui arrive en effet souvent d’embellir la réalité ou de ne la présenter que de manière tronquée.
Jean-Raphaël Chaponnière s’est récemment penché sur la question dans Asialyst.
Sans nier l’excellence des élèves chinois de la côte Est, l’analyse prend, dans sa conclusion, le contrepied des idées reçues. La clé d’un système éducatif de qualité n’est pas la quantité de travail fourni, les « boîtes à bac et le nombre d’heures de travail à la maison ».
C’est en tous cas ce que prouve le succès des systèmes éducatifs estoniens et finlandais dont les élèves qui sont classés 5e et 7e, ne s’abrutissent pas en bachotages, en cours particuliers et en heures d’études à la maison.
Soulignant qu’il s’agit d’un point commun avec les systèmes asiatiques, J-R Chaponnière rappelle une évidence que la philosophie de Confucius, humanisme de la promotion individuelle par l’étude porte aux nues dans toute l’Asie : « Le point commun entre les systèmes d’éducation d’Asie de l’Est et d’Europe du Nord ? La qualité de leurs enseignants qui coopèrent au sein des équipes pédagogiques. »
Mais il y a plus. S’agissant de la Chine dont les résultats sont systématiquement au sommet des classements, l’article met à jour un artifice confinant au dévoiement des règles d’une compétition équitable.
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Une image du niveau scolaire « politiquement ajustée »
S’appuyant sur un travail de la Brookings par Tom Loveless, l’article dévoile que les résultats chinois sont très loin de refléter le niveau moyen des élèves du secondaire en Chine dont beaucoup quittent le lycée avant l’examen du Gaokao.
L’OCDE est complice quand elle autorise une présentation partielle ou s’abstient de publier des résultats qui ne plaisent pas au Parti. En résumé : soit les échantillons publiés ne correspondent pas à la totalité des élèves testés ; soit les résultats des tests ne sont pas entièrement publiés quand ils ne sont pas flamboyants ; soit seule la partie la plus éduquée de la population est testée.
En 2009, PISA avait testé 12 provinces chinoises dont plusieurs régions rurales. Mais seuls les résultats pour Shanghai avaient été publiés. Trois ans plus tard, la BBC signalait que Pékin « n’avait pas autorisé » l’OCDE à faire état des résultats complets des tests chinois. D’autres enquêtes menées discrètement par l’OCDE n’ont pas été publiées.
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Les révélations qui ne sont pas une première, sont l’occasion d’une nouvelle réflexion sur le système éducatif chinois, dont l’efficacité est à l’évidence surestimée.
Si on s’intéresse au niveau moyen réel des élèves, y compris celui des enfants de migrants 民工 dont la scolarisation est aléatoire – un pourcentage élevé n’achève pas le secondaire -, force est de constater que l’éducation dans les campagnes chinoises n’a aucun rapport avec celle de Shanghai ou Pékin.
Chaponnière cite « La Chine à bout de souffle » (Fayard, 2016), d’Isabelle Attané : « la Chine appartient à la petite trentaine de pays dans le monde toujours incapables d’offrir une éducation obligatoire gratuite à tous ses enfants ».
Au passage, Isabelle Attané remet en perspective la puissance chinoise dont l’avenir est aujourd’hui remis en question par l’inversion du facteur démographique. « Quoi qu’on en dise, la vitalité démographique » - qui fit la force de la croissance chinoise après la sortie du carcan idéologique maoïste – « s’étiolera au fur et à mesure que cette population changera de visage en vieillissant et en perdant d’ici la fin du siècle, au moins un tiers de ses habitants ».
« Ce repli démographique pourrait bien, à l’instar de l’essor exceptionnel qui l’a précédé, bouleverser à nouveau les rapports de force à l’échelle de la planète – mais cette fois au détriment de la Chine. De longue date sa population fut sa force. Elle pourrait bien devenir sa faiblesse. »
L’éducation des campagnes par Internet.
En attendant, la réactivité chinoise est à l’œuvre et tente de corriger les déséquilibre villes-campagnes, talon d’Achille structurel de l’économie. Elle le fait en tirant profit de l’efficace ubiquité d’Internet vecteur des programmes d’éducation à distance.
Au printemps dernier, le South China Morning Post s’était penché sur le sujet.
Dans ce domaine, comme dans d’autres, le volontarisme du pouvoir qui cache ses lacunes, mais en a parfaitement conscience, est exemplaire.
Même quand les classes se dépeuplent, les écoles ne sont pas fermées.
Avec en tête l’objectif du 13e plan quinquennal (2016 – 2020) d’atteindre un taux de scolarisation de 90% dans le secondaire, les petites écoles de campagne ont été connectées au haut débit donnant accès à CCTalk, une plateforme interactive d’enseignement en ligne à la disposition de classes les plus reculées, quel que soit le nombre des élèves. A distance, des professeurs connectés échangent en direct avec les élèves.
Les initiatives fleurissent. Mais, dépendant du soutien financier de grands groupes comme Tencent et Baidu, elles rencontrent des problèmes de rentabilité. Récemment Hujiang EdTech qui opère dans le Gansu au profit de 28 écoles a été contraint de réduire ses effectifs. Il reste que l’initiative a accompli de petits miracles.
A Lumacha, aux fins fonds du Gansu, à 1500 km à l’ouest de Pékin, les 3 élèves rescapés de l’exode rural ont été initiés à la musique et au dessin. Parfois nécessité fait loi. Des enseignants sans aucune expérience artistique se forment eux-mêmes pour répondre à la demande.
Basée à Shenzhen, Pujiang Technology s’est, entre autres, spécialisée dans l’éducation des enfants de migrants laissés aux soins des grands-parents. L’application Zhiyu Education permet aussi de tenir les parents au courant des progrès de leur progéniture restée en arrière. C’est le cas à Yingde, dans la province dans l’arrière-pays de Canton.
A Sanya (Hainan), elle a signé avec les responsables locaux un contrat pour connecter 100 écoles à son application. Ailleurs en Chine, elle est déjà connectée à 500 écoles et 300 000 élèves.
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