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›› Politique intérieure

A Hong Kong, impasse de la mouvance radicale et déclin des démocrates

Après l’été 2019, les premières protestations contre la loi sur l’extradition – plus tard retirée par Carrie Lam - se dilatèrent en de très violentes émeutes dont l’épicentre fut, il y a tout juste un an – les 18 et 19 novembre 2019 -, l’Université Polytechnique.

A ce moment, accompagnant le vote du 30 juin 2020, par l’Assemblée Nationale de la loi sur la Sécurité Nationale, le discours public chinois, était que Pékin respecterait le schéma « Un pays deux systèmes ». Depuis le 11 novembre pourtant, le récit officiel dont chacun pouvait déjà percevoir le biais politique, ne peut plus se prévaloir de l’excuse de préserver la R.A.S. du chaos.

Éliminer la démocratie.

Le doute n’est plus permis. Au-delà de l’impératif de sécurité, l’objectif du Parti est bien d’effacer l’empreinte démocratique, comme le montre l’expulsion le 11 novembre par Pékin de quatre parlementaires du Legco accusés de « manquer de loyalisme ». L’éviction a été décidée après l’adoption par l’Assemblée Nationale Populaire d’un décret dit « patriotique » autorisant le gouvernement de Hong Kong à démettre sans jugement des parlementaires dissidents [1].

La manœuvre a aussitôt provoqué la démission des 19 élus démocrates, transformant le Legco en une assemblée purement formelle aux ordres de Pékin, dont le pouvoir de contrôle et de contestation a disparu.

Le 15 novembre le WSJ publiait un long article retraçant « La Chute de Martin Lee et de son rêve démocratique pour Hong Kong ».

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Martin Lee, symbole révolu de la démocratie

Âgé aujourd’hui de 81 ans, l’homme inscrit au barreau de Hong Kong du temps des Anglais participa à la rédaction de Basic Law. Depuis les années 80 il milite pour préserver la démocratie dans l’ancienne colonie britannique.

Aujourd’hui, la nouvelle loi sur la sécurité nationale fait de lui un hors-la-loi en liberté sous caution pour avoir cherché l’appui de la Maison Blanche en se rendant plusieurs fois aux des États-Unis. Même son activisme modéré sort de l’épure politique de Pékin qui interdit les manifestations et retire des librairies les livres sur la démocratie.

A l’automne d’une vie de lutte, le vieil avocat qui se bat pour réfuter les charges de sédition qui pèsent sur lui pour avoir participé aux manifestations en 2019, est isolé. Ses compagnons modérés lui reprochent de ne pas avoir saisi l’occasion du suffrage universel même « aux caractéristiques chinoises » proposé par Pékin en 2014 (lire : Hong Kong : un suffrage universel aux « caractéristiques chinoises. »).

A l’autre extrémité du spectre politique, les jeunes radicaux insurgés qui, l’année dernière, se heurtèrent à la police à coups de cocktails Molotov, l’accusent d’avoir manqué de véhémence pour préserver la démocratie.

C’est peu dire que le retour de la règle inflexible heurte la mémoire de celui qui, tout jeune enfant - il était à l’époque âgé de 11 ans – avait en 1949 fui la Chine communiste avec ses parents.

Trente années plus tard, le Continent n’avait pas encore pansé les plaies du Maoïsme. Mais la colonie était devenue un puissant centre manufacturier tirant profit à la fois des bas salaires et de l’État de droit, garantissant la propriété individuelle.

Alors que Hong Kong s’apprêtait à muter en un centre financier de réputation mondiale, Lee (de son nom chinois Li Zumin 李柱銘), Président du Barreau, était alors un des avocats le mieux payés de Hong Kong et un « très honorable » membre du Conseiller privé de sa Majesté britannique.

C’est au moment où, dans les années 80, Londres et Pékin commencèrent à négocier le retour du « Port aux parfums » dans le giron politique de la Chine communiste que l’avocat à succès se mua en défenseur de la démocratie. Mais son activisme ne ciblait pas seulement Pékin. Chris Patten, le dernier gouverneur de Hong Kong parti le 1er juillet 1997 avec l’Union Jack sous le bras à bord du Britannia, le yacht de sa majesté dont c’était la dernière mission se souvient.

Un militant démocrate inflexible, mais un politique naïf.

C’est Lee qui demanda que les autorités britanniques introduisent l’exigence de démocratie dans la loi fondamentale cadre général du schéma « un pays deux systèmes », stipulant que le gouverneur ne serait pas nommé par Pékin, mais élu au suffrage universel. Pékin refusa et proposa un moyen terme ambigu, que Londres accepta.

Les droits de manifester, les libertés religieuses, de parole et de presse, la liberté d’association et de manifester, le droit du travail et syndical furent formellement garantis, mais il était précisé que l’ANP conserverait le pouvoir d’interpréter la loi en dernier ressort [2].

Quant à l’introduction du suffrage universel pour la nomination du Gouverneur qui n’existait pas du temps des Britanniques, elle n’était pas formellement rejetée. Mais la date de sa mise en œuvre fut laissée dans le vague, à la diligence de Pékin.

L’article 45 de la loi précise notamment « La méthode de sélection du chef de l’exécutif sera précisée à la lumière de la situation réelle dans la Région administrative spéciale de Hong Kong et conformément au principe de progrès progressif et ordonné. L’objectif ultime est la sélection du chef de l’exécutif au suffrage universel sur proposition d’un comité de nomination largement représentatif conformément aux procédures démocratiques. »

Lee qui avait durci sa position, condamna Londres qu’il accusa de « sacrifier Hong Kong sur l’autel de ses bonnes relations avec la Chine ». La prise de position n’avait pas échappé à Pékin. Avec le militantisme inflexible de Lee en faveur de la démocratie, cette prise de position considérée par l’appareil comme une trahison, constitue le fond de tableau du harcèlement politique et légal que lui inflige aujourd’hui le Parti communiste chinois.

Aujourd’hui, près de 40 ans après ses premiers engagements politiques, il se souvient que ses pairs de la riche mouvance des affaires et de l’oligarchie au pouvoir, l’avaient jugé futile. Ils l’accusaient de risquer, sans espoir réel de résultats, de mettre en danger le fragile équilibre socio-économique de l’ancienne colonie et d’irriter ses nouveaux maîtres.

Il se souvient avec amertume que son père l’avait mis en garde. Ancien officier général du Kuomintang, purgé par Mao, il observait avec scepticisme ses enthousiasmes démocratiques quand il avait été invité par Pékin à participer à la rédaction de la Loi Fondamentale.

« On ne peut pas faire confiance aux communistes. Tant qu’ils auront besoin de toi, ils te donneront tout ce que tu voudras, l’argent, les femmes, le statut, tout !! Mais quand ils t’auront utilisé jusqu’à la corde, non seulement ils te jetteront à terre, mais ils te marcheront dessus ».

Mais en Chine même, l’appareil qui tient à distance un risque de rupture propagé par une mouvance dite « localiste », partie la plus extrême du mouvement démocrate, propageant l’idée qu’en 2047, il conviendrait d’interroger les Hongkongais s’ils souhaitent réellement être rattachés à la Chine, bénéficie du soutien unanime de l’opinion qui considère les protestataires comme des « enfants gâtés ».

Ceux qui portent ces idées sont désormais mis au ban. La loi sur la sécurité nationale les a rejetés dans la catégorie des dissidents coupables de sécession et de collusion avec l’étranger. Plus encore que Martin Lee que sa notoriété protègera peut-être, ils risquent la prison à vie.

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La démocratie parlementaire débordée.

Martin Lee constate que les ferments semés par son action légaliste sont aujourd’hui débordés par une mouvance radicale d’opposition à la Chine.

Il est vrai qu’au Legco, les démocrates progressèrent depuis seulement quelques sièges en 1991 pour atteindre 42,26% des voix et 19 sièges aux élections de 1995, largement au-dessus des autres partis dont les quatre formations pro-Pékin totalisèrent moins de 25% des suffrages.

Mais à partir des élections de 2000, les démocrates divisés reculèrent face à la montée du parti pro-Pékin de « l’Alliance démocratique pour les progrès de Hong Kong - DAB ».

Aux élections législatives de 2016, après la protestation de « Occupy Central » et l’échec de la réformé électorale en 2015, le paysage politique se fragmenta. Lire : Hong Kong : « Occupy Central » s’étiole, tandis que resurgit le contentieux sino-britannique.

Les pro-Pékin obtinrent 40,17% des voix et 40 sièges. L’alliance démocratique recula à 36,02% des voix et seulement 24 sièges. Mais surtout, marquant un durcissement contre le Continent, le parti « localiste » dont les arrière-pensées portent une rupture avec la Chine, obtint 19% des voix et plusieurs sièges aussitôt contestés par Pékin.

Ce paysage électoral qui fait surgir un risque de sécession, constitue le nouveau fond de tableau politique de la R.A.S. Il explique très largement le raidissement de l’appareil. Le surgissement des jeunes radicaux issus du mouvement « Occupy Central » et réclamant un référendum en 2047 a échappé à Martin Lee. Pour le pouvoir central dont la ligne politique est dominée par l’exigence absolue de souveraineté, il dessine un déchirement inacceptable.

Réfléchissant à l’avenir, Lee constate que le radicalisme des jeunes démocrates sécessionnistes est dans une impasse. L’avenir dira si le durcissement du mouvement le conduira, comme certains le croient, à une dissidence souterraine ou si la puissance de la mouvance pro-Pékin et la féroce répression finiront de le marginaliser, tandis que la mouvance des affaires, véritable ADN apolitique de la R.A.S, reprendra le dessus.

En tous cas Pékin qui se souvient des humiliations que lui infligèrent les Occidentaux et notamment les Britanniques, se braque.

Le 19 novembre, après que le ministre des Affaires étrangères britannique ait accusé Pékin d’avoir « manqué à ses obligations internationales », le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a mis en garde Londres et ses alliés américains, canadiens, néo-zélandais et australiens, accusés d’ingérence dans les affaires intérieures chinoises.

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Pour l’heure, la cible prioritaire de la vindicte chinoise est Canberra accusé par Pékin d’accumuler sans raison les motifs de tensions. A la racine de cette colère dilatée en une sévère empoignade diplomatique, l’outrage publique infligé à Pékin par Scott Morrison qui réclame une mission d’évaluation à Wuhan sur la réaction initiale de la Chine à la pandémie qui met l’appareil hors de lui. Lire : Origine de la pandémie. L’Australie face aux puissantes pressions de Pékin. Quelles perspectives pour une OMS indépendante ?

Le 19 novembre, un responsable chinois a remis un dossier aux médias australiens dans lequel figuraient 14 sujets de plainte allant de l’ingérence dans les affaires de Hong Kong et du Xinjiang à l’ostracisme frappant le groupe Huawei, au prétexte de « sécurité nationale » également évoqué pour limiter nombre d’investissements chinois.

Par-dessus ces effervescences surgit le constat qu’au milieu des compétions d’affaires et des intérêts sonnants et trébuchants de chacun, l’ouverture politique du Monde à lui-même et l’attention portée aux autres font désormais partie du passé.

Plus encore, alors que le discours normatif de la Chine affirme bruyamment la prévalence implacable de sa souveraineté, tandis que fleurit la mode des autocrates prisés pour leur efficacité bien supérieure à celle des souverainetés populaires, la question se pose de l’anachronisme des régimes démocratiques.

Note(s) :

[1Il s’agit de :

(1) Dennis Kwok, 42 ans, avocat membre du parti civique de la mouvance démocrate, élu au sein du quota législatif des circonscriptions professionnelles. Ancien vice-président de la Comité du Legco et et de sa commission des lois.

Il était dans le collimateur de Pékin depuis qu’à partir de son poste de vice-président du comité du Legco il avait, d’octobre 2019 à mai 2020, cautionné une stratégie de harcèlement contre la majorité pro-Pékin en faisant systématique obstacle à l’élection d’un successeur à son poste.

En mai 2019 Andrew Leung président du Legco l’avait relevé de ses fonctions de vice-président du Comité du Legco.

(2) Alvin Yeung, 39 ans, avocat, président du parti civique, député des Nouveaux Territoires.

(3) Kwok Ka-ki, 59 ans, urologue, ancien député des Nouveaux Territoires, disqualifié pour les mêmes raisons que Alvin Yeung.

(4) Kenneth Leung, 58 ans, conseiller fiscal, ancien député de la circonscription électorale professionnelle des comptables et fiscalistes.

Les trois précédents avaient été disqualifiés par Pékin de se représenter en mai 2020, sous l’accusation d’avoir critiqué la loi sur la sécurité nationale et de ne pas s’être assez sincèrement opposés au mouvement séparatiste.

[2L’ANP a fait jouer plusieurs fois son droit de regard. On retiendra entre autres qu’en 1999, contredisant la Haute cour de Hong Kong, elle jugea que les enfants des résidents de Hong Kong nés en Chine ne pouvaient pas être considérés comme des résidents de la R.A.S.

En avril 2004, elle décida que les élections du gouverneur en 2007 et du Legco en 2008 ne seraient pas tenues au suffrage universel.

En novembre 2016, elle interdit de facto à deux députés hongkongais qui avaient délibérément écorché leur prestation de serment de siéger au Legco. Le 11 novembre 2020, elle adopta « le décret patriotique » stipulant que les députés du Legco devaient faire allégeance à Pékin.

 

 

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