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›› Editorial
20e Congrès. Xi Jinping et sa garde rapprochée prennent brutalement le contrôle du Parti
Après avoir siégé une semaine et installé Xi Jinping (69 ans en juin cette année) pour un troisième mandat contre la jurisprudence de l’appareil d’un départ à la retraite à 68 ans, le dimanche 23 octobre le 20e Congrès a dévoilé les sept membres du nouveau Comité Permanent du Bureau Politique.
En dépit des alertes et contrefeux domestiques et stratégiques, Xi Jinping dont l’agressivité mâtinée de nationalisme a subjugué le Comité Central, persiste et signe. La nuance politique collégiale a disparu du sommet du pouvoir chinois. Tous les nouveaux promus sans exception font partie de la garde rapprochée du n°1.
Jamais depuis Mao un dirigeant chinois n’avait autant étendu son emprise sur l’ensemble des rouages du Parti avec une inflexibilité allant jusqu’à l’élimination des opposants emportés dans les « charrettes » de la lutte contre la corruption. Lire : La nébuleuse disparate des opposants à Xi Jinping.
S’étant placé à la tête de plusieurs « groupes dirigeants 领导小组 » du Comité Central dont certains furent créés par lui, Xi Jinping exprime une prévalence politique touchant toutes les strates du pouvoir depuis la haute administration, jusqu’aux provinces en passant par les grands groupes publics, les parlementaires et l’armée.
La connivence étroite entre Xi Jinping et les six membres du nouveau Bureau politique ayant tous au cours de leur carrière exprimé à l’égard n°1 une indéfectible loyauté politique aussitôt récompensée par une promotion rapide, s’enracine aux expériences communes au Zhejiang l’ancien fief politique de Xi et à son bref passage à Shanghai en 2007, année durant laquelle il a mis la dernière main à ses réseaux.
Depuis dimanche 23 octobre, tous ceux qui exprimaient une distance politique avec Xi ont été éliminés, quand bien même leur âge et leur position les qualifiaient pour une promotion ou un maintien au cœur du pouvoir.
Mais alors que le 22 octobre, le Congrès achevait sa session de travail, avant la cérémonie de clôture du 23, mise en scène préréglée de la stabilité et de la sérénité du pouvoir projetant le pays de manière structurée et rationnelle vers la perspective du « rêve chinois » de puissance en 2049, la journée a été marquée par un événement insolite et jamais vu depuis 1978.
Un évènement insolite dans la chorégraphie des apparences.
Assis à la gauche de Xi Jinping l’ancien président Hu Jintao, a été escorté vers une pièce adjacente à la salle des Congrès par deux agents qui l’avaient pris par le bras. Aussitôt un « tweet » de Xinhua expliquait que l’ancien n°1 avait eu un malaise.
Mais une vidéo mise en ligne par l’AFP semblait dire autre chose. Elle montrait un des agents tirant avec insistance l’ancien président par le bras, sous les yeux préoccupés de ses voisins. Une fois levé de son fauteuil, Hu sembla vouloir saisir un document placé sur le dossier posé devant Xi Jinping qui, promptement, l’en empêcha en y posant lui-même sa main.
À un autre moment, après que Hu se soit levé et ait discuté avec les deux agents Li Zhanshu, le Président de l’ANP sortant, a semblé vouloir se lever, mais Wang Huning assis près de lui l’en a dissuadé en le tirant par la veste.
Avant de quitter l’amphithéâtre le visage marqué par le désarroi, Hu a échangé quelques mots avec Xi Jinping et Li Keqiang, dont il a tapoté l’épaule avant de s’en aller, toujours encadré par les deux agents dont l’un lui tenait le bras.
La scène a été aussitôt diffusée sur les réseaux sociaux, mais en Chine elle a été sur le champ bloquée par la censure. Elle n’a cependant pas échappé aux nombreux utilisateurs de dispositifs VPN qui cachent leur identité et leur positionnement géographique.
Chine Nouvelle dit que Hu Jintao est malade. Peut-être. Peut-être pas. En tous cas, s’il est vraiment souffrant, ce n’est pas la brutalité du discours de Xi Jinping le jour de l’ouverture du congrès, le 16 octobre, qui aurait pu redresser son moral.
Dans une très rare diatribe contre ses prédécesseurs qui, lors des Congrès précédents s’efforcèrent toujours de s’inscrire dans la continuité politique de l’appareil évitant les polémiques, Xi a, sans ambages, expliqué qu’à son arrivée en 2012, il avait trouvé le pays dans une situation catastrophique, ce que tous les observateurs ont évidemment assimilé au bilan négatif des dix années de Hu Jintao (2002 – 2012).
Impossible qu’il n’en ait pas été affecté.
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Brutalité du discours d’ouverture de Xi Jinping.
Après avoir fait le constat ambigu que l’ère Hu Jintao avait réussi « l’ouverture et la modernisation socialistes », et que « des progrès notables avaient été réalisés dans la construction du Parti, créant des fondations solides et propices au progrès », Xi a tiré quelques coups directs contre le bilan de son prédécesseur.
Émaillant plus de trente fois son discours d’expressions liées au combat, à la lutte ou à l’esprit de bataille, 战争, 头争, 战争精神, il a notamment ciblé « des problèmes de fond dont certains s’accumulaient depuis des années et dont d’autres venaient juste d’émerger, ayant nécessité des actions urgentes. »
« Pour beaucoup de membres du Parti » dont il jugeait que « la direction centrale était affaiblie, la ligne de l’appareil n’était pas claire » ; « Certains hauts responsables du Parti avaient une conviction politique hésitante. Malgré les avertissements répétés, l’hédonisme et l’extravagance persistaient localement ou même à l’échelon des provinces. »
« Les mentalités et les pratiques recherchant systématiquement des privilèges privés posaient un grave problème, tandis que des cas de corruption profondément choquants avait été mis à jour ». (…) « L’économie chinoise était en proie à de graves problèmes structurels et institutionnels. « (…) « Le développement était déséquilibré, mal coordonné et pas durable » (…) « L’ancien modèle de développement était inadapté, bloquant le progrès du pays ».
« Certains problèmes profondément enracinés dans les institutions et les barrières érigées par des groupes d’intérêts devenaient des obstacles ». (…) « Les cadres manquaient de confiance dans le système politique socialiste aux caractéristiques chinoises. Trop souvent, les lois n’étaient pas appliquées. »
« Des modes de pensée “erronés“ subsistent tels que le culte de l’argent, l’hédonisme, l’égocentrisme et le “nihilisme historique“ (NDLR : en réalité la critique de la langue de bois occultant les faces sombres de l’histoire du Parti) étaient courants. » Il ajoutait que « tout cela a eu un grave impact sur l’opinion publique. »
Le Parti violemment secoué.
La corruption a été réprimée à des niveaux variables de férocité selon le degré d’allégeance à sa personne ; les magnats du secteur numérique et les exubérances de l’immobilier ont été mis au pas à la hussarde, aggravant le chômage des jeunes. L’industrie de la construction et le secteur de la propriété qui comptent pour plus de 25% du PIB ont été poussés au bord du désastre.
Alors qu’il accuse ses prédécesseurs de ne pas avoir réformé l’économie, lui-même n’a pas réussi à améliorer le partage de la richesse produite. C’est bien ce que signale l’écart entre le PIB global et le PIB/hab qui place la Chine, 2e économie mondiale au 90e rang, en compagnie du Costa-Rica de la Malaisie ou de la Bulgarie.
Quand Thomas Piketty, écrit un livre sur les errements du Capitalisme mondial « Le Capital au XXI1e siècle » qui pointe les dérives de la finance globale, Xi Jinping en fait la promotion en Chine ; mais quand en 2021, dans « Capital et idéologie » il analyse les inégalités en Chine, son éditeur chinois lui demande d’en « couper » 24 passages.
La plus critique de ces analyses décrit une situation que Xi Jinping refuse de diffuser à son public « On peut sérieusement douter que l’on puisse efficacement réguler les inégalités dans un pays de 1,4 milliards d’habitants simplement en ayant recours à des dénonciations et à des emprisonnements. »
« Tout cela sans aucune forme d’enregistrement et d’imposition systématique des patrimoines et des successions, et en empêchant les journalistes, les citoyens et les syndicats de développer une capacité autonome d’investigation et de participation, voire en mettant en détention ceux qui s’intéresseraient de trop près aux fortunes accumulées par les proches du pouvoir. Rien ne garantit que le régime chinois parvienne à éviter une évolution kleptocratique à la russe » (p. 726).
Il est possible que la santé de Hu Jintao (80 ans cette année en décembre) ne soit pas à son meilleur niveau. Mais il est aussi très probable que la brutalité du discours de Xi Jinping l’ait très sérieusement affecté. En dépit de l’affichage d’une unité de façade, il est prudent de considérer que, dans l’appareil, il n’est pas le seul.
Une autre explication de l’émotion de l’ancien Président est, à l’évidence, que la coupe des transgressions institutionnelles et de la jurisprudence collégiale des transitions de pouvoir est pleine.
Après que Li Keqiang, Wang Yang (65 ans tous les deux) et Hu Chunhua (59 ans) protégé de Hu Jintao, n’aient pas été reconduits au Comité Central et poussés vers la sortie, il est difficilement acceptable pour Hu Jintao que Xi Jinping (69 ans) s’attribue par acclamations d’un Parti férocement mis à sa botte souvent par la menace, un troisième mandat contre la jurisprudence de la retraite à 68 ans.
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Pour autant quand on prend la peine de mettre en perspective la trajectoire du raidissement de Xi Jinping depuis son entrée au Comité permanent en 2007, force est de constater que l’arrière-plan qui dominait sa pensée n’était pas comme certains le croyaient, l’exigence de réformes libérales. Il était au contraire porté par le sentiment d’urgence que, sans une réaction vigoureuse de remise en ordre, la survie même du Parti à la tête de la Chine était menacée.
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Un sentiment d’urgence.
Outre que le brutal constat de la première partie du discours présidentiel du 16 octobre analysant la fragilité hésitante de l’appareil, était en partie exact, on se souviendra aussi que, coup sur coup, eurent lieu en 2008 et 2009, peu après l’accession de Xi Jinping aux marches du pouvoir au sein du Comité Permanent, les violentes révoltes des Tibétains et des Ouïghours contre les Han.
En 2008, l’effervescence qui s’empara du Tibet, château d’eau des grands fleuves asiatiques, qu’en 1959 Mao avait sans nuance mis au pas pour en faire un glacis stratégique, s’était même étendue à l’Ouest de la province du Sichuan. Si on se souvient qu’avec le Qinghai, le gouvernement Tibétains en exil rattache cette partie du Sichuan au « Grand Tibet », ancestral rival des Tang, on comprend que l’insurrection ait nourri le sentiment d’une menace existentielle. La crainte a encore été entretenue par la tragique épidémie des immolations par le feu de plus de 150 moines entre 2009 et 2011.
L’angoisse d’un péril majeur s’est encore renforcée l’année suivante. En 2009, au Xinjiang, la sanglante révolte contre les Han des Musulmans Ouïghours aujourd’hui réprimés sans nuance, diffusa dans l’appareil la crainte d’un autre risque de partition, cette fois aggravé par l’angoisse que se propage en Chine une contagion d’actions terroristes suicidaires.
Ce n’est pas tout. En 2011, une année avant son accession à la tête du parti au 18e Congrès, Xi Jinping fut mis en présence d’une autre menace structurelle ayant le potentiel de déliter l’appareil de l’intérieur. Le sociologue Zhang Muscheng que lui présenta son ami d’enfance le général Liu Yuan fils du président Liu Shaoqi martyrisé par Mao durant la révolution culturelle, le mit en effet en garde contre le fait que le « pouvoir du Parti était à vendre au plus offrant ». L’alerte explique à elle seule la brutalité de la lutte anti-corruption.
Menée à bien à partir de dénonciations anonymes, toujours sans l’assistance d’un avocat, ignorant l’indépendance de la justice, dérivant à l’occasion vers des règlements de compte politiques, elle mit gravement l’appareil sous tension.
Quatre millions de cadres furent touchés par ce nettoyage éthique mené au pas de charge. L’événement qui illustre le mieux l’ampleur et la violence de la campagne, fut l’arrestation diffusée par la télévision d’État du Général Xu Caihou, ancien commissaire politique de l’APL et ancien vice-président de la Commission Militaire Centrale, emmené par la Police Armée Populaire en 2014 de son lit de l’hôpital militaire 301 où il était soigné pour un cancer de la vessie dont il mourra un an plus tard.
Soudain la Chine et son image dans le monde ont changé.
Son équilibre intérieur où la tolérance à la corruption servait, malgré tous ses effets pervers, de « lubrifiant » aux réformes lancées par Deng Xiaoping qui libéra l’esprit d’entreprise des Chinois et leur sens du commerce, a été violemment bousculé (lire à ce sujet l’analyse de Deng Yuwen, ancien rédacteur adjoint du Journal Qiushi 求是 (Quête de vérité) de l’École Centrale du Parti : La nébuleuse disparate des opposants à Xi Jinping).
Sévèrement mise sous tension à l’intérieur, la Chine a également modifié sa relation au monde occidental.
Dans un article de « Foreign Policy », publié en août 2021 et intitulé : « La Chine tient tête à l’Amérique » David Shambaugh (69 ans) sinologue réputé, respecté par l’Appareil qui l’invitait souvent, ancien éditeur du « China Quaterly » publié par l’École anglaise des Études africaines et orientales de l’Université de Cambridge, analysait que la nouveauté n’était pas que Pékin et Washington nourrissaient des griefs réciproques dont beaucoup, désormais bien connus du grand public, étaient « systémiques » et très difficiles à surmonter.
« Le vrai changement, » disait-il était que le « Parti consolidé » exprimait un degré de confiance en soi, confinant à l’orgueil. Évacuant l’esprit de compromis, Pékin avait désormais adopté une posture de coercition, insistant pour que ses interlocuteurs se plient à ses exigences.
Conjuguée à la « diplomatie du loup guerrier » (lire : La Chine agressive et conquérante. Puissance, fragilités et contrefeux. Réflexion sur les risques de guerre), aux pressions économiques et aux mesures punitives contre nombre de ses interlocuteurs, cette nouvelle fermeté diplomatique de la Chine, confinant à la brutalité, souvent appuyée par des ultimatums, « montre », écrivait Shambaugh, « qu’un seuil a été franchi. ».
L’acmé de ce raidissement contre l’Occident et l’Amérique fut peut-être la rencontre sino-américaine d’Anchorage. Lire le § « La violence verbale des échanges publics » de : Il y a cinquante ans, le rêve d’Henry Kissinger. « Nous n’en sommes plus seulement à l’expression des désaccords courants en diplomatie, mais à la formulation permanente de mises en demeure. », concluait Shambaugh, qui aujourd’hui a abandonné l’espoir de se rendre en Chine.
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Quand Pékin et Moscou se retrouvent de manière opportuniste dans un défi qu’ils lancent à l’Amérique et à l’Occident, tandis que les relations extérieures de Pékin avec l’Ouest se tendent, alors même que, spéculant sur l’affaiblissement de la prévalence occidentale dans le monde, nombre de pays de l’ancien tiers-monde ou des « non alignés » tentent d’affirmer un contrepoids économique et surtout démographique face à l’Ouest, la question se pose de l’équilibre intérieur de la Chine, sous la règle brutale de Xi Jinping.
A force de promouvoir sa propre gloire, tournant le dos à la plus élémentaire modestie, au sein des élites, certains craignent que « le sauveur du Parti » qui transgresse les anciennes règles de succession, pourrait bien être celui qui aura déstabilisé l’appareil. Le 21 octobre, CNN se demandait si le plus grand risque pour la Chine n’était pas Xi Jinping lui-même.
En mars 2015, David Shambaugh signait dans le WSJ une analyse pessimiste intitulée « The coming chinese break-up », dont QC avait rendu compte en prenant soin de faire la part des choses : Risques de crise en Chine.
On pouvait y lire que : « Déterminé à ne pas être le Gorbachev chinois, Xi Jinping pourrait bien, par sa politique despotique qui met la société et le Parti sous tension, rapprocher le régime de sa chute ».
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ANNEXE.
Nouveau Comité Permanent. Priorité à la loyauté.
Le n°2 du régime est désormais Li Qiang 李强, 63 ans.
Membre du Comité Central et du Bureau Politique depuis le 19e Congrès alors au 15e rang protocolaire, Li était le n°1 du Parti à Shanghai, à la suite de Han Zheng. Titulaire d’un MBA d’administration de l’École Centrale du Parti il a été n°1 à Wenzhou, et, en 2005, membre du Comité Permanent du Zhejiang, sous les ordres de Xi Jinping quand celui-ci était à la tête de la province.
En 2011, il fut promu directeur des affaires juridiques, puis, l’année suivante, n°2 de la province. C’est un fidèle. En 2015, il faisait partie de la délégation de Xi Jinping en visite aux États-Unis. En juin 2016, il a été nommé n°1 au Jiangsu où il n’a fait qu’un court passage, avant d’être promu à Shanghai après le 19e Congrès en 2017.
Alors que dans la métropole de la modernité chinoise son étoile avait pâli, abîmée par la rigidité des confinements de la stratégie zéro-covid, sa nomination confirme l’assurance exprimée par Xi Jinping, lors de son discours d’ouverture. Au risque d’affaiblir l’économie, le choix de traquer le virus à la moindre alerte avait été décidé pour protéger la population chinoise.
n°3 : Zhao Leji 赵乐际, 65 ans.
Déjà membre du Comité Permanent dont il était le 6e membre, sa promotion récompense son action anti-corruption à la tête de la Commission Centrale de discipline depuis 2017.
Un des plus jeunes promus au Comité Central en 2002 à 45 ans et membre du Bureau Politique depuis 2012, cet ancien n°1 au Qinghai à seulement 46 ans (2003), diplômé de philosophie de Beida, est lui aussi d’une loyauté sans faille qui lui avait valu de prendre la tête de la Commission d’organisation du parti en 2012, poste stratégique de la très opaque gestion des ressources humaines de l’appareil.
n°4 : Wang Huning 王沪宁, 67 ans.
Ancien directeur depuis 2002 du Centre de recherches politiques du Comité Central, membre du Bureau Politique depuis 2012, intellectuel formé à Fudan, il a été l’éminence grise des n°1 chinois depuis Jiang Zemin. Fait exceptionnel pour un chercheur, il était depuis 2017 n°5 du régime. Sa promotion au 4e rang confirme son influence.
Idéologue du Parti, ayant étudié aux États-Unis, ce chercheur devenu homme politique est un intellectuel à la pensée complexe qui reconnaît volontiers la nécessité d’une justice indépendante, mais prône pour la Chine un régime autoritaire centralisé en attendant, dit-il, que les esprits soient prêts à accepter la démocratie.
Après avoir formalisé la théorie de « 3 représentativités 三个代表 » de Jiang Zemin, quadrature du cercle de l’intégration des entrepreneurs proto-capitalistes au sein d’un parti marxiste-léniniste, celle du « développement scientifique d’une société harmonieuse 和谐社会 » de Hu Jintao, il a puisé dans les archives de l’appareil pour remettre à l’honneur la théorie du « socialisme aux caractéristiques chinoises ».
Revisitée au profit de Xi Jinping, elle est en réalité un souverainisme de rejet des valeurs occidentales. Ayant étudié le français à Fudan, Wang tire son inspiration des pensées de souverainisme absolu du philosophe français du XVIe siècle Jean Bodin (1530 – 1596).
Dans ses réflexions d’une vaste portée nées durant les guerres de religions qui lui inspirèrent aussi l’impératif de tolérance, Bodin, monarchiste de droit divin, glosait sur « la puissance » sans partage et « éternelle » de l’exécutif ne souffrant aucune contestation. Lire : Wang Hunning, l’architecte « du rêve chinois. » Par Théophile Sourdille. (IRIS).
n°5 Cai Qi 菜奇, 67 ans.
N°1 à Pékin, membre du Comité Central et du Bureau Politique depuis le 19e Congrès, diplômé de sciences politiques de l’université normale du Fujian, Cai Qi faisait partie de l’entourage de Xi Jinping lors de leur expérience commune au Fujian à la fin des années 90 et à Hangzhou au Zhejiang de 2003 à 2007.
En 2014, deux années après son arrivée à la tête du parti, Xi Jinping l’avait appelé à Pékin pour en faire le n°2 de la Commission Nationale de Sécurité́ du Comité Central. Deux ans plus tard, il était nommé vice-maire de Pékin, puis maire à part entière en 2017.
Rares sont les fonctionnaires pouvant se targuer d’une promotion aussi rapide. En cinq années, il a gravi les échelons du pouvoir chinois du 25e et dernier rang du Bureau Politique en 2017, à la 5e place protocolaire de l’appareil en 2022. Nul doute qu’il doit cette ascension fulgurante à son indéfectible loyauté à Xi Jinping
n°6 Ding Xuexiang, 丁薛祥60 ans.
Shanghaïen, membre depuis 2017 du Comité Central, Ding plus jeune et probablement l’un des plus consciencieux apparatchiks du régime, faisait partie de l’administration de la municipalité de Shanghai où il était chef de cabinet en 2006, lors de l’éphémère passage de Xi Jinping chargé de l’enquête sur la corruption Chen Liangyu. L’année suivante, il était promu n°1 de la municipalité.
De 2013 à 2017, il était l’adjoint de Li Zhanshu au secrétariat du Comité Central et un des plus proches collaborateurs de Xi Jinping. Quand en 2017, Li a pris la tête de l’ANP, il l’a remplacé à la direction du secrétariat du Comité Central, cheville ouvrière administrative du Parti. Depuis 2017, il était déjà n°8 du Bureau Politique.
n°7 Li Xi 李希 66 ans.
Membre du Comité Central depuis 2012, gouverneur par intérim du Liaoning, puis n°1 de la province de 2014 à 2017, Li est un proche de Xi Jinping depuis qu’il était membre du Comité Permanent de Yan’an au Shaanxi de 2006 à 2011.
Durant le bref passage de Xi Jinping à Shanghai en 2007, le futur Président l’avait convié à visiter la métropole de l’Est à la tête d’une délégation du Shaanxi. Après quoi, en 2011, Li Xi fut affecté à Shanghai à la direction du département de l’Organisation du Parti.
Deux ans plus tard, en 2013, il était promu n°2 à Shanghai, avant d’être nommé l’année suivant au Liaoning. Promu au Bureau Politique par le 19e Congrès, il avait été aussitôt placé à la tête de la province du Guangdong, à la suite de Hu Chunhua aujourd’hui, chassé de la tête du régime. Il est probable qu’il remplacera Zhao Leji à la tête de la Commission Centrale de discipline de l’appareil.
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