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Freinage. Causes structurelles ou effets de mauvais choix politiques. Doutes sur la stratégie de rupture avec la Chine
Les 17 et 18 octobre, alors qu’au Moyen-Orient le conflit israélo-palestinien menace d’enflammer la région, Pékin a, dix années après le lancement au Kazakhstan des Nouvelles Routes de la soie (lire : Omniprésence des « nouvelles routes de la soie. ») organisé ce que l’appareil a qualifié « d’événement diplomatique le plus important de l’année » qui accueillait 140 invités étrangers de haut rang dont Vladimir Poutine.
Dans ce contexte, marqué à la fois par la nécessité de dresser le bilan du très emblématique projet global des Nouvelles Routes de la soie et d’en relancer la dynamique, l’état de l’économie chinoise reste marqué par ses nouvelles constantes.
1. Au milieu du brouillage des élans de confiance depuis les cafouillages de la sortie des confinements Covid-19 de l’automne 2020, le freinage structurel de la croissance avec la conséquence de la montée du chômage ;
2. L’inquiétude latente créée par la déshérence du secteur immobilier que l’appareil hésite à soutenir tout en craignant les conséquences d’un effondrement brutal ;
3. Conséquence indirecte du marasme immobilier, l’accumulation de dettes des administrations locales aggravées par l’assèchement de leurs ressources foncières, pourrait menacer la stabilité financière des banques les plus exposées.
Pour l’instant, l’un des indices les plus visibles des difficultés financières des bureaucraties locales est la baisse des salaires des fonctionnaires.
Confiance et consommation en berne ; essais de relance et marasme immobilier.
Baisse de la confiance et relâchement du contrôle des capitaux.
Alors que, sans être catastrophique, la confiance générale des investisseurs étrangers est en baisse - selon une enquête récente de la chambre de commerce américaine seulement 52% des hommes d’affaires interrogés se disaient « optimistes » contre 78% en 2021 -, à la fin septembre et pour la première fois depuis 2008, le gouvernement inquiet de la baisse de la demande intérieure et de la contraction des IDE – en chute brutale de 344 Mds de $ en 2021 à 180 Mds de $ en 2022, a partiellement relâché son dispositif de contrôle des capitaux.
A Shanghai et Pékin, la mesure autorise les étrangers, y compris ceux originaires de Hong-Kong, Macao et Taiwan à rapatrier leurs bénéfices hors de Chine. En même temps, ils sont encouragés à investir dans les industries manufacturières, les énergies vertes et les secteurs « high-tech » haut de gamme, secteur par ailleurs soumis à un puissant embargo américain.
L’ajustement était accompagné d’une claire politique de relance qui réduisit les taux d’intérêt, annula les restrictions à l’achat d’appartements et autorisa à nouveau les gouvernements locaux à emprunter pour les investissements d’infrastructure.
Un insistant marasme immobilier.
Le 12 octobre, deux semaines après la mise en examen de Xu Jiayin, PDG d’Overgrande (lire : Chute de « l’empereur » Xu Jiayin et « brigandage organisé » au festival de Nanyang), son rival, le promoteur immobilier Country Garden, au passif comptable de 200 Mds de $, avec des dettes évaluées à 10 Mds $, soient tout de même 30 fois moins que celles d’Evergrande et, jusque-là, considéré en bonne santé financière, a manqué l’échéance de paiement de 60 millions de $ à ses créanciers.
Surtout, par un communiqué à la bourse de Hong-Kong, il prévenait qu’il ne serait pas en mesure de rembourser tous ses prêteurs, même ceux qui lui avaient déjà accordé un délai de grâce.
La consommation stagne.
Selon les données combinées des administrations des douanes et du tourisme, la consommation de la « semaine d’or » de la fête nationale n’a pas été à la hauteur des attentes. Avec 826 millions de voyages du 1er au 6 octobre, soit +4,1% par rapport à 2019, les dépenses des touristes n’ont atteint que 753 Mds de Yuan soit 30 Mds de Yuan de moins que les prévisions.
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Au total, s’il est vrai que selon le Bureau National des Statistiques, début octobre, l’indicateur d’achat du secteur manufacturier était revenu à 50,2 contre 49,7 en août, première hausse depuis mars (Au passage, celui des services, revenu au-dessus de 50 depuis janvier 2023, est en baisse régulière depuis mai 2023. En septembre, il était à 51,7 contre 57,9 en mars 2023), il n’en reste pas moins que le rebond post-pandémique s’est estompé, que les consommateurs sont devenus plus prudents et que la crise immobilière continue à peser lourdement sur l’activité.
Pour Michael Pettis « Les dommages croissants causés aux bilans des banques par l’effondrement de l’immobilier pourraient également rendre plus difficile la stabilisation d’autres pans de l’économie ».
Il estime en effet que le marasme immobilier met en effet en danger les banques dont le bilan des créances en cours a, selon la société Gavekal (société de services financiers - études de marchés d’investissements, gestions de fonds, création de portefeuilles d’investissements, New-York, Paris et Londres) atteint 3400 Mds de Yuan – 460 Mds de $ -) de dettes commerciales dues aux fournisseurs.
En résumé, selon Pettis, les tensions actuelles sur l’économie prennent racine dans l’absence de réformes structurelles dont le but devrait être un partage de la richesse plus équitable grâce à une meilleure efficacité des filets sociaux (remboursement des soins de santé, retraites), mais que le pouvoir qui craint l’affaiblissement de sa prévalence politique, ne conduit pas avec assez de détermination.
La conséquence est la persistance des inégalités. Même si elle est en baisse constante depuis 1990, selon la banque mondiale, la part de la population vivant avec moins de 5,50 $ par jour est voisine de 24%, soit 325 millions de chinois.
Le défaut de reformes structurelles perpétue les anciens moteurs de la croissance, que sont les investissements d’infrastructure dont la rentabilité devient aléatoire et l’export, générateur d’un fort excédent commercial, mais à la fois très dépendant de la situation internationale et symptôme du déséquilibre de la situation intérieure marquée par la faible part de la consommation dans le PIB.
Plus généralement, dans un récent « article débat » publié dans « Foreign Affairs », le 3 octobre (lire : « Who killed the chinese economy ? », payant) Pettis confronte à deux autres analystes, sa théorie expliquant le freinage de l’économie par l’absence de réformes structurelles de fond.
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Zhongyuan Zoe Liu. Les effets néfastes de l’agressivité chinoise.
Originaire du Shandong, Docteur en relations internationales de l’Université John Hopkins Liu suggère un argument hors économie en expliquant la chute générale de confiance au sein de l’opinion chinoise par les retours de flamme provoqués par le sentiment de défiance diffusé en Occident par l’agressivité internationale de la Chine.
« De nombreux observateurs de la Chine sous-estiment à quel point la dégradation de la confiance occidentale dans la Chine a négativement affecté la volonté des Chinois de dépenser et de prendre des risques économiques. » En d’autres termes, dit-elle, « le pessimisme avec lequel l’étranger considère la Chine contribue à la perte massive de confiance de la population chinoise. »
Elle ajoute « Au fond, Xi Jinping [dont elle considère que la gouvernance est un échec] n’a pas construit la bombe à retardement de l’économie chinoise, mais il en a dramatiquement raccourci la mèche ».
Après quoi, elle exprime un point de vue qui mérite attention.
Rarement évoquée à propos des risques de conflit dans le détroit de Taïwan, elle met en doute la disponibilité indéfectible des familles chinoises à prendre le risque de sacrifier leur enfant unique dans un affrontement militaire dans le Détroit.
En substance, dit-elle « en augmentant l’activité militaire autour de Taiwan, Xi Jinping a alimenté la funeste perception qu’un conflit armé serait inévitable. » Mais selon elle, peu de familles de la génération de l’enfant unique seraient prêtes à prendre ce risque.
Au passage, sa perception, probablement juste, rejoint les conclusions de la longue enquête de terrain réalisée par deux enseignants chercheurs de Stanford d’origine chinoise, dont Jean-Paul Yacine avait rendu compte en mars dernier. Lire : Plongée dans le secret de l’opinion publique chinoise :
« S’il est exact que les sentiments patriotiques sont répandus, la majorité de l’opinion n’en soutiendrait par pour autant une déclaration de guerre. »
Adam S. Posen. Critique des politiques de « rupture »
Dans « The end of the China economic miracle », publié le 2 aout 2023, Adam S. Posen, Docteur en économie de Harvard estime que les actuelles difficultés sont la conséquence des erreurs de Xi Jinping, ayant augmenté les interférences du Parti dans le système économique chinois.
En même temps, il critique la stratégie américaine de rupture avec la Chine qui, selon lui, renforce et conforte l’autocratie du Parti communiste chinois dont la propagande tire profit de l’ostracisme infligé à la Chine pour légitimer le nationalisme anti-occidental des « caractéristiques chinoises. »
En substance, plus que le virus, le durcissement autoritaire de Xi Jinping depuis le début de la pandémie, est une des causes du freinage économique provoqué par le réflexe de défiance publique à un extrême interventionnisme ayant affaibli le dynamisme général de l’économie.
A l’appui de sa thèse, Posen cite la mise au pas de Jack Ma puni pour avoir critiqué le système financier chinois et la brutalité inouïe des confinements qu’il interprète comme le symptôme d’un autoritarisme débridé, que certains intellectuels chinois ont comparé à une « campagne d’enfermement de masse » dont le premier effet fut de détruire la confiance et d’installer la peur durable de l’arbitraire.
Par conséquent, dit Posen, le secteur privé chinois épargne davantage, investit moins et prend moins de risques, tandis que, plombé par la défiance, la machine économique est moins sensible aux politiques de relance. Parallèlement, la capacité du gouvernement à piloter l’économie et à la protéger des chocs macroéconomiques diminue.
« Conscients qu’une politique donnée peut être appliquée arbitrairement, mise en œuvre un jour et annulée le lendemain, les acteurs deviennent moins sensibles aux plans de relance. » (…)
(...) « Les résultats probables seront une économie plus volatile - conséquence de la baisse de l’efficacité des mesures macroéconomiques devenues incapables d’inciter les ménages et les petites entreprises à compenser les ralentissements - et une dette publique plus importante - car il faudra davantage de mesures de relance budgétaire pour obtenir l’impact souhaité -. » (...)
« Ces facteurs qui réduisent la productivité des investissements et exercent une pression sur le secteur privé, tirent mécaniquement la croissance économique vers le bas. »
Mais l’originalité des vues de Posen est qu’elles suggèrent de mettre fin aux actuelles politiques de rupture avec la Chine menées à Washington par consensus bipartisan. Prenant l’exemple du deuxième conflit mondial et de la guerre froide, il rappelle que ce sont les politiques d’ouverture qui triomphèrent des régimes autocrates.
Pour lui « la levée des barrières aux flux vers l’Amérique des talents et des capitaux chinois ne porterait pas atteinte à la prospérité ou à la sécurité nationale des États-Unis. En revanche en offrant une alternative libérale, elle rendrait plus difficile pour Pékin le maintien d’une croissance économique à la fois stable, autonome et sous le contrôle strict du parti. » (…)
« Comparée à la stratégie actuelle des États-Unis à l’égard de la Chine, plus conflictuelle, à la fois restrictive et punitive, la nouvelle approche [d’ouverture] réduirait le risque d’une dangereuse escalade entre Washington et Pékin et celui des divisions entre les alliés des États-Unis et les économies en développement. ».
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