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Le G7 au Québec et l’OCS à Qingdao, les deux pôles rivaux du monde

Omniprésence des « nouvelles routes de la soie. »

Depuis 2013, Xi Jinping n’a cessé de faire la promotion des nouvelles routes de la soie devenues l’emblème de la politique étrangère de la Chine. Pour lui, qui tente de rallier le maximum d’adhésion au projet, les routes de la soie et la banque d’infrastructures sont « des initiatives ouvertes où les investissements de tous les pays amis d’Asie et d’ailleurs sont les bienvenus. »


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Depuis leur lancement le 7 septembre 2013 à Astana, par un discours de Xi Jinping à l’université Nazarbayev, repris un mois plus tard devant le parlement indonésien, et régulièrement répété devant les partenaires de l’ASEAN en 2014, au forum de Boao en mars 2015 et un mois plus tard à Islamabad, la même année en novembre au forum de l’APEC aux Philippines, en janvier 2016 à Pékin devant les actionnaire de la Banque des Infrastructures (lire : L’élan global de la monnaie chinoise, craintes américaines et perspectives.), au Caire et en Uzbekistan, les discours de Xi Jinping sur « les nouvelles routes de la soie », devenues l’emblème symbolique de la politique étrangère chinoise constituent l’une des seules trames opérationnelles et concrètes des réunions de l’OCS, dont il est important de signaler au passage – coup de pied de l’âne – que l’organisation a rejeté les demandes d’adhésion de Tokyo et Washington.

L’édifante référence à Confucius.

En appelant Confucius à la rescousse, le régime chinois réveille la longue histoire du pays, conforte par les références à l’harmonie ses discours sur l’apaisement du « despotisme éclairé » dont il se réclame et conforte son pouvoir.


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Quant aux « caractéristiques chinoises », à Qingdao, Xi Jinping les a enracinées dans la longue histoire de la pensée antique articulée à la séduction de « l’harmonie » confucéenne, dont l’image apaisante, mais tronquée [1], tranche non seulement avec les actuelles turbulences provoquées par les stratégies de Washington, mais également avec les tensions nées les luttes politiques dans un paysage occidental où l’idée même de démocratie semble avoir atteint une limite, malmenée par les intrusions des réseaux sociaux, l’avalanche des commentaires, l’affaiblissement des parlements, le déclin du sens de la responsabilité collective et le refus de l’autorité prôné par le résurgence de groupes anarchistes.

Ainsi, durant les cérémonies à Qingdao, sont apparues, affichées sur écran géant, les ancestrales maximes tirées des « Entretiens de Confucius » dont la plus importante était extraite du verset 11 : 子曰 (zi yue le Maître dit) : 温故 而 知新 可以 为 师 矣 wengu er zhixin keyi wsi shi yi. De nombreuses traductions ont été proposées de cet aphorisme resté célèbre. Peut-être la plus adaptée au présent serait « Éclairer le présent en s’inspirant des leçons du passé, c’est là le magistère à suivre. ».

Au XIXe siècle, le Jésuite français Séraphin Couvreur avait proposé : « celui qui repasse dans son esprit ce qu’il sait déjà et, par ce moyen, acquiert de nouvelles connaissances pourra bientôt enseigner aux autres ». Tout le monde reconnaîtra dans les derniers mots de l’aphorisme la prétention de Pékin exprimée au 19e Congrès de proposer au monde un modèle de développement et de gouvernement global inspirés de sa longue histoire.

Wang Yi au 19e Congrès : « Les “nouvelles routes de la soie“ sont la plus vaste et la plus efficace plateforme de coopération internationale », faisant de Pékin « la force la plus active pour l’instauration d’une gouvernance globale propre à résoudre les défis du monde ».

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Nous le voyons, contrastant avec les ruptures françaises où l’identification du pays à la République semble laisser sur le bord de la route la longue histoire de la France, la pensée politique chinoise reste directement attachée à l’antique mémoire écrite du pays dont elle tire l’énergie de sa marche en avant.

Que le régime chinois s’écartant des préceptes politiques occidentaux veuille rassembler autour de lui des appuis capables de faire contrepoids aux États-Unis et à l’Occident est une évidence qui saute aux yeux. Mais il n’est pas certain que le ralliement en cours baigne à ce point dans l’harmonie.

Fractures.

Les tensions restent vives entre l’Inde et le Pakistan. Ici le poste frontière de Wagah au Penjab.


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La réalité est qu’en sous-main et en dépit des belles paroles, continuent à bouillir la rivalité mal éteinte entre la Chine et l’Inde (New-Delhi refuse toujours de cautionner les « nouvelles routes de la soie » au prétexte que les projets chinois au Pakistan empiètent sur le territoire du Cachemire revendiqué par l’Inde) et celles, plus féroces entre New-Delhi et Islamabad.

Alors que l’Inde reproche au Pakistan la faiblesse de ses actions anti-terroristes, la meilleure preuve des tensions entre les deux fut qu’au cours du sommet, Narendra Modi et le président pakistanais Mammon Hussain voisins et frères ennemis d’une histoire violente et tragique marquée par les affres de compulsives tensions religieuses se sont contentés de se serrer la main pour la photo, mais n’ont pas tenu de réunion bilatérale comme Modi l’a fait avec Xi Jinping, Poutine et Nazarbayev du Kazakhstan.

Le 12 juin, Catherine Putz, rédactrice en chef du magazine « The Diplomat », spécialiste de la Russie et de l’Asie Centrale résumait cette situation en notant que « l’Occident était peut-être en chute libre, mais l’OCS n’était pas encore en mesure de prendre sa place. Les deux sommets de Qingdao et du Québec, tenus presque en même temps suggèrent en effet des comparaisons faciles où contrastent le ton et les angles de vue. L’impression est certes celle d’un ordre occidental fracturé face à une Asie affirmant sa cohésion. »

« Mais alors que les dissonances à l’Ouest sont flagrantes provoquées par l’abdication globale de Washington, les mêmes disparités sont à l’œuvre en Asie à plusieurs niveaux. L’OCS survivra t-elle à un conflit direct entre la Pakistan et l’Inde ou à de nouvelles tensions entre New-Delhi et Pékin. »

Ajoutons, encore avec Catherine Putz, que les efforts de Xi Jinping pour rallier le plus possible de convives à sa table, à condition de continuer à la présider par le truchement des « nouvelles routes de la soie » et des « caractéristiques chinoises » pourrait à la longue réveiller les méfiances russes.

Enfin, s’il est vrai que, pour l’heure, le ciment de la proximité entre Moscou et Pékin se brasse dans la contestation de Washington, il est aussi exact que pour la Chine, comme pour la Russie, c’est l’Amérique qui est le point focal de leur politique étrangère.

Notes :

[1La philosophie confucéenne, essentiellement un pari humaniste plein de sagesse morale édifiante sur l’essence vertueuse de l’homme et sa capacité à se bonifier par l’étude, spécule il est vrai sur l’harmonie, articulée au respect de l’autre y compris de la part des souverains. Il reste que sa philosophie sociale reste ancrée à l’obéissance des sujets au souverain, comme celle des enfants au patriarche.

Devenue un philosophie d’État en Chine pendant la dynastie Han, puis renouvelée par les néo-confucianistes et les apports taoïstes, la pensée commentée du Maître a, de proche en proche, modelé une mystique qui dure encore, accréditant l’idée que « l’ordre impérial était conforme à celui de l’Univers, depuis l’origine et pour tous les temps ».

Cette vision donne au pouvoir, opportunément appuyé par la pensée confucéenne recrutée pour l’occasion, une légitimité éternelle et d’autant plus indiscutable qu’elle est décrite comme conforme à l’ordre naturel des choses. La légitimité innée du pouvoir, empreint de sagesse et de philosophique bonté est également le message subliminal contenu dans le mouvement de retour aux études classiques, dont l’actuel régime assure la promotion, renforçant par là même l’idée du Parti qu’il est le seul à pouvoir diriger la Chine.


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