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›› Chronique

La longue saga de la mise au pas de Hong Kong

Déployé le 19 novembre par des activistes du mouvement démocrate devant le tribunal de Kowloon, le panneau « 義 人 得 生 惡 人 必 亡 - Yi Ren De Sheng, E Ren Bi Wang - Les Justes vivront, les malveillants périront – énonce sur la justice de la RAS, désormais contrôlée par le Continent, un jugement moral condamnant les procédures judiciaires en cours. Préoccupé par sa souveraineté inflexible sur la R.A.S dont l’histoire porte la mémoire des humiliations subies par l’Empire Qing au XIXe siècle, l’appareil communiste considère le mouvement démocrate d’abord comme une ingérence malfaisante de l’Occident (Hong Kong free press).


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Cinq ans après les émeutes de 2019, terminées par une sévère mise au pas de l’ancienne colonie britannique désormais muselée par la loi sur la sécurité nationale sous la férule de John Lee (lire : Un policier inflexible à la tête de Hong Kong), Pékin règle ses comptes judiciaires avec les meneurs des soulèvements qui donnèrent lieu à une longue suite de destructions et de violences (lire : Hong Kong : la défiance s’aggrave. A la détermination des émeutiers, Pékin répond par la menace militaire et suggère une fermeté inflexible).

Avec en arrière-plan la réalité que la R.A.S reste pour l’appareil la cicatrice, symbole territorial douloureux des traité inégaux qui amputèrent la souveraineté de l’Empire (l’île de Hongkong et la péninsule de Kowloon, cédées à perpétuité en 1842 et 1860 ; les Nouveaux Territoires cédés à bail pour 99 ans en 1898), la justice du territoire qui a la dent dure, a condamné à la prison ferme les activistes de la mouvance démocrate accusés de subversion et d’atteinte à la sécurité de l’État.

Le 19 novembre dernier, dans le pur style révolutionnaire des procès collectifs scellant dans la forme et dans le fond, la rupture définitive avec le Droit et l’illusion que la R.A.S perpétue « Les deux systèmes » (lire : La justice aux « caractéristiques chinoises » au service de la politique intérieure et de la diplomatie des otages), 47 militants démocrates ont, à deux exceptions près, été condamnés à des peines de prison ferme.

Selon le pouvoir autocrate de l’appareil communiste, leur crime, est d’avoir en juillet 2020 organisé une élection primaire non officielle destinée à sélectionner les candidats de la mouvance démocrate pour lui donner la meilleure chance de conquérir la majorité au Conseil Législatif « Legco », le parlement du Territoire.

Prison ferme.

Benny Tai 戴 耀 廷 – Dai Yao Ting -, 64 ans, juriste, militant emblématique pour la promotion dans la R.A.S du suffrage universel direct sans interférence du pouvoir de Pékin, un des organisateurs en 2013 – 2014 du Mouvement « Occupy Central with love and peace » est considéré par Pékin comme un des responsables des désordres de 2019. Il a écopé de dix ans de prison, la peine la plus lourde énoncée à ce jour par le tribunal (photo AFP).


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Parmi les exemples les plus représentatifs, c’est le juriste Benny Tai 戴 耀 廷 – Dai Yao Ting -, 64 ans cette année, célèbre depuis l’épisode de « Occupy Central with Love and Peace (讓愛與和平佔領中環) » en 2014, accusé d’avoir été le « cerveau et le principal responsable des émeutes » condamné à 10 ans de prison, qui a écopé de la sanction la plus lourde ;

Gwyneth Ho, 何桂藍, 34 ans, journaliste, formée à Hong Kong au collège Ho Feng, surgeon asiatique de la prestigieuse université d’Amsterdam fondée en 1632, référence mondiale en Droit, Administration publique, Sciences politiques et Psychologie, a écopé de 7 ans de prison pour avoir diffusé en direct le déroulement des émeutes.

L’ancien député, membre du « Legco » Leung Kwok-hung, 梁國雄 surnommé « Longs cheveux » (長毛), 68 ans, célèbre pour l’insistance de ses plaidoyers en faveur de la démocratie dans la R.A.S, après avoir été militant syndicaliste maoïste puis trotskyste au milieu des années 1970, a été condamné à 6 ans et 9 mois ;

Joshua Wong 黃之鋒, 28 ans, l’étudiant activiste, fondateur du mouvement indépendantiste « Demositō » [1] avec Nathan Law 羅 冠 聰, 31 ans, réfugié à Londres depuis 2020, (lire : A Hong Kong, la longue rancœur de l’appareil contre Nathan Law) a été condamné à 4 ans et 6 mois.

Claudia Mo, 毛孟靜, 67 ans, comme Gwyneth Ho, ancienne journaliste du « Standard », tabloïd populiste, concurrent du South China Morning Post, formée à l’Université Carleton d’Ottawa, devenue législateur membre du Legco, élue en 2012 et en 2016, a écopé de 4 ans et 2 mois, sous l’accusation de subversion et d’atteinte à la sécurité de l’État qui pesait sans discernement sur la tête des 45 condamnés.

Pour autant deux anciens conseillers de district avaient déjà été relaxés par la Cour en mai dernier. Lawrence Lau, 劉遵義, 79 ans, formé à Berkeley, ancien professeur d’économie à Stanford, qui fut une des « éminences grises » de l’exécutif de la R.A.S de 2009 à 2012 ; et Lee Yue-shun 李予信, 31 ans, ancien membre du parti des droits civiques, impliqué dans l’aide sociale au profit de la jeunesse à risques [2].

Dans le prononcé de la sentence les juges ont fait référence aux élections de districts du 24 novembre 2019, principal chef d’accusation pesant sur les prévenus, qui les avaient organisées comme une « primaire » sans écrémage préalable de l’appareil, en amont du renouvellement des 452 sièges au suffrage universel.

Chiffon rouge pour Pékin, le scrutin libre auxquels avaient participé 71,2% des 4 millions d’inscrits fut un raz-de-marée qui attribua 344 sièges sur 452 (76%) aux Démocrates qui contrôlaient ainsi la majorité des sièges mis aux voix dans 17 des 18 districts.

Pour Pékin, le nouveau rapport de forces en faveur des démocrates modifiait dangereusement le collège électoral chargé de la désignation du Gouverneur.

Pour la Cour, qui craint l’expression populaire au suffrage universel non manipulé – dont il faut rappeler qu’il n’a jamais existé sous la règle britannique - « l’élection de 2019 équivalait à un plan massif et bien organisé visant à renverser le gouvernement de Hong Kong ».

Tout est dit, l’idéal de démocratie directe des prévenus enthousiasmés dans les rues de Hong Kong en 2019 jusqu’à la violence physique, percutait de plein fouet l’exigence de Xi Jinping et de l’appareil de contrôler la R.A.S, sans lui laisser la moindre respiration de démocratique directe.

Le Président avait en effet perçu que, poussée à ses limites, la liberté du scrutin portait le risque inacceptable pour n’importe quel dirigeant chinois d’une sécession dont l’idée était véhiculée par les militants radicaux du mouvement Demositō qui réclamaient un référendum en 2047 lors de la rétrocession complète du Territoire.

Autrement dit, pour Xi Jinping, il devenait évident que le suffrage universel d’expression libre pourrait menacer l’appartenance de Hong Kong à la Chine.

Mise en garde souverainiste de Xi Jinping.

Le 1er Juillet 2017, Xi Jinping était à Hong Kong pour saluer Carie Lam, nouvelle tête de l’exécutif de la R.A.S et célébrer le 20e anniversaire de la rétrocession. A cette occasion, il avait clairement rappelé que Pékin ne tolèrerait jamais une remise en cause de la souveraineté de la Chine sur l’ancienne colonie britannique (photo : gouvernement de Hong Kong).


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En juillet 2017, venu à Hong Kong deux années avant les émeutes, avec le double objectif de présider aux festivités du 20e anniversaire de la rétrocession de la colonie britannique et d’investir Carrie Lam, nouveau gouverneur de la R.A.S, tout juste élue, Xi Jinping avait marqué sans ambiguïté la position de Pékin à l’égard des menaces de séparatisme et d’infiltration subversive dans l’architecture interne du pouvoir chinois.

« Toute atteinte à la souveraineté et à la sécurité nationales, 任何 危害 国家 主权 安全 défiant 挑战 le gouvernement central 中央 权利 et l’autorité de la loi fondamentale, 基本 法 ou ayant pour but de mener, par le truchement de Hong Kong, des opérations d’infiltration ou de sabotage à l’intérieur du Continent, 进行 渗透 破坏 的 活动 franchirait « toucherait » 触碰– chu peng - la limite extrême 底线 de ce qui est permis et ne sera pas accepté 都是 绝 不能 允许的 ».

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Un dispositif légal anti-démocratique de resserrement politique.

Le réformes institutionnelles mises en œuvre depuis 2017 ont réduit le concept « Un pays deux systèmes » à un simple argument d’affichage politique sans substance réelle.


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Depuis l’alerte de 2017, Pékin a mis en place de profondes réformes institutionnelles destinées à éviter de nouvelles surprises.

Désormais la législature de la R.A.S, « Legco » au sein de laquelle les 45 condamnés avaient le projet de se donner les meilleures chances d’obtenir par les urnes la majorité par l’organisation d’une primaire, comprend par construction plus de Loyalistes pro-Pékin que des Démocrates.

Seuls 20 sièges sur les 90 membres du Conseil législatif élargi sont ouverts au vote du suffrage universel direct. Parallèlement, un collège électoral pro-Pékin est chargé d’élire 40 autres membres, tandis que le reste des parlementaires est élu par des groupes professionnels dont la plupart sont aussi de tendance pro-Pékin.

Enfin, avant d’autoriser les candidats à se présenter aux suffrages, une commission de contrôle examine leur loyauté patriotique. Ce dispositif d’écrémage idéologique se double d’un durcissement sécuritaire adopté à la volée au printemps dernier.

En mars 2024, le Legco a, en seulement 11 jours, voté à l’unanimité et dans l’urgence sans débat contradictoire, une deuxième loi sur la sécurité nationale, élargie aux actes de trahison, d’espionnage, d’ingérence extérieure et de traitement illégal des secrets d’État.

Pour John Burns, professeur de droit et d’administration publique à l’Université de Hong Kong, Docteur en sciences politiques de l’Université de Berkeley, les réformes ont à la fois réduit l’autonomie de la R.A.S par rapport à Pékin et la participation des citoyens à la politique, à laquelle les Hongkongais pouvaient prétendre dans le cadre des « Deux systèmes ».

Sans surprise à Pékin et à Hong Kong les autorités de l’appareil estiment que l’élimination des trublions de l’opposition systématiquement opposés au pouvoir manifestant dans les rues pour un vaste éventail de causes diverses, dont le droit du travail et la démocratie, a notablement amélioré l’efficacité de l’exécutif.

À la récente suggestion d’un ministre de tolérer la respiration politique des manifestations de rues pour attester de l’esprit inclusif du pouvoir et améliorer la réputation internationale de la R.A.S, le Gouverneur John Lee a répondu en substance que, la tolérance au désordre ne saurait être le signe unique de l’esprit d’inclusion. « Il existe de nombreuses façons d’exprimer une opinion, par exemple à travers des séminaires ».

Après le « tout venant » du procès de masse des 45 mis en scène par la justice de Hong Kong, désormais aux ordres de Pékin, les juges de la R.A.S se sont concentrés sur le cas de Jimmy Lai, 黎智英, 77 ans.

Le symbole sulfureux de Jimmy Lai.

Jimmy Lai devenu le symbole démocratique de la liberté et de la résistance à Pékin, risque la prison à vie (photo AFP & VERNON YUEN).


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Fondateur de la chaîne de magasins d’habillement Giordano et magnat de la presse de la R.A.S, inflexible avocat de la liberté des médias, fervent militant anti-Pékin du mouvement démocrate, l’homme d’affaires devenu un symbole politique est désormais la cible publique la plus emblématique de l’Appareil.

Compte tenu des charges de sédition et de soutien financier et logistique aux émeutes de 2019 qui pèsent sur lui, il risque la prison à vie (lire notre article de mars qui rendait compte de sa comparution devant la Cour de dernier appel de Kowloo-est en mai dernier : A Hong-Kong, l’inflexible priorité à la sécurité nationale a remplacé la souplesse des « Deux systèmes. »).

Alors que le fondateur en 1995 du média indépendant Apple Daily 苹果 日报, interdit en Chine et désormais fermé dans la R.A.S depuis 2021, plaide non coupable, Jimmy Lai est accusé de deux conspirations.

La première « en vue d’une collusion avec des forces étrangères 與境外勢力勾結 » contrevenant à la loi sur la sécurité nationale 国安法 promulguée par John Lee en 2020 ; La seconde « en vue de publier 發布 des documents séditieux - 煽動文件 », dont, ironie de la situation, la racine date de la colonisation britannique.

En réalité, précise « The Guardian », cité par « Courrier International » les « documents séditieux » et « la collusion avec les forces étrangères » ne renvoient « qu’a ses diverses apparitions dans les médias et sur les réseaux sociaux, ainsi qu’aux plus de 160 articles qu’il a signés en soutien aux manifestations de 2019 où il critiquait souvent le pouvoir à Pékin ».

La Radiotélévision publique (RTHK) devenue la chaîne de propagande du pouvoir central relaye les déclarations Lin Jian, porte-parole à Pékin qui répète l’accusation publique : « Jimmy Lai est à la fois le principal planificateur et le participant du chaos antichinois à Hong Kong, en même temps qu’un agent et un pion des mouvements antichinois. ».

Le commentateur de la chaîne ajoute : « Personne ne peut se livrer à des activités illégales 非法活動 sous la bannière de la liberté 打著自由的旗號 et tenter d’échapper 並試圖逃避 aux sanctions de la justice 正義的製裁. »

A l’audience du 20 novembre Lai a défendu son point de vue. « Nous partons du principe que toute personne à qui l’on donne la liberté de s’exprimer devrait pouvoir faire la promotions les valeurs fondamentales de Hong Kong qui sont l’État de droit, la recherche de la démocratie, de la liberté d’expression, de religion et de réunion. »

Quant aux accusations collusion avec l’étranger, « Courrier International » cite le Quotidien singapourien “L’Union du Matin 聯合早報 – Lianhe zaobao” très lu à Pékin pour rendre compte qu’à l’audience du 20 novembre, Jimmy Lai a nié « avoir tenté d’influencer la politique étrangère des États-Unis et d’autres pays envers la Chine continentale et Hong Kong ».

Lai répondait à une juridiction d’exception composé de trois juges spécialement désignés pour des affaires liées à la sécurité nationale qui le questionnaient sur ses relations avec Donald Trump, son Vice-président Mike Pence et avec la Présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen.

Washington et Donald Trump s’en mêlent.

Alors que l’homme d’affaires comparait devant la cour de dernier appel de Kowloon-Ouest, face à un système politico-judiciaire dont l’affichage d’obédience aux droits est contredit par la réalité même de la situation politique (lire A Hong-Kong, l’inflexible priorité à la sécurité nationale a remplacé la souplesse des « Deux systèmes. »), la situation à Hong Kong percute les tensions sino-américaines.

Au milieu des appels des parlements de l’UE et du Royaume-Uni qui réclament « la libération immédiate de Jimmy Lai », ce dernier, citoyen britannique, détenu depuis trois ans, est devenu une des priorités du Premier Ministre Keir Starmer, inquiet de son état de santé. Washington et Donald Trump ne sont pas en reste.

Alors que le Gouverneur John Lee est depuis 2020 avec plusieurs autres responsables de la RAS et dirigeants Chinois, sous le coup de sanctions américaines pour avoir « détruit les libertés dans la R.A.S », Donald Trump, le président élu, avait, durant la campagne, promis de faire libérer Jimmy Lai. « J’en suis certain, je le ferai sortir » avait-il dit, cité par Courrier International.

Note(s) :

[1Inacceptable chiffon rouge pour Pékin, la plateforme politique de « Demosistõ » née du syndicalisme politique étudiant qui protestait contre la mise aux normes des études par « l’éducation morale & nationale - 德育及国民敎育 » comportait une revendication d’autodétermination de la R.A.S.

[2« Je trouve mon acquittement assez difficile à comprendre », a déclaré Lee à l’Agence France-Presse dans une série d’entretiens avant le prononcé de la sentence.

Dans une vision authentiquement démocratique, Lee, jeune homme, travailleur social de 31 ans, avait ajouté : « Je pense que [l’acquittement] m’a donné plus de responsabilités et me pousse à me demander – comment je peux faire le meilleur usage de la liberté que je n’ai pas perdue - ».

 

 

« Hong Kong ne répond plus. ». L’image oubliée des humiliations

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