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›› Chine - monde

Chine-Etats-Unis. Chronique d’un désastre

A gauche, le montage de Jarrod Fankhauser publié par ABC News avec en arrière-plan l’édifiante embrassade entre Deng Xiao Ping et Jimmy Carter en 1979, à Washington, montre à quel point la relation sino-américaine s’est dégradée depuis la reconnaissance de la Chine par l’Amérique, il y a 46 ans. A droite, Mao avec le Maréchal Peng De Huai commandant les volontaires chinois en Corée du Nord auxquels l’appareil a récemment fait référence pour rappeler à D. Trump la détermination chinoise.


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Les historiens retiendront peut-être ce mois d’avril 2025 comme l’acmé de la rivalité systémique sino-américaine articulée non seulement à l’escalade de la guerre commerciale mais également aux symboles historiques les plus délétères des affrontements passés.

Après la salve de taxes américaines de 145% infligées aux exportations chinoises par D. Trump, Pékin qui avait d’abord riposté par des droits de 125% aux produits américains, a cette fois réagi en ciblant « Boeing » un des plus emblématiques fleurons aujourd’hui en graves difficultés de l’industrie américaine de l’aéronautique, de l’espace et de la défense [1].

Le 15 avril, l’appareil ordonnait à ses compagnies aériennes de cesser la réception d’appareils Boeing et de suspendre leurs achats d’équipements et de pièces détachées aéronautiques américaines. La riposte chinoise s’ajoutait aux restrictions imposées le 4 avril par la Chine à l’exportation de 7 « terres rares lourdes », essentielles aux secteurs de l’aéronautique et de la défense et plus difficiles à traiter que la catégorie de « terres rares légères ».

Selon le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), les États-Unis qui n’ont pas développé la capacité très polluante de traitement des « terres rares lourdes » sont particulièrement vulnérables à cette mesure [2].

En riposte, la Maison Blanche qui, avec quelques variantes a globalement gelé pour 90 jours les droits de douane pour le reste de la planète, les a, ciblant uniquement les exportations chinoises haussés à +245% - agrégat des taxes en cours depuis 2016 lors du premier mandat de D. Trump augmenté des 145% récemment appliqués -, avec cependant une mesure de faveur pour les téléphones portables et les ordinateurs de conception américaine assemblés en Chine.

En somme, selon un responsable de l’administration Trump qui semblait vouloir atténuer la brutalité des mesures, « la grande majorité des marchandises chinoises sont soumises à des droits à l’importation plus faibles, avec dit-il, des nuances spécifiques “comme les gants médicaux en caoutchouc” qui seront taxés à +245% dès janvier. ».

Mais, preuve que le secteur du numérique grand public et des microprocesseurs d’usage courant souffre de la disruption brutale des flux, le 17 avril, Jensen Huang, le PDG du fabricant de « puces » Nvidia dont les actions en bourse ont baissé de 32% depuis janvier, était à Pékin peu après que D. Trump lui ait interdit de vendre à la Chine les microprocesseurs de la gamme H.20, cœurs de équipements d’Intelligence Artificielle.

Il n’a pas fallu longtemps pour que les émotions, l’orgueil national et les réminiscences de l’histoire s’en mêlent.

Au moment où le Président américain dont les réflexes diplomatiques sont ceux de l’affichage spectaculaire de la téléréalité, ignorant la force de l’amour-propre des Chinois pour qui une reddition publique en rase campagne serait une impossible perte de face, disait attendre un appel téléphonique du Président Xi Jinping, eut lieu une première passe d’armes avec le vice-président.

Quand J.D. Vance dont la première qualité n’est pas la nuance, a récemment déclaré que « les États-Unis empruntaient de l’argent aux “paysans chinois” pour ensuite acheter des produits fabriqués par ces mêmes “paysans”, Xia Baolong, chef de l’exécutif chinois à Hong Kong et Macao, a, au milieu des réponses outragées des réseaux sociaux, riposté qu’en réalité « les paysans américains [dont il ciblait l’ınculture] se lamentaient devant les 5 000 ans de civilisation chinoise ».

La propagande de l’appareil dont la rhétorique s’adressait autant aux Chinois qu’aux consommateurs américains inquiets des risques d’inflation, est ensuite montée en gamme en publiant des vidéos du Président Reagan datant du milieu des années 80.

Figure emblématique du conservatisme républicain, mais critiquant à l’époque les idées protectionnistes en Chine et aux États-Unis, Reagan plaidait avec conviction pour le libre commerce : « Si nos partenaires commerciaux sont empêchés de vendre leurs produits chez nous, ils n’achèteront pas nos exportations. Et cela signifie davantage de pertes d’emplois pour les Américains. »

Autre réminiscence toxique de l’histoire, au moment où l’actualité des relations sino-américaines convoque à la fois les déficits commerciaux et le poison du Fentanyl dont Washington considère toujours que les précurseurs chimiques sont fabriqués en fraude en Chine, la longue mémoire chinoise rappelle les guerres de l’opium (1839-1860).

Les humiliations militaires et stratégiques infligées à la Chine par les Anglais puis par le « huit puissances » pour imposer à l’empire Qing finissant le plus grand trafic de drogue de tous les temps, amputèrent le territoire de l’Empire et détruisirent sa souveraineté. Elles furent aussi le moyen immoral et cynique sans cesse évoqué par Xi Jinping depuis 2013, de rééquilibrer le commerce bilatéral de la Compagnie des Indes orientales avec la Chine.

Mais la référence la plus sulfureuse agitant le spectre d’un affrontement militaire direct avec l’Amérique, redouté par les renseignements américains autour de Taïwan ou /et en mer de Chine du sud, est apparue quand, piloté en sous-main par la propagande de l’appareil, a surgi une vidéo du Président Mao, que Xi Jinping range toujours dans son panthéon personnel des héros incontournables de la Chine moderne émancipée de l’Occident.

L’extrait illustrant la capacité de résilience chinoise face aux pressions américaines datait de 1953, à la fin de la guerre de Corée. L’épisode de l’histoire moderne d’un conflit terrestre de grande ampleur dont l’arrêt des combats est encore suspendu à un armistice, rappelle une réalité toujours présente dans la mémoire du régime.

Engagée en masse et en urgence au-delà du Yalu en octobre 1950, prenant des risques considérables, une année seulement après l’établissement de la République Populaire, la réminiscence de la détermination inflexible du maître de la Chine révolutionnaire rappelait que, durant trois années, les militaires chinois avaient directement affronté l’armée américaine, au prix de fortes pertes subies par des unités mal équipées.

« Quant à la durée de cette guerre », répéta Mao, « ce n’est pas à nous de décider » (…) « Quelle que soit sa durée, nous ne céderons jamais ».

Pire encore, en se rendant au Cambodge le 17 avril 2025, cinquantième anniversaire de la prise de Phnom-Penh par les assassins Khmers Rouges soutenus par Mao, Xi Jinping envoyait à l’Amérique un autre message sulfureux fouillant sans ménagement les blessures des erreurs américaines qui, en bombardant sans mesure le « bec de canard » à la frontière vietnamienne, avaient nourri la très meurtrière rébellion Polpotiste.

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Comparant l’état délabré des relations sino-américaines aujourd’hui à celles des années Carter (1977 – 1981) (lire : Chronique des années Carter : Les illusions de l’Amérique universelle) héritières de l’ouverture stratégique opérée par Richard Nixon en 1972, dont la bienveillance intéressée s’est, avec l’espoir de changer l’essence autocrate du régime chinois, prolongée avec des fortunes diverses jusqu’en 2008, pendant les années Reagan, Bush père, Bill Clinton et Bush fils, on ne peut qu’être frappé par leur brutale dégradation.

L’ironie de l’histoire est que durant la dernière année de son mandat en 2001, Bill Clinton lui-même eut la satisfaction de voir, selon les vœux qu’il avait exprimés au Congrès, la Chine intégrer l’OMC avec un statut spécial l’autorisant pour un temps à ne pas respecter les impératifs du marché.

Force est en effet de constater que dix-huit ans plus tard le ton de ces échanges de bons procédés à voix unique, ménageant la Chine qui jouait le jeu de son intégration au monde, a radicalement changé.

Dans les années 2000, après les contrecoups en Occident de la répression brutale de Tian An Men du 4 juin 1989, l’appareil prudemment attentif à son image internationale, avait, selon les conseils de prudence internationale de Deng Xiaoping 韬光养晦怒 – taoguang yanghui – « cacher ses splendeurs et cultiver l’ombre » - développé le concept de Heping Jueqi 和平 崛起 – « montée en puissance pacifique » - qui fut même intégré au corpus doctrinal du 17e Congrès du Parti en 2007.

Sous la surface fermentait cependant un féroce contrecoup nationaliste que les Occidentaux tardèrent à percevoir.

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Sous la surface les germes du contrecoup nationaliste.

Affiche du Film Wolf Warrior 2 战狼. Sorti en Chine 2017 il a creusé avec succès le sillon patriotique d’une Chine se défendant contre les agressions d’où qu’elles viennent. La veine initiale était celle du roman de Lü Jianmin « Le Totem du loup » paru en 2004 vendu a 4 millions d’exemplaires en Chine dont Brigitte Duzan avait proposé en 2015 une très complète mise en perspective.

Au milieu d’une riche analyse sur les raisons d’un tel succès pour un roman à la pédagogie plutôt lourde, on retiendra les thèmes principaux 1. De l’esprit du loup opposé aux tendances grégaires des Chinois ; 2. De l’écologie et du retour à la nature ; 3. De la nostalgie d’un monde disparu.


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En réalité alors même que l’Amérique de Clinton intéressée par l’ampleur du marché chinois continuait à promouvoir une stratégie d’ouverture à la Chine, les prémisses politiques du raidissement de l’appareil bien décidé après Tian An Men, à ne pas subir le même sort que son homologue de l’URSS, étaient déjà à l’œuvre.

En 1996, Clinton était au pouvoir depuis trois ans, alors que, sept années après la répression du 4 juin ordonnée par Deng Xiaoping, les puissances occidentales rivalisaient pour fustiger les entorses aux droits de l’homme en Chine, de jeunes intellectuels admirant l’Occident, mais dépités par leur propre expérience ratée aux États-Unis, humiliés par les sanctions occidentales, publièrent un manifeste politique à succès, intitulé « La Chine peut dire non – 中国 可以 说 不 –. »

Trois ans plus tard, le 7 mai 1999, la fierté chinoise fut gravement blessée par la destruction de l’ambassade de Chine à Belgrade au milieu des bombardements déclenchés par l’OTAN, hors ONU, contre la Serbie durant la guerre du Kosovo.

Officiellement justifiée par une erreur de cartes et assortie d’excuses américaines à la Chine, l’attaque ciblait en réalité une station radio qui retransmettait la propagande serbe et un dispositif de contre-mesures en cours d’installation visant à brouiller les tirs de missiles de l’Alliance atlantique.

En 2004, pendant la présidence de Georges Bush qui, se trompant d’ennemi, avait en réponse aux attaques du 11 septembre 2001, engagé les États-Unis contre l’Irak de Saddam Hussein, parut en Chine « Le Totem du loup ».

Alors qu’après les attaques terroristes contre les tours jumelles de New-York, la menace chinoise était d’autant plus passée au second plan que Pékin avait exprimé sa solidarité antiterroriste à Washington, le livre écrit par Lū Jiamin, jeune intellectuel maoïste, ancien garde-rouge exilé en Mongolie, était une critique nationaliste de la philosophie confucéenne et des Han présentés comme des « moutons bêlants grégaires » [3].

En contrepoint, il faisait l’apologie des Mongols farouchement indépendants dont le symbole est le loup, décrit comme un animal fier, libre et individualiste, mais à qui la nature a conféré l’instinct de meute qui défend férocement le groupe contre les agressions extérieures.

Le roman qui eut en Chine un succès phénoménal, fut à la racine en 2020 d’une crispation de la Chine aux critiques de sa gestion initiale de l’épidémie de Covid-19, que certains diplomates chinois eux-mêmes baptisèrent la « Diplomatie du “Loup guerrier“. »

Paradoxalement alors que la stratégie avait officiellement pour but de corriger les campagnes de désinformation dont la Chine était victime, son premier effet fut de dresser contre elle une bonne partie de la communauté internationale.

En 2013, neuf années après le succès du Totem du Loup, en réaction à la bascule stratégique de Barack Obama ayant identifié la puissance de la menace Chinoise sur le théâtre du Pacifique occidental, Xi Jinping qui venait d’être nommé nº1 du Parti au 18e Congres à l’automne 2012, et élu Président de la République lors de la réunion de l’Assemblée Nationale quatre mois plus tard, exprima une assurance nouvelle qui courait dans l’appareil depuis la publication en 2009, du Livre « La Chine n’est pas contente – 中国不高兴 - ».

D’une facture académique et littéraire médiocre, le livre n’en exprimait pas moins le nouvel état d’esprit de l’appareil : « Alors que la puissance nationale chinoise connaît une expansion sans précédent, la Chine doit cesser de se dénigrer et reconnaître qu’elle a la capacité de guider le monde, et qu’elle peut se soustraire à l’influence occidentale ».

A cet effet, Xi Jinping ripostant à la bascule de Barack Obama, lança le projet planétaire des « Nouvelles Routes de la soie  ».

Commencé dans un élan impérial des finances chinoises, le projet avait pris le contrôle partiel – parfois total comme au Pirée (100 %), à Zeebrugge (85%) et à Valence (51%) - par le biais des investissements des transporteurs publics China Ocean Shipping Corporation (COSCO) et China Merchants Holdings (CMHI) de plus d’une soixantaine de ports aux États-Unis, en Amérique Latine, En Europe, en Afrique, en Asie et en Australie [4].

En même temps, les groupes publics State Grid Corp of China (SGCC) et Three Gorges Corp entraient au capital de nombreuses sociétés de distribution électrique partout dans le monde, en Europe (Italie, Grèce, Portugal, Royaume Uni, Luxembourg, Monténégro et Malte) en Australie, en Asie du Sud-Est (Philippines) en Australie et en Amérique Latine (Brésil, Chili, Argentine).

En septembre 2018, une note de la Fondation pour la Recherche Stratégique recommandait « impérieusement » à Bruxelles de mettre en place un mécanisme européen de sauvegarde permettant d’éviter « le contrôle partiel ou global par un seul État extra-européen des sociétés de distribution d’électricité du continent européen ».

Déjà en 2015, le 10e sommet de Johannesburg des BRICS de plus en plus déséquilibrés par la puissance chinoise où Xi Jinping était arrivé après un long périple international de 36 000 km durant lequel il avait visité les Émirats et quatre pays africains, fut l’occasion de la promotion du nouveau rôle international de la Chine.

Accompagnant le voyage, la presse officielle du régime avait largement développé les thèmes ensuite répétés par le n°1 du Parti au 19e Congrès de l’automne 2017, présentant la Chine comme « un modèle à suivre au milieu des changements dans les relations internationales inédits depuis un siècle - 百年未遇 – bai nian wei yu - ».

Dans ce contexte, disait une dépêche de Xinhua, qui reprenait le message de l’appareil « la diplomatie aux “caractéristiques chinoises“ ouvrait une ère nouvelle des relations de la Chine avec le reste du monde, pour construire le destin commun de l’humanité dans la paix, la concorde, la coopération “gagnant – gagnant 双赢 – shuang ying “ et le respect mutuel. ».

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Le rapprochement sino-russe et les fausses notes de la relation avec l’Occident.

Au milieu des connivences sino-russes à l’œuvre depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, ponctuées par la création de l’Organisation de Coopération de Shanghai en 2001, élargie à l’Iran en 2021 puis au Belarus en 2024, suivie en 2009, par les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) augmentés en 2024 de l’Égypte, des Émirats, de l’Éthiopie et de l’Iran, puis en 2025 de l’Indonésie, Pékin a clairement déplacé l’épicentre de ses stratégies vers un positionnement anti-occidental, appuyé par les rancœurs anticoloniales du « Sud Global. »
Sur le fond des anciennes tensions stratégiques dans le Pacifique occidental et dans le Détroit de Taiwan, la crise pandémique de 2019-2020 fut un accélérateur de la défiance entre la Chine et ll’Occident.


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Au sein des BRICS, la Chine retrouvait la Russie qui, depuis le milieu des années 90, s’est elle aussi engagée sur une trajectoire de résistance à Washington, en Europe sur les marches orientales de l’ancienne URSS et en Asie Centrale où les influences chinoises et russes bien que concurrentes ont, en 2001, établi l’Organisation de Coopération de Shanghai (O.C.S), initialement composée de la Chine, de la Russie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, rejoints par l’Ouzbékistan, puis élargie en 2017 à l’Inde et au Pakistan, puis en 2023 à l’Iran.

Ayant soldé leurs différends territoriaux en 2004, mais pas tout à fait leur défiance réciproque – notamment celle de la Russie toujours inquiète du poids démographique chinois le long du fleuve Amour et aux marches extrêmes de la Sibérie, limitrophes de la Mandchourie -, les deux, qui ne sont pas vraiment amis, se retrouvent autour d’intérêts communs.

Ils manifestèrent une connivence sans faille à l’ONU pour faire pièce aux initiatives de Washington par un veto de l’un ou de l’autre, souvent des deux, notamment sur la question syrienne ou en Libye. Ils se rapprochèrent aussi à propos de l’Iran, du Tibet, du Xinjiang, de la Tchétchénie ou du Kosovo. Un hiatus cependant : si en 2014, leurs positions sur l’Ukraine étaient alignées, en 2022, l’agression russe créa un malaise, Pékin restant hostile à la modification des frontières par la force.

En 2014, leur proximité stratégique a été renforcée par un accord signé entre Gazprom et CNPC pour une valeur de 400 Mds de $ étalés sur 30 ans pour la livraison annuelle, commencée à la fin 2019, de 38 Mds de m3 de gaz à l’Est de la Chine. Un autre projet est en cours, toujours à l’Est avec la construction de la 2e section de l’oléoduc reliant Skovorodino sur le fleuve Amour à Daqing, 1000 km au sud, cœur traditionnel de l’industrie chinoise du pétrole.

A l’achèvement du projet en 2030, les livraisons annuelles de gaz russe à la Chine dépasseront 50 Mds de m3 sur une consommation totale annuelle de près de 400 Mds de m3, en augmentation rapide.

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Mais sept années après le lancement des « Nouvelles routes de la soie », la tonitruante symphonie de la puissance chinoise orchestrée par Xi Jinping fut perturbée par quelques fausses notes coïncidant avec le premier mandat de D. Trump.

L’épisode de la Covid-19 révéla au monde à la fois les dysfonctionnements internes de l’appareil communiste ayant occulté la gravité de la pandémie pendant plusieurs semaines en janvier 2020 et les risques de délocaliser en Chine les productions stratégiques, notamment celles liées à la santé.

L’amère conscience d’avoir, au nom de l’utopie du partage planétaire de la production et du dogme libre-échangiste accepté le risque de déporter à l’autre bout du monde des productions essentielles, s’ajouta à la rancœur de la Maison Blanche et de ses alliés dénonçant depuis des lustres les distorsions aux règles du marché et les captations illégales de technologies ayant permis les progrès rapides de la Chine dans nombre de secteurs industriels de premier rang.

Les ratés politiques du parti furent suivis par une stratégie planétaire d’autopromotion articulée à une campagne de livraison de masques dont la propagande a caché qu’ils n’étaient pas toujours gratuits. Assortie d’une réécriture de l’histoire confinant à la désinformation, la campagne a fait voler en éclats le discours chinois sur sa « montée en puissance pacifique – 和平崛起 – heping jueqi » et attisé à un degré de violence verbale inédite les tensions sino-américaines.

Faisant suite à la guerre des taxes déclenchée dès 2017, les accusations de la Maison Blanche dénonçant à la fois les tromperies de l’appareil sur la nature de l’épidémie, la brutale normalisation de Hong Kong et les graves atteintes aux droits contre les Musulmans ouïghours au Xinjiang, ont été assorties de sanctions contre des officiels chinois et le groupe de télécoms Huawei dont les produits de plus d’une centaine de ses filiales ont été interdits sur le marché américain.

La riposte punitive de Washington mettait simultanément fin au statut commercial privilégié de Hong Kong, interdisait la vente de composants de haute technologie aux groupes chinois et durcissait les conditions de levée de fonds boursiers à New-York pour les entreprises chinoises.

Le 15 juillet 2021, un article de Foreign Policy signé de Mira Rapp-Hooper Docteur en Sciences politiques et spécialiste de l’Asie et Kurt Kampbell ancien responsable Asie du Département d’État sous B. Obama, exprimait une vision des États-Unis très critique de la stratégie chinoise depuis janvier 2020. Largement partagée par tout l’éventail politique américain, elle a investi la pensée stratégique de la plupart des pays occidentaux.

« (…). Depuis le déclenchement de la pandémie, le gouvernement chinois s’est engagé dans une offensive diplomatique sans précédent sur pratiquement tous les fronts. Il a resserré son emprise sur Hong Kong, fait monter les tensions en mer de Chine méridionale, déclenché une campagne de pression diplomatique contre l’Australie, brutalement agressé l’armée indienne à sa frontière nord et intensifié ses critiques des démocraties libérales occidentales. »

La crise pandémique de 2019-2020 mondiale fut en réalité le révélateur d’un phénomène que René Viénet, expert de la Chine et ancien du CNRS analyse à deux niveaux.

« Celui économique et industriel, d’une tendance ancienne croissante, inexorable qui vient de s’emballer et dont plusieurs signaux forts antérieurs avaient été sous-estimés par angélisme et négligés par les financiers qui organisent la mondialisation et contrôlent peu ou prou les gouvernements occidentaux, (…)

« Et un autre, bien plus préoccupant, lié au risque de conflit militaire, dicté par l’hubris chinois de puissance, que le financiers (et encore moins les gouvernements) n’ont appréhendé que très tardivement ».

En d’autres termes, en ces temps où la polémologie ne fait plus recette, les économistes n’ont pas vu venir la ”guerre économique“. Surtout, le long aveuglement d’une observation du monde par le seul viseur du profit et des flux a oblitéré la montée des risques d’un véritable conflit armé. »

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Soudain, l’image de la Chine changeait. Pendant longtemps, elle fut une référence culturelle et géopolitique démarquée de la pensée occidentale alimentant les rêves exotiques des voyageurs de l’ancienne route de la soie. Aujourd’hui entrée dans la catégorie des « prédateurs » (François Heisbourg, « Le temps des prédateurs », Odile Jacob, 2020), elle est devenue d’autant plus inquiétante que l’Europe affaiblie, divisée et aux références stratégiques incertaines, risque de devenir la proie des conquêtes commerciales chinoises après la fermeture du marché américain.

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Retour de D. Trump. Guerre de tranchées et malentendus.

Revenu au pouvoir en janvier 2025, D. Trump est en réalité confronté aux conséquences (dettes, déficit commercial, désindustrialisation, transferts de technologies) de l’élan prochinois des hommes d’affaires américains. A partir de 2008, ces derniers furent directement victimes de la volte-face nationaliste de Pékin exacerbée par Xi Jinping.


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La réélection de D. Trump investi le 20 janvier 2025 pour un deuxième mandat, dont il vient d’apparaitre que l’un des axes principaux sera la rivalité avec la Chine de Xi Jinping, est en réalité le point d’aboutissement d’une trajectoire de durcissement anti-occidental de la Chine.

Ses ferments sont à l’œuvre depuis le milieu des années quatre-vingt-dix quand l’appareil, effrayé par la chute de l’URSS a progressivement durci sa posture pour se protéger de la stratégie de « regime change » analysée par Pékin comme une pression existentielle contre la prévalence politique du Parti.

Les antagonismes se sont exacerbés quand, à la priorité stratégique américaine basculée en 2011 par Barack Obama vers le Pacifique Occidental, Pékin a opposé son vaste projet de contournement planétaire de l’Amérique par les « Nouvelles Routes de la soie », sans oublier de rallier son environnement proche en créant en 2017, un partenariat de libre échange régional 区域 全面经济伙伴 关系 协定 (Sigle anglais RECEP- pour Regional Comprehensive Economic Partnership - ).

Ripostant au brutal retrait de l’Amérique du « Trans Pacific Partnership » décidé par D. Trump en mars 2017, il comprend 29 pays, dont plusieurs proches de Washington, comme le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les Philippines.

Pour autant, la vendetta anti-chinoise tous azimuts de D. Trump doit être mise en perspective.

S’il est exact que la relation sino-américaine reste dominée par les visées impériales explosives de Pékin en mer de Chine du sud et dans le Détroit de Taiwan, auxquelles même « l’Amérique MAGA » ne peut rester indifférente, la vérité oblige à dire que les déficits commerciaux et la désindustrialisation dont se plaint D. Trump ne sont que les effets indésirables du piège du libre-échange que l’Amérique libertaire de Reagan avait tendu à la Chine dans les années quatre-vingt, en espérant que l’ouverture affaiblirait le monopole du Parti.

Il s’est produit l’inverse. Dans la foulée de Deng Xiaoping, que le monde entier avait vu, invité par Jimmy Carter à Houston en 1979, coiffé d’un Stetson de cowboy, la Chine que Washington courtisait pour creuser une fracture stratégique entre Pékin et Moscou, a laissé libre cours à son impressionnant sens des affaires qui fut, avec son goût de l’entreprise, à la racine de sa montée en puissance.

Plus encore c’est depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001, dont Bill Clinton avait fait la promotion face aux réticences du Congrès jugeant que Pékin ne remplissait pas les conditions d’accès, que le déficit commercial des États-Unis qui consomment plus qu’ils ne produisent, a explosé de 83 Mds de $ en 2000 à 295 Mds en 2024.

En même temps, aux États-Unis, le monde des affaires fasciné par l’ampleur potentielle du marché chinois et attiré par le faible coût de la main d’œuvre, indiquait clairement, d’abord à l’administration Clinton, puis à celle de son successeur, George W. Bush, que le commerce avec la Chine était sa priorité absolue.

Après les événements de Tian An Men du 4 juin 1989 qui marquèrent un sérieux hiatus dans la relation sino-américaine, plus de 600 entreprises américaines ont fait pression sur la Maison Blanche pour accorder à la Chine le statut de Partenaire Commercial Normal Permanent (Sigle anglais : PNTR). Ce fut chose faite en 2000 après de houleux débats à propos des droits de l’homme à la Chambre.

Mais le vent a tourné.

Peu après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping le monde américain des affaires a commencé à comprendre que la situation en Chine allait changer. Le plan Made in China 2025 fixa les nouvelles règles du jeu de l’absolu contrôle par l’État des secteurs clés.

Et même si la situation exigeait d’abord que Pékin continue à acheter des composants de haute technologie aux Américains, il devenait clair que les achats seraient mis au service de puissants groupes nationaux chinois dont l’objectif était de supplanter leurs concurrents étrangers.

Attirés en Chine par l’attrait du marché ces derniers n’y eurent cependant accès qu’a la condition de céder leurs secrets technologiques à leur partenaire chinois d’une JV spécialement créée pour réguler et absorber les transferts.

Note(s) :

[1Avec un chiffre d’affaires de 70 Mds de $, le groupe a plus de 50 Mds de dettes, un flux de trésorerie négatif, un plan de restructuration de 17 000 licenciements en cours et une chute de plus de 30% de sa valeur en bourse.

Il y a six ans, Boeing était confronté à l’un des plus grands scandales de son histoire, après la perte de deux 737 MAX flambant neufs dans des accidents quasi identiques, ayant coûté la vie à 346 personnes. La cause était un logiciel de contrôle de vol défectueux, dont l’entreprise était accusée d’avoir délibérément dissimulé les détails aux autorités de régulation et d’avoir privilégié les profits à la vie des passagers. En justice, le groupe avait accepté de payer 2,5 milliards de dollars pour régler les accusations de fraude.

Il reste que le boycott de Boeing et surtout des pièces détachées américaines dont, ironiquement, certaines sont fabriquées en Chine, est une arme à double tranchant pour les compagnies aériennes chinoises qui opèrent une flotte de près de 1700 appareils Boeing.

Alors qu’au cours du 1er trimestre Boeing a livré à la Chine 130 appareils dont 100 « 737 Max », et qu’à la mi-avril 10 autres appareils « 737 Max » étaient en attente de livraison, le moyen-courrier C.919 de la COMAC 中国 商飞, l’A 320 chinois qui ne vole qu’en Chine ayant intégré de nombreux équipements occidentaux (lire : La coopération internationale, condition du succès à venir du C 919) ne peut toujours pas se prévaloir d’un certificat de navigabilité internationale dont le long processus d’attribution est toujours en cours par l’European Union Aviation Safety Agency (EASA)

[290% des « terres rares lourdes » dont certaines contiennent des éléments radioactifs sont traitées en Chine par un processus coûteux et polluant exigeant des installations permanentes de stockage des résidus radioactifs. A ce titre, Pékin, partie du traité de non-prolifération nucléaire est légalement fondée à contrôler leur exportation.

Pour comprendre à quel point, après un démarrage désordonné, le secteur a été structuré par l’État chinois pour en faire un levier d’influence stratégique, lire : Terres rares. La face cachée du monopole chinois & Terres rares. Domination chinoise, menaces et contrefeux.

[3Les critiques par Mao de la philosophie de Confucius exacerbant leur aspect grégaire passaient sous silence l’essentiel de l’humanisme moral bienveillant du Maître – 仁ren - selon lui, attributs essentiels d’un « gentilhomme 君子Junzi ».

Non seulement il spéculait sur la continuité de la civilisation chinoise par la transmission rituelle, la piété filiale et la loyauté au Prince, conditions de l’harmonie sociale, mais il faisait aussi la promotion de chaque individu par l’étude au moyen d’un processus assez voisin de notre « méritocratie  ».

Mais la loyauté au Prince n’était pas inconditionnelle. Elle s’accompagnait d’un « droit de remontrance » dont l’exercice n’était pas sans risques. A cette époque aristocratique, nombre de disciples de Confucius et de lettrés furent bannis ou même payèrent de leur vie l’impudence d’avoir critiqué un Seigneur.

[4Aux États-Unis : le Terminal de Los Angeles - que Xi Jinping avait inspecté le 17 février 2012 -, Seattle, Houston et Miami ; Au Canada, Québec ; En Amérique Latine : Bahamas, Brésil, Jamaïque, Mexique, Panama, Pérou, Salvador ; En Europe : Valence, Bilbao, Saint-Nazaire, Dunkerque, Marseille, Rotterdam, Zeebruge, Hambourg, Trieste, Pirée, Thessalonique).

En Afrique : Par une forte présence sur tout le Continent et à Madagascar, le long du Canal de Suez, en Égypte, au Soudan et à Djibouti - Lire Mapping China’s Strategic Port Development in Africa ; au Moyen-Orient ; En Asie de l’Est, Rajin Corée du Nord, Pusan, Corée du sud ; Kaohsiung Taiwan ; En Asie du Sud : Gwadar au Pakistan, Hambantota et Colombo au Sri-Lanka ; Payra au Bangladesh) ;

Au sud-est asiatique, Thilawa au Myanmar, Dara Sakor au Cambodge ; Saigon au Vietnam, Kuantan en Malaisie, Tanjung en Indonésie, Muara à Brunei, Manille et Davao aux Philippines, Port Of Lee en Papouasie, Darwin, Brisbane et Newcastle, en Australie. )

 

 

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