Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :
›› Chine - monde
Pékin face à l’embrasement du Moyen-Orient. Avec Moscou et Téhéran une coagulation anti-occidentale
Le 23 janvier 2016, le président Xi Jinping rencontrait à Téhéran le guide suprême iranien Ali Khamenei. A cette occasion, le nº1 chinois avait souligné « la valeur inestimable de l’amitié sino-iranienne, fruit non seulement d’échanges amicaux de longue date entre les deux Nations, mais aussi d’un soutien mutuel dans les moments difficiles et d’une coopération pragmatique mutuellement bénéfique » Il ajoutait que « la Chine resterait un partenaire de coopération fiable pour l’Iran et se tiendrait prête à approfondir la coopération bilatérale sur tous les fronts. » Sur le sujet de la coopération Chine Iran, lire aussi : La Chine peut-elle contourner l’Amérique par l’Iran ?. Photo Xinhua.
*
Deux années et trois mois après sa spectaculaire initiative qui rapprochait les frères ennemis shiites et sunnites (lire : Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient), Pékin doit affronter la dure réalité d’un Moyen Orient enflammé où les ancestrales émotions culturelles et religieuses prennent le pas sur le pragmatisme diplomatique et affairiste chinois.
En arrière-plan explosif du conflit en cours couve la défiance existentielle entre les dix millions d’israéliens conscients de jouer leur survie contre l’Iran théocratique animé d’une préoccupante mystique du martyr sacrificiel qui veut leur perte.
Approuvée par 70% des Israéliens, selon un sondage réalisé du 15 au 17 juin par l’Institut pour la démocratie d’Israël, l’attaque de Tsahal a été déclenchée au lendemain d’une résolution de l’AIEA du 12 juin dont la teneur complète est en partie occultée par de nombreuses sources à la fois favorables à Tel Aviv et inquiètes, y compris parmi les États arabes, du jusqu’au boutisme mystique d’élimination d’Israël exprimé par le régime de Téhéran.
S’il est en effet exact que l’AIEA affirmait que l’Iran ne respectait pas ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire, elle précisait aussi, « ne pas disposer d’informations crédibles prouvant l’existence d’un programme nucléaire militaire structuré ». Il n’en reste pas moins que l’Agence et son Directeur général Rafael Mariano Gross cultivaient l’ambiguïté en avouant notamment « une inquiétude face au non-respect des garanties [par Téhéran] ».
Il est enfin essentiel de noter – ce qui pourrait indiquer que la Maison Blanche a été débordée par Benjamin Netanyahu - que l’attaque surprise d’Israël visant les installations militaires et nucléaires iraniennes a été lancée alors que, depuis le 12 avril Steve Witkoff ennoyé spécial de D. Trump et Abbas Araghchi, ministre des AE de Téhéran étaient engagés dans de discrètes négociations organisées à Mascate par le sultan d’Oman Haitham ben Tariq.
Le 17 juin, alors que le Pentagone déployait autour de l’Iran une impressionnante projection de forces, Pékin réagissait d’abord par la voix du porte-parole Guo Jiakun en accusant D. Trump de verser de l’huile sur le feu. « Les menaces et la pression croissante ne contribueront pas à favoriser la désescalade et ne feront qu’intensifier et élargir le conflit. »
[NDLR : A la rédaction de cette note, au moins deux groupes de porte-avions, près d’une dizaine de destroyers, probablement un sous-marin d’attaque, une trentaine d’avions ravitailleurs, plus d’une centaine de chasseurs de combat F-16, F-22 et F-35 et, prépositionnés à Diego Garcia – plusieurs bombardiers stratégiques B 52.(...) Quant aux bombardiers furtifs B-2 à long rayon d’action qui pourraient frapper les installations nucléaires enterrées de l’Iran, ils sont pour l’instant restés à leur base de Whiteman dans le Missouri.].
La déclaration du Waijiaobu qui, dans son texte, ciblait « tout particulièrement Israël », exhortait Tel Aviv et Téhéran à cesser immédiatement les combats et à travailler à une désescalade. « La Chine appelle fermement toutes les parties impliquées dans le conflit, et tout particulièrement Israël, à donner la priorité aux intérêts des peuples des pays de la région, à cesser immédiatement le feu et à mettre fin aux combats, ainsi qu’à apaiser les tensions actuelles. »
Peu après, eut lieu le sommet d’Astana du 16 au 18 juin avec les dirigeants d’Asie Centrale – le deuxième en moins d’un an [1] - par lequel, dans une rivalité feutrée avec Moscou, Pékin cultive l’influence chinoise auprès des cinq dirigeants d’Asie Centrale, Xi Jinping lui-même a incité les ressortissants chinois à quitter l’Iran.
Le 17 juin, dans une interview à Deutsche Welle, William Figueroa Docteur au Centre de géopolitique de l’Université de Cambridge, expert, entre autres, des relations Chine – Iran, livrait une analyse aussi exhaustive que possible des intentions chinoises.
En dépit de la mise en scène d’apaisement entre Ryad et Téhéran, l’influence de Pékin dans la région reste marginale.
Le 11 mars 2023, en rapprochant à Pékin Ali Shamkhani, secrétaire général du Conseil National de sécurité de Téhéran à sa gauche, et son homologue saoudien Musaad bin Mohammed al-Aiban, Wang Yi mettait en scène la capacité de la Chine à s’insinuer avec succès sur les plates-bandes de l’Amérique au Moyen Orient. Pour autant, aujourd’hui, à l’heure de la conflagration directe entre Tel Aviv et Téhéran, la Chine ayant tourné le dos à Tel Aviv, critique de Washington et proche des Mollahs iraniens, n’a que peu de leviers pour apaiser les tensions.
*
Rappelant sans ambiguïté que la préférence chinoise penchait vers Téhéran, l’analyse soulignait d’abord deux points clés :
1) Pékin n’a pas, même par le truchement de son influence et de ses relations avec Ryad de Téhéran, la capacité de projeter sa puissance, dans la région. (lire : A Ryad, la Chine anti-occidentale et dépendante du pétrole arabe ébranle l’ambiguïté de la prévalence américaine & La Chine peut-elle contourner l’Amérique par l’Iran ?) ;
2) Même si pour l’heure la menace est encore relative, le conflit en cours met en danger la sécurité énergétique de la Chine.
Alors que tous les pays occidentaux et quelques-uns de leurs alliés arabes dans le Golfe, il est vrai plus discrètement, reconnaissent à Israël « Le droit de se défendre », tandis que, sans le dire, les Sunnites se réjouissent en sous-main, la Chine blâme Israël et reconnait à Téhéran à la fois « le droit de développer un programme nucléaire civil » et celui « de riposter aux attaques d’Israël ».
Fondamentalement, alors que les médias chinois couvrent peu le conflit, Pékin, qui n’est pas un acteur clef au sens traditionnel du terme en matière de sécurité, ne joue pas un rôle significatif dans la région. Sa stratégie de médiation entre Ryad et Téhéran citée plus haut fut une posture sans pertinence stratégique réelle, ne portant qu’un avantage d’affichage superficiel.
Dans ce cas particulier de la déflagration entre Tel Aviv et Téhéran, son pragmatisme lui commande de ne pas s’impliquer directement compte-tenu du cout élevé et du peu d’avantages à attendre d’un engagement dans un théâtre aussi éloigné de sa zone d’intérêt stratégique direct où son influence et son expérience restent précaires.
« Pour dire les choses simplement », dit Figueroa, « l’accord entre Ryad et Téhéran était un fruit presque mûr facile à cueillir. Au prix d’un investissement modeste, il a produit un gain politique élevé. En revanche, une implication dans le conflit irano-israélien aurait des caractéristiques exactement inverses : un coût très élevé et des avantages potentiels très faibles. »
++++
Tournant le dos aux conseils de prudence stratégique de Deng Xiaoping, Pékin penche vers Téhéran et dénonce Washington.
Sites nucléaires iraniens dont certains enterrés comme Natanz et Fordoo au centre du pays, enrichissent l’uranium pour lui donner une qualité militaire. Depuis plusieurs années l’AIEA signale cette évolution préoccupante. En 2018 déjà le Conseil de sécurité s’était réuni à la demande de plusieurs membres (États-Unis, Royaume-Uni, France, Grèce, Panama, Corée du Sud) pour écouter les mises en garde de Washington qu’aujourd’hui Pékin, devenu un soutien de l’Iran, accuse de « jeter de l’huile sur le feu ». En décembre 2022, le Conseil l’Union européenne avait réaffirmé que l’Iran ne devait jamais mettre au point ou acquérir une arme nucléaire, rappelant au passage les engagements de Téhéran signataire du TNP.
*
Au Bureau Politique c’est la prudence qui domine. Même sa dépendance relative au pétrole iranien – environ 15% de ses importations totales, par ailleurs diversifiée par ses achats en Russie, en Irak, au Brésil, en Arabie saoudite et en Malaisie – ne pourrait convaincre la Chine de s’impliquer plus directement.
Par ailleurs, ayant résolument choisi le camp anti occidental, il est également impossible qu’elle use de son statut de premier acheteur du pétrole iranien pour faire pression sur Téhéran.
Par exemple, lorsque les groupes Houthis du Yémen soutenus par l’Iran ont attaqué des navires israéliens en mer Rouge, Tel Aviv avait appelé la Chine à user de son influence sur l’Iran pour faire cesser les harcèlements. « Soit elle n’a pas été en mesure de le faire, soit, elle a choisi de ne pas agir. »
Au contraire, quand Pékin a, fin 2023, annoncé que China Ocean Shipping Company, 4e transporteur mondial, stoppait ses services au profit d’Israël, un responsable Houthi au Yémen a déclaré en janvier 2024, que les bateaux chinois ne seraient désormais plus attaqués, comme c’était déjà le cas pour les Russes.
La bascule confirmait qu’un quart de siècle après la mort de Deng Xiaoping, par opportunisme anticolonial et anti-occidental, Pékin qui s’est rapproché du « sud global », tournait le dos aux conseils de prudence stratégique du « petit timonier » qui prônait de se tenir à l’écart des alliances (lire : Depuis le conflit à Gaza, Pékin confirme son nationalisme antioccidental).
Enfin, du point de vue de Pékin – c’est l’avis ouvertement exprimé par de nombreux commentateurs et universitaires chinois – en s’impliquant aussi directement, et plus encore en déclenchant un conflit direct avec Téhéran, Washington épuiserait ses ressources, affaiblissant mécaniquement ses capacités d’affrontement contre la Chine.
En haussant l’analyse d’un étage et examinant la position chinoise dans une longue perspective, on constate qu’ayant progressivement tourné le dos à l’Occident, le pays entouré d’autocrates radicaux, durcit sa position.
Le conflit entre Israël et l’Iran, ultime étape d’une coagulation anti-occidentale.
Sans évoquer la menace d’une arme atomique , Xi jinping reconnait à Téhéran le droit au nucléaire civil et à se défendre face à Israël. En même temps il accuse Washington de jeter de l’huile sur le feu.
*
La migration géopolitique vers moins de nuance stratégique plonge ses racines dans les discordes de la guerre en Yougoslavie (1991-2001).
Critique des bombardements de l’OTAN sans l’aval de l’ONU, Pékin proche de la Serbie dont l’ambassade à Belgrade qui abritait un relais de Milosevic avait, le 7 mai 1999, été détruite par un bombardier B-2 – (Le même qui pourrait livrer une bombe GBU-57 contre les sites nucléaires militaires iraniens enterrés) avait payé le prix fort et humiliant de son opposition à l’Alliance (lire : Xi Jinping à Belgrade. Retour vers le futur des guerres technologiques).
Alors que les intellectuels nationalistes ressentaient de plus en plus cruellement l’humiliation des embargos infligés au régime après la répression du 4 juin 1989 à Tian An Men, mais forte de sa formidable montée en puissance, la Chine s’est en 2013 engagée dans un vaste contournement planétaire de l’influence de l’Amérique, par ses projets tentaculaires des « Nouvelles Routes de la soie. »
En dépit des ratés et des gaspillages, malgré les déceptions et les accusations d’ingérences politiques et de captations de richesses liées au « piège de la dette », l’impact de l’influence chinoise en Afrique, en Asie du Sud, au Pakistan, en Asie Centrale et en Amérique latine a laissé dans le « sud global » une trace souvent plus positive que celle de l’Occident.
L’actuel conflit au cœur du Moyen Orient entre Israël pointe avancée de l’Occident au Moyen Orient et l’Iran théocratique courtisé par Pékin et Moscou, tous trois membres des nébuleuses des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai, contestant la prévalence occidentale, cristallise le basculement du monde dont l’Amérique et ses alliés, notamment Israël, font les frais.
En ce moment crucial où les missiles pleuvent sur l’Iran et Israël, alors que D. Trump hésite à impliquer directement l’Amérique dans le conflit, le dernier signe en date de cette recomposition radicale des rapports de forces marquant le retranchement anti-occidental de la Chine, est la déclaration commune de Pékin et Moscou du 20 janvier appelant à la désescalade du conflit.
Comme le souligne Nectar Gan dans une analyse de CNN, « alors que le président américain Donald Trump envisage de rejoindre Israël dans son attaque contre l’Iran, l’escalade rapide entre les deux ennemis jurés au Moyen-Orient offre à Pékin et Moscou une nouvelle occasion de se présenter comme une alternative à la puissance américaine. »
Contre l’Amérique et Israël, avec Poutine, la Chine a choisi son camp.
Les présidents russe et chinois Vladimir Poutine et Xi Jinping sont avec le guide iranien l’Ayatollah Ali Khamenei tous les trois sur une ligne antioccidentale et anti-israélienne (photo : Bureau du Guide Supreme via Reuters).
*
Bien que les deux soient adeptes des stratégies de puissance, jamais avares de menaces militaires, le premier en mer de chine du sud et à Taiwan, le deuxième contre l’étranger proche de l’ancienne URSS, où il détruit sans état d’âme sa « petite sœur slave » à coups de lance-roquette multiples et de drones, l’un et l’autre se présentent comme des promoteurs de paix contre l’Amérique fauteur de guerre.
Alors que la Chine n’a jamais condamné l’agression de l’Ukraine par Moscou, Xi Jinping et Poutine, passant sous silence les soucis de sécurité de Tel Aviv qui se dit menacé dans sa survie par la mystique de martyr anti-juive de l’Iran théocratique qui fabrique une arme nucléaire, ont fermement condamné l’attaque d’Israël, la qualifiant de « violation de la Charte des Nations Unies et du droit international. »
Dans un message adressé à D. Trump, Xi Jinping qui accuse Washington d’être une source de l’instabilité de la région, soulignait que les « grandes puissances » ayant une influence spéciale sur les parties au conflit devraient œuvrer à « calmer la situation, et non l’inverse ».
Toujours en passant sous silence le radicalisme islamique de l’Iran courtisé par la Chine, Liu Zhongmin, expert du Moyen-Orient à l’Université d’études internationales de Shanghai, attribuait la dernière flambée de violence à l’incertitude créée par la deuxième présidence de Trump et au caractère chaotique, opportuniste et transactionnel de sa politique au Moyen-Orient.
Pointant du doigt les hésitations de Trump où voisinent l’espoir d’un compromis négocié avec Téhéran et les menaces directes d’agression imminente contre les Mollahs en appui de Tel Aviv, Liu manquait cependant la partie de l’image où la puissance d’un déploiement de forces dans les parages de l’Iran pourrait amener le régime à négocier.
C’est ce que le secrétaire d’État à la Défense, Pete Hegseth, appelle lui-même « la paix par la force », que Xi Jinping réfute. Tout en prenant fait et cause pour Téhéran, oubliant la menace nucléaire iranienne, il accuse Washington d’embraser le conflit.
++++
Mise à jour du 22 juin.
Sources ZeroHedge, Le Figaro, Libération, le NYT, Reuters.
A 22 h dans la nuit du 21 au 22 juin (04 heures du matin, le 22 juin à Paris, 7h 30 à Téhéran et 10h en Chine), le président Trump, qualifiant l’opération de « succès militaire spectaculaire », a annoncé que des « frappes massives de précision avaient complètement et totalement anéanties les installations nucléaires iraniennes ».
En même temps il a averti l’Iran qu’il a qualifié de « tyran du Moyen-Orient » que s’il n’acceptait pas de négocier, de nombreuses autres cibles seraient visées. « Soit la paix, soit une tragédie pour l’Iran pire que celles que nous avons connues ces huit derniers jours. » (…) « Si la paix n’est pas rapidement instaurée, nous nous attaquerons au reste du pays avec promptitude et efficacité ».
Concrètement les sites d’enrichissement d’uranium de Fordo, Natanz et Ispahan ont été attaqués par six bombes « anti-bunker » de 13,6 tonnes chacune larguées par plusieurs bombardiers B-2 et par 30 missiles de croisière Tomahawk tirés depuis des sous-marins positionnés à 400 nautiques de l’Iran.
Selon Jennifer Griffin, correspondante de Fox News, au moins deux bombardiers B-2 « peut-être plus » étaient impliqués, mais, dit-elle, « certains des B-2 repérés volant en direction de Guam faisaient partie d’une manœuvre de déception. »
Le 22 juin, les médias iraniens ont confirmé les frappes sur les trois principaux sites nucléaires cités plus haut « Il y a quelques heures (....) une partie du site nucléaire de Fordo a été attaquée par des frappes aériennes ennemies » (…) « Les défenses anti-aériennes d’Ispahan et de Kashan ont été activées contre des cibles hostiles et plusieurs explosions ont été entendues simultanément »
En même temps, alors que l’Arabie saoudite et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), affirmaient qu’il n’y avait pas eu d’augmentation des niveaux de radiation après l’attaque, l’Organisation iranienne de l’énergie atomique déclarait que le bombardement des trois sites nucléaires constituait une « violation barbare du droit international. »
Sur X, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi déclarait que « Les États-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, avaient commis une grave violation de la Charte des Nations Unies, du droit international et du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) en attaquant les installations nucléaires pacifiques iraniennes. »
« Les événements de ce matin sont scandaleux et auront des conséquences durables. Chaque membre de l’ONU doit s’alarmer de ce comportement extrêmement dangereux, illégal et criminel. Conformément à la Charte des Nations Unies et à ses dispositions autorisant une riposte de légitime défense, l’Iran se réserve toutes les options pour défendre sa souveraineté, ses intérêts et son peuple. »
*
Les réactions de la communauté internationale appellent toutes à la négociation.
Mais parmi elles, il faut distinguer celles qui ne font que condamner l’usage de la force, prenant fait et cause pour l’Iran contre Washington ; Celles dont la teneur est neutre qui, sans prendre parti, appellent à une désescalade rapide et enfin, celles qui rappellent la menace existentielle que le programme nucléaire militaire de Téhéran fait peser sur Israël.
A noter qu’à côté de la déclaration d’Antonio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU, qui dit son « alarme face à l’usage de la force par Washington, menace directe, dit-il contre la sécurité de la planète », Maryam Radjavi, qui dirige depuis l’étranger, le « Conseil National de la résistance iranienne », a clairement pris position contre le régime des Mollahs.
« Maintenant, le guide suprême iranien Ali Khamenei doit partir. Le peuple iranien aspire à la paix et à la liberté. » (…) « Khamenei est responsable d’un projet antipatriotique qui, en plus d’avoir coûté d’innombrables vies, a coûté au peuple iranien au moins 2 000 milliards de dollars –aujourd’hui partis en fumée. ».
QC avait déjà évoqué Myriam Radjavi le 5 janvier 2020 (lire : Face à la montée des tensions avec l’Iran, Pékin garde « deux fers au feu. ») au moment de l’élimination par Washington, lors du premier mandat de D. Trump, dans la nuit du 2 au 3 janvier 2020, du général Qassim Soleimani, Directeur des services de renseignements et de sécurité iraniens et d’Abou Mehdi al-Mouhandis, n°2 du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires pro-Téhéran intégrés à l’État irakien.
Parmi les plus critiques de Washington, sans surprise, Pékin et Moscou sont les plus virulents.
Le 22 juin dans la matinée, CGTN, le media international porte-parole du gouvernent chinois, mettait en garde Washington qu’il accusait de « commettre en Iran les mêmes erreurs qu’en Irak. » (…)
Oubliant que contrairement à 2003, l’actuelle appréciation de la menace directe iranienne ne reposait pas sur le mensonge du Secrétaire d’État Colin Powell, les commentateurs chinois ne glosent que sur le risque porté par l’agressivité militaire de l’Amérique, sans évoquer les projets nucléaires militaires des Ayatollahs.
« L’histoire a montré à maintes reprises que les interventions militaires au Moyen-Orient produisent souvent des conséquences imprévues, notamment des conflits prolongés et une déstabilisation régionale. »
En Russie, Medvedev,l’ancien Président russe fantoche manipulé par V. Poutine, aujourd’hui, Vice-président du Conseil de sécurité, soulignait, lui aussi sans évoquer la menace nucléaire iranienne, la contradiction entre « un Président arrivé au pouvoir en pacificateur, qui venait pourtant de déclencher une nouvelle guerre. »
Plus généralement, il faut constater que les condamnations les plus acerbes négligeant systématiquement de mentionner la menace militaire posée par une arme nucléaire détenue par une mystique théocratique animée d’un idéal sacrificiel, viennent toutes de pays cultivant de lourds ressentiments contre la toute-puissance invasive de Washington.
Ainsi, fort de « ses convictions pacifistes », le Mexique se contente d’appeler à « la désescalade et au dialogue ». De même, sans autre commentaire, le Venezuela « condamne catégoriquement l’agression militaire américaine contre l’Iran et exige la cessation immédiate des hostilités. »
A Cuba, La Havane est sur la même ligne, à viseur unique. Le Président Miguel Diaz-Canel « dénonce fermement le bombardement américain des installations nucléaires iraniennes, une dangereuse escalade du conflit au Moyen-Orient. »
Il ajoute, « Cette agression qui viole gravement la Charte des Nations Unies et le droit international, plonge l’humanité dans une crise aux conséquences irréversibles. »
*
Alors que, selon un sondage, Netanyahu, largement appuyé à 80 % par les Juifs d’Israël, mais désavoué par 60 % des Arabes, ne tarit pas d’éloges pour Trump, notons quelques nuances dans les réactions des alliés de Washington.
S’il est exact que, globalement, les pays occidentaux n’occultent pas le risque posé par l’Iran théocratique et terroriste doté de l’arme nucléaire, leur solidarité avec Washington s’exprime avec quelques variations.
Paris qui rappelle avoir à plusieurs reprises exprimé sa très ferme opposition à l’arme nucléaire iranienne, tout en prenant cependant soin de préciser n’avoir ni participé à l’attaque, ni à sa planification, est – c’est un euphémisme - un des alliés de Washington les plus prudents. « La France est convaincue que le règlement durable de cette question passe par une solution négociée dans le cadre du Traité de non-prolifération sur les armes nucléaires. »
Le premier ministre britannique Keir Starmer est un soutien plus direct et sans ambiguïté de Washington.
« Le programme nucléaire iranien constitue une grave menace pour la sécurité internationale. L’Iran ne saurait être autorisé à développer l’arme nucléaire et les États-Unis ont pris des mesures pour atténuer cette menace. » Il ajoute « Nous appelons l’Iran à revenir à la table des négociations et à trouver une solution diplomatique pour mettre fin à cette crise. »
En Allemagne, après réunion du Conseil de sécurité, le chancelier Friedrich Merz a appelé l’Iran à négocier une résolution pacifique du conflit avec Israël et les États-Unis.
Jürgen Hardt, vice-président du Parlement et chef de file du parti chrétien-démocrate de centre-droit (CDU) au pouvoir, blâmait Téhéran et déclarait au Tagespiegel « Après le refus de l’Iran d’accepter l’offre de négociation des Européens, les conséquences d’une frappe américaine contre les installations nucléaires étaient prévisibles ».
Responsable de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kalas qui « exhorte toutes les parties à faire marche arrière, à revenir à la table des négociations et à empêcher une nouvelle escalade », est tout aussi claire : « L’Iran ne doit pas être autorisé à développer l’arme nucléaire, car cela constituerait une menace pour la sécurité internationale. »
Depuis Rome, Antonio Tajani, le MAE Italien n’oublie pas non plus de mentionner le programme nucléaire iranien et, sans blâmer Washington, appelle les Ayatollahs à la sagesse. « Nous espérons désormais qu’après cette attaque, qui a causé des dommages considérables à la production d’armes nucléaires et représenté une menace pour l’ensemble de la région, une désescalade pourra s’amorcer et que l’Iran pourra s’asseoir à la table des négociations. »
Une subtile dissonance s’est exprimée entre les alliés du Pacifique.
Alors que le MAE néozélandais Winston Peters, se disait « préoccupé par l’action militaire en cours » renvoyant dos-à-dos toutes les parties vers l’exigence d’un dialogue, le porte-parole australien, rappelait d’abord les menaces constituées par le programme nucléaire et de missiles balistiques iraniens, avant d’appeler lui aussi à la désescalade.
Le Japon exprime lui aussi une prudence par la voix du premier ministre Ishiba dont la première préoccupation est avant tout la désescalade.
*
Quant aux États du Golfe, dont certains ne sont pas mécontents du coup porté à la menace shiite radicale, mais soucieux de ménager leurs « rues arabes », ils pèsent leur réaction au trébuchet, dans une situation infiniment complexe et enchevêtrée et instable.
Malgré la présence dans le pays de plusieurs bases américaines, selon Arab News, quotidien saoudien de langue anglaise, exprimant le point de vue du gouvernement de Ryad, l’Arabie saoudite considère aujourd’hui l’Iran « non pas comme un adversaire, mais comme un pays musulman frère confronté à une agression grave et injustifiée. »
Le journal rajoute que Riyad a notamment souligné que « la stabilité régionale dépendait du renforcement de la coopération entre les nations musulmanes. »
Les Émirats qui en appellent à un Conseil de sécurité paralysé par les séditions russe et chinoise, expriment « leur profonde préoccupation face aux tensions persistantes dans la région et aux attaques contre les installations nucléaires iraniennes. Ils appellent à la cessation immédiate de l’escalade afin d’éviter de dangereuses répercussions et une nouvelle instabilité. »
Quant au Quatar, « proxy » de l’Iran dont il faut rappeler qu’il fut le sponsor historique du Hamas à la demande de Tel Aviv et de Washington, « il regrette la détérioration de la situation suite aux bombardements contre les installations nucléaires iraniennes. ».
En même temps, il dit suivre avec « une grande inquiétude l’évolution de la situation après les récentes attaques contre la République islamique d’Iran, pays frère, visant ses installations nucléaires. » Enfin, « Il prévient que les tensions dangereuses observées actuellement dans la région entraîneront des répercussions catastrophiques aux niveaux régional et international. »
Autrement dit, sous la surface de cet Orient compliqué envahi par de pesantes arrière-pensées, dont beaucoup expriment à la fois une rancœur contre l’Occident et l’espoir d’une solidarité musulmane, un risque continue à fermenter pour Washington et ses alliés.
Passée la phase du choc des frappes ciblées menées par les bombardiers B-2 et des premiers soulagements après la démonstration de force contre l’État terroriste iranien, la solidarité culturelle et religieuse musulmane arabo-perse n’a pas disparu. C’est en tous cas la ligne éditoriale du journal saoudien Arab News.
La persistance en sous-main de cette fraternité rescapée des longues rivalités datant de la conquête arabe de la Perse, sera, selon toute vraisemblance et à terme, attisée par l’intervention américaine si elle se prolongeait. C’est bien ce potentiel d’une rancœur anti-occidentale latente que Pékin avait exploité en mettant magistralement en scène à Pékin le 11 mars 2023, un rapprochement entre l’Iran chiite et l’Arabie sunnite.
Pour l’instant, la puissance militaire et le fracas des armes relègue les ambitions chinoises au rang de velléités inefficaces. Il serait pourtant imprudent de croire qu’elles ne gagneront pas en pertinence, coagulées par les épouvantes de la guerre et les solidarités émotionnelles du rejet contre un Occident dont le seul argument serait la puissance militaire.
Note(s) :
[1] Il s’agisait de rencontres bisannuelles avec Kassym-Jomart Tokaïev (Kazakhstan) ; Sadyr Japarov (Kirghizistan) ; Shavkat Mirziyoyev (Ouzbékistan) ; Emomali Rahmon (Tadjikistan) ; Turkménistan (Serdar Berdimuhamedow).
Avec constance, au fil des rencontres, Xi Jinping développe à leur intention une vaste stratégie d’influence qui subjugue progressivement celle de Moscou.
Le 19 juin, dans les colonnes du « Petit Journal », Noémie Valery faisait un point exhaustif des objectifs de Pékin et des moyens qu’à la suite de ses prédécesseurs, Xi Jinping met en œuvre sans faiblir (lire : La Chine confirme sa collaboration avec l’Asie Centrale ).
On y retrouve non seulement les buts immédiats de la sécurisation des échanges après la tempête tarifaire déclenchée par D. Trump, mais également la consolidation des approvisionnements en ressources primaires (gaz, minéraux dont le cuivre et l’uranium).
Les sommets bisannuels s’inscrivent aussi dans la stratégie éprouvée des Nouvelles routes de la soie avec l’accélération des grands projets d’infrastructures dont le symbole est « la ligne ferroviaire Chine–Kirghizstan–Ouzbékistan, désormais lancée et financée conjointement, visant à réduire de 7 à 10 jours le trajet des marchandises chinoises vers l’Europe. »
Plus généralement, la stratégie « multiplie les voies d’accès terrestre à la Chine pour réduire les risques de perturbations logistiques conséquences de la guerre en Ukraine. »
• À lire dans la même rubrique
A Pékin, la bascule du monde. Après D. Trump, voici Poutine
[22 mai 2026] • François Danjou
« Auto China 2026 », une démonstration de force des marques chinoises
[2 mai 2026] • Jean-Paul Yacine
Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères. Mise au ban de l’esprit de nuance pro-occidental
[19 mars 2026] • Jean-Paul Yacine
Friedrich Merz à Pékin. Douze ans après Angela, l’improbable deuxième souffle de la « Lune de miel. »
[28 février 2026] • François Danjou
Face au désordre de Trump, Xi Jinping en majesté
[10 février 2026] • Jean-Paul Yacine