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›› Economie

Résilience et incertitude au milieu des secousses de la guerre commerciale

Le 20 juin, à l’occasion du forum international dit « de Davos », organisé à Tianjin (700 participants de 90 pays), le premier ministre Li Qiang avait beau jeu de commenter la résilience de l’économie.

« Elle n’est pas un hasard, mais le fruit d’une approche multidimensionnelle combinant des choix stratégiques du gouvernement, une base industrielle robuste et une forte demande intérieure. » Il faisait ces remarques au moment où en Chine, « la demande intérieure » commençait à se redresser lentement et où le monde peinait encore à sortir des tensions de la guerre commerciale et des incertitudes géopolitiques.


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Pour la troisième fois consécutive depuis janvier 2025, les statistiques du BNS défient le pessimisme des observateurs internationaux.

Les chiffres de la mi-juillet indiquent que par rapport à la même période du 2e trimestre 2024, le PIB a progressé de +5,3%, alors que, résistant aux coups de boutoir tarifaires de D. Trump, la diversification des exportations vers les marchés non américains a permis de maintenir un excédent commercial cumulé de 587 Milliards de $ pour les six premiers mois de 2025.

Alors que les exports vers les États-Unis et la Russie ont respectivement baissé de –10% et –8.7%, ils ont augmenté de +21,4% vers l’Afrique, +14 % vers l’Inde, +13 % vers l’ASEAN, +10 % vers Hong Kong, +7,3 % vers l’Amérique Latine, +6,9% vers l’UE et +4,9% vers le Japon.

Si les performances commerciales continuaient à ce rythme au 2e semestre, l’excédent commercial approcherait les 1200 Mds de $ en 2025 soit une hausse de 20% par rapport aux 992,2 Mds de $ de 2024 qui battaient déjà un record.

Tenant la corde des exportations, signalons la hausse de +60,3 % des terres rares dont les clients se bousculent en amont de l’échéance de la trêve le 12 aout ; +27, 4% de véhicules automobiles ; +25.5% de circuits intégrés ; +11,9% de navires commerciaux ; et +10% des ventes d’acier. Autant de signes d’un spectaculaire contournement des embargos.

La capacité de la Chine à réorienter ses exportations vers l’ASEAN, l’Afrique et plus généralement ses partenaires des « Nouvelles Routes de la Soie », témoigne de sa résilience face à la volatilité géopolitique imposée par D. Trump. A noter que, dans la tempête, la longue stratégie des « Nouvelles Routes de la Soie » initiée en 2013 fournit à Pékin une décennie plus tard, l’une de ses plus importantes marges de manœuvre.

Au cours du premier semestre 2025, les échanges commerciaux avec les pays du réseau « Une ceinture une route ». patiemment mis sur pied pour contourner la bascule stratégique de l’Amérique d’Obama vers le Pacifique en 2011, ont en effet atteint 1573 Mds de $, en hausse de +4,7% sur un an, représentant 51,8% du total du commerce de la Chine.

Ce dernier n’est pas le seul secteur ayant résisté aux vagues de droits de douane. La production industrielle (+7% en moyenne) affiche également des résultats positifs portés par une forte expansion des secteurs de haute technologie et de la production d’équipements, respectivement en hausse de +9,5% et +10,2% par rapport au 1er semestre 2024.

Quant au rythme d’augmentation de la production minière ralenti depuis les sommets de janvier 2021 (+17,5%), elle est encore à +6%, en bien meilleure forme qu’en 2023, quand elle accusait une récession de moins 1,2%. Enfin, parallèlement au freinage structurel de la croissance, la hausse de la production d’électricité, tombée à seulement +0,34% en février 2025, s’est lentement rétablie au 2e trimestre pour atteindre une moyenne de +2% au 2e trimestre.

Attractivité et optimisme prudent.

Pour relancer les investissements étrangers, victimes de la guerre commerciale, l’une des initiatives en phase avec les intentions de développement est le catalogue publié le 29 novembre 2024 et entré en vigueur le 1er janvier 2025 où la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR) énumère les industries encouragées à investir en Chine occidentale (édition 2025).

Les entreprises éligibles établies et opérant en Chine occidentale peuvent, si elles investissent à l’ouest, bénéficier d’un taux réduit d’impôt sur les sociétés (IS) de 15%, contre 25% ailleurs. Pour être éligible, l’activité principale de l’entreprise doit relever de l’une des catégories énumérées dans le Catalogue (santé, troisième âge, sport, développement rural, formations professionnelles, écologie et énergies vertes.)


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Parallèlement, le climat des affaires a montré des signes d’optimisme mesuré. L’indice des directeurs d’achat (PMI) du secteur manufacturier a légèrement progressé en juin pour atteindre 49,7%, soit une hausse de 0,2 point de pourcentage par rapport au mois précédent. Il est cependant resté inférieur à 50, seuil minimum indicatif d’une expansion.

En même temps, la rentabilité industrielle est restée sous pression. Les bénéfices des entreprises industrielles de plus de 370,4 milliards de dollars de CA n’ont atteint que 370,4 milliards de dollars, soit une baisse de 1,1% sur un an.

Autre levier indicatif de la croissance, le niveau des investissements privés a mal résisté aux vents contraires de la rivalité sino-américaine. Selon le ministère du Commerce, les IDE réels en Chine ont chuté de 28,2% en glissement annuel au cours des cinq premiers mois de 2025, soulignant les inquiétudes persistantes des investisseurs mondiaux face à la faiblesse de la demande et aux incertitudes géopolitiques.

Pour autant, au cours des cinq premiers mois de l’année, 24 018 nouvelles entreprises à capitaux étrangers ont été créées, soit une hausse de +10,4% en glissement annuel.

Le secteur des services est resté le principal pôle d’attraction des flux étrangers, attirant 36,19 milliards de dollars US, soit plus de 72% du total des IDE.

En tête, sans surprise, les industries de haute technologie ont continué d’enregistrer des entrées de capitaux à un rythme spectaculaire dans les secteurs des services liés au commerce électronique (+146%) ; de la fabrication d’équipements aérospatiaux (+74,9%) ; de la chimie et des produits pharmaceutiques (+59%).

Globalement, en dépit des vents contraires, la Chine est restée une destination attractive pour les investisseurs, tant pour les économies développées qu’émergentes. Les entrées de capitaux en provenance de l’ASEAN ont augmenté de +20,5%, tandis que, loin devant la Corée du Sud et l’Allemagne, les investissements Japonais et Britanniques ont respectivement bondi de +70,2% et +60,9%.

La difficile restauration de la confiance.

Lao Fo An 蓝佛安, le ministre des finances, à gauche, et Pang Gongsheng, 潘功胜, gouverneur de la Banque centrale responsables de restaurer la confiance, ont aussi mené la guerre contre les offensives tarifaires de D. Trump.


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A l’intérieur, malgré la défiance persistante du public, la consommation a maintenu un rythme de reprise prudent mais régulier. Elle tire profit de l’expansion spectaculaire du commerce électronique ayant aussi envahi le secteur des services.

Au premier semestre, les ventes au détail de biens de consommation ont atteint 3 340 milliards de dollars américains, soit une hausse de +5,0% sur un an.

Enfin, depuis le crash d’Evegrande en 2021 l’immobilier, reste le point noir. Avec une baisse de 11,2% des investissements immobiliers et une contraction des ventes de logements neufs, le ralentissement du secteur est loin d’être terminé.

Tandis qu’en raison de l’endettement excessif des promoteurs les mesures de relance n’ont eu qu’un impact limité, les experts estiment qu’en 2025, les prix chuteront de 4,8% et stagneront en 2026.

La réalité saute aux yeux. La confiance toujours sérieusement en berne depuis cinq ans (lire : Evergrande, un « cygne noir » dans la routine des analyses convenues) continue de tenir les acheteurs à distance, alors que les incertitudes de la guerre commerciale sino-américaine handicapent la reprise des investissements.

Plus généralement, les économistes mettent en garde contre un ralentissement de la dynamique des exportations qui, au second semestre, ne pourront plus compter sur les achats anticipés en amont du 12 août, échéance de la trêve commerciale.

A l’intérieur, tout indique que l’appareil restera contraint par le dilemme entre relance et maintien de la stabilité.

Jusqu’à présent Lao Fo An, 蓝佛安, le ministre des finances, s’abstenant de lancer un assouplissement budgétaire ou monétaire à grande échelle, a préféré des mesures ciblées (subventions à la consommation, assouplissement des restrictions à l’achat de biens immobiliers, émission d’obligations pour gérer les liquidités.).

Il les a cependant assorties par des restrictions articulées à la rigueur (relèvement du taux directeur, durcissement des réserves obligatoires, réduction des dépenses, et amélioration de la collecte des recettes.)

Cependant, avec un chômage des jeunes toujours élevé, des pressions déflationnistes persistantes dans certains secteurs et une demande mondiale incertaine, le ministre pourrait être contraint à des mesures plus vigoureuses s’il voulait maintenir le rythme de croissance au 2e semestre.

Incertitudes de la guerre commerciale.

En résumé, si le moteur économique chinois reste sur la bonne voie, sa progression reste inégale et mal assurée. Pour le ministre, le défi du 2e semestre sera d’élargir les bases de la reprise, de restaurer la confiance des ménages, des entreprises privées et des investisseurs étrangers, tandis que les incertitudes de la guerre commerciale avec Washington continuent à peser comme une « carte sauvage » dans la rationalité des intentions chinoises de reprise.

En mars 2025, réagissant aux provocations douanières de Donald Trump du 2 février (lire : D. Trump-Chine. Guerre des taxes. Entre menaces, compromis et riposte chinoise), Lan avait déclaré que les réserves de la Chine (3300 Mds de $) – il est rare que les officiels chinois mentionnent publiquement l’atout des réserves de change - permettraient d’affronter les incertitudes.

Un mois plus tard, élargissant ses commentaires aux dégâts provoqués par l’Amérique à l’économie de la planète, il avait mis en garde contre le freinage de la croissance mondiale généré par les guerres commerciales et des droits de douane.

Pour sonner l’alarme internationale, il avait été appuyé par le gouverneur de la banque de Chine Pan Gongsheng 潘功胜, dont on se souvient qu’il avait construit sa réputation sur la manière efficace dont il avait réagi à la brutale crise boursière de janvier 2024. Lire : Brève et brutale crise boursière. Le prix de la défiance.

En même temps, après avoir riposté en instaurant une taxe de 34% sur toutes les importations américaines, le Ministre, soucieux de présenter une face accommodante face aux brutalités de l’Amérique, Lao avait cherché l’apaisement en affirmant que la Chine était prête au dialogue mais « sur un pied d’égalité. »

 

 

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