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›› Politique intérieure

Xi Jinping au Xinjiang. Les faces cachées de la fragile intégration à l’ensemble chinois

L’image fabriquée à partir d’une vidéo de la TV nationale, montre le Président Xi Jinping arrivant à Urumqi, le 23 septembre 2025 (CCTV via AP).


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Le 23 septembre dernier, le président Xi Jinping était à Urumqi pour célébrer le 70e anniversaire de la création en 1955 de la Région autonome Ouïghour du Xinjiang où l’Islam s’est graduellement propagé depuis le Xe siècle, porté par les Turcs Qarakhanides venant d’Asie Centrale.

Il est rare que la réalité d’une implacable mise au pas de la population contrainte de se siniser par une répression immodérée, tranche à ce point avec la propagande auto-laudative de l’appareil.

Le jour de l’arrivée de Xi Jinping à Urumqi, une vidéo de la télévision d’État montrait des dizaines de personnes dansant et agitant des fleurs sur le tarmac de l’aéroport.

L’agence Xinhua, parlait d’une ambiance festive et de la « foule massée dans les rues d’Ürümqi, brandissant des drapeaux rouges pour accueillir Xi Jinping qui saluait la population par la fenêtre ouverte de sa voiture ».

Pour le Global Times qui fustigeait « les discours critiques de l’extérieur », les sept dernières décennies de l’action de Pékin ne furent que le développement économique et la modernisation d’une population appartenant à « la grande famille de la Nation chinoise, étroitement unie comme les graines du fruit du grenadier serrées les unes contre les autres ».

Selon Xinhua, « ces mots simples » prononcés par un Ouïghour lors d’une visite présidentielle en 2014, « avaient touché Xi Jinping au point qu’il avait souvent utilisé l’image pour souligner l’importante vitale de l’unité pour tous les groupes ethniques. »

Le développement économique bien réel est la face très positive de la situation. Pour Pékin, il se suffit à lui-même. Entre 1955 et 2024, le PIB du Xinjiang est passé de 173 millions à 284 milliards de $.

Le livre blanc 2025 sur le Xinjiang publié par le Conseil d’État qui souligne que la province est le premier producteur de coton de Chine depuis 32 années consécutives, avec un taux de mécanisation des labours, des semis et des récoltes atteignant 97%, fait, sans surprise, l’apologie des « directives du Parti pour gouverner le Xinjiang dans la nouvelle ère, ainsi que de ses pratiques et de ses réalisations ».

En 2024, le réseau de transport comptait 9200 km de voies ferrées, 230 000 km de routes et 26 aéroports gérant 595 lignes civiles dont 25 internationales.

Le livre blanc note également qu’au Xinjiang Pékin qui continue d’améliorer la santé publique, a considérablement accru l’espérance de vie moyenne passée de 30 ans en 1949 à 77 ans en 2024.

Le bât blesse.

Kazakhstan, Almaty, 15 janvier 2023. Une famille prie ensemble depuis le Kazakhstan à la mort d’un de ses proches, décédé au Xinjiang, en Chine. La frontière entre les deux pays étant fermée, ils ne peuvent rapatrier le corps du défunt. Photographie et commentaire de Robin Tutenges / Hans Lucas.


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Mais cette description hémiplégique passe sous silence les fortes tensions ethniques et religieuses qui traversent la région où l’appareil tente depuis des lustres de faire entrer les Musulmans Ouïghour dans le cadre politique du parti unique dont, depuis 1949, l’ambition est de tenir les religions rênes courtes.

Un des symboles les plus emblématiques de cette férocité unitaire cristallisant à la fois la mise aux normes politique anti-sécession, la volonté de placer au Xinjiang les rouages spirituels de l’Islam sous le contrôle du parti, la lutte contre le terrorisme islamiste [1] et l’obsession d’opacité nationaliste qui réprime impitoyablement l’expression de doléances à des médias occidentaux, est la condamnation le 23 septembre 2014 à la prison à vie du professeur d’économie Ilham Tohti (lire : Condamnation à la prison à vie d’un intellectuel ouïghour).

En 2024, dans un long article intitulé « Kazakhstan – Xinjiang, the border of tears - la frontière des larmes - » lauréat du prix de la presse européenne, la journaliste d’investigation freelance Lea Polverini et Robin Tutenges [2] avaient dévoilé les faces cachées de l’harmonie chinoise au Xinjiang.

Ils viennent de récidiver en septembre 2025 par un article publié sur Slate en Français « Entre la Chine, le Kazakhstan et le Kirghizistan, les Ouïghours abandonnés à leur sort sur les “nouvelles routes de la soie” »

Les deux analyses documentent à la fois l’oppression normative infligée aux Ouïghours par l’État chinois et la contagion de la répression contre les minorités ethniques en Asie Centrale au-delà frontière chinoise.

Globalement noyées dans le discours auto laudatif de l’appareil sur la modernisation et le développement apportés par le projet des « Nouvelles routes de la soie », l’écrasement de la liberté religieuse, trou noir de la politique chinoise à son grand ouest et au-delà est impitoyable.

Deux extraits de ce travail très documenté qu’il est nécessaire de mettre en contrepoint des dithyrambes glorifiant la récente visite de Xi Jinping au Xinjiang.

« En l’espace d’une décennie, c’est plus d’un million de personnes qui ont été jetées dans des camps d’internement ou des prisons, soit plus d’un habitant sur dix parmi la population musulmane de la région. Elles sont pour la plupart ouïghoures, mais aussi d’ethnies kazakhe, kirghize, dzoungane, mongole, ouzbèke ou encore tatare. »

Et « Arrestations arbitraires, interrogatoires, tortures, travaux forcés… La machine répressive chinoise qui s’abat sur la région du Xinjiang touche aussi bien les Ouïghours que les autres minorités ethniques. Les rescapés kazakhs parvenus à franchir la frontière rapportent avec eux les récits de cette vaste entreprise de déshumanisation »

Question Chine a souvent analysé ces contradictions.

Le 12 décembre 2019, en publiant un article prémonitoire de Michel Jan datant de 1998 (lire : L’intégration du Xinjiang dans l’ensemble chinois : Développement, colonisation démographique, vulnérabilité et sécurité) qui décryptait l’intention chinoise de long terme d’intégrer par le contrôle politique et le développement volontariste des « Bingtuan » le Xinjiang dans l’ensemble chinois.

Au passage il soulignait les difficultés de l’entreprise en notant que « L’intransigeance idéologique supporte mal les particularismes, à plus forte raison les interférences de la religion. »

En août 2018, Jean-Paul Yacine analysait les ratés de l’assimilation volontariste à l’ensemble chinois : Le Xinjiang sous la chape de « rectification. ».

Note(s) :

[1Le 15 mai 2014, QC proposait une mise en perspective de la prise de conscience par l’appareil de la menace djihadiste pesant sur la Chine à partir d’une série attentats terroristes à la gare Kunming le 1er mars 2014, à celles du 30 avril et du 6 mai suivants, respectivement aux gares de d’Urumqi et de Canton (lire : La Chine et le péril du « Djihad »).

Au passage, l’analyse explorait également le choc culturel ayant durement ébranlé l’idéalisme unitaire de l’appareil et son discours d’harmonie ethnique quand, le 5 juillet 2009 à Urumqi, « au moins un millier de Ouïghours en colère avaient sauvagement assassiné près de 200 Han au cours d’une razzia qui en avait blessé plus ou moins gravement 1700 autres. »

Pour l’appareil, l’éruption de violence des Ouïghour contre les Han d’Urumqi avait d’autant plus choqué les convictions unitaires du régime qu’elle avait surgi seulement seize mois après les violents affrontements à Lhassa et à Chengdu des Tibétains contre les Han (lire : Tibet, Sichuan : deux témoins oculaires donnent leur version des faits).

[2Lea Polverini journaliste freelance et professeur de littérature comparée à l’université d’Aix Marseille, est lauréate du prix Kurt Schork de la Thomson Reuters Foundation pour ses reportages dénonçant les violations des droits en Chine, au Liban en Égypte au Kazakhstan et au Maroc.

Le photographe Robin Tutenges membre du collectif « Hors format », est lui aussi spécialisé dans la dénonciation de la violation des droits, notamment dans les zones frontalières.

 

 

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