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›› Editorial

XI - TRUMP. Deux géants aux pieds d’argile

Trump et son épouse Melania se sont déplacés pour accueillir Xi Jinping et Peng Li Yuan à leur arrivée à la base de St Andrew. Tous les commentateurs ont noté que D.Trump qui n’accueille jamais ses invités à leur arrivée à l’aéroport, a marqué une attention particulière au Président chinois traduisant sa volonté de stabiliser la relation, malgré les tensions. Photo : Julia Demaree Nikhinson Associated Press


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il fallait s’y attendre, la visite de Xi Jinping à Washington du 23 au 25 septembre qui faisait suite à celle au mois de mai de D.Trump à Pékin n’a résolu aucun des problèmes de fond qui plombent la relation. L’exercice était convenu d’avance.

Ses limites avaient été fixées le 23 septembre en amont par Xie Feng, 谢锋, 62 ans, ancien Vice-ministre des AE et actuel Ambassadeur à Washington, nommé après Qin Gang (Lire https://www.questionchine.net/destitution-de-qin-gang-une-brutalite-suspecte). Sa déclaration sans équivoque était relayée le lendemain par le Quotidien du Peuple le jour même du départ pour Washington de Xi et de son épouse Peng Liyuan. (Lire :https://paper.people.com.cn/rmrb/pc/content/202609/23/content_30182619.html )

L’ article intitulé « 推动中美建设性战略稳定关系落地落实- Promouvoir concrètement une relation constructive de stabilité stratégique entre la Chine et les États-Unis - » avait défini les quatre lignes rouges à ne pas franchir lors la rencontre 四条红线不容挑战 :

1) La question de Taiwan 台湾问题 ; 2) La démocratie et les droits de l’homme 民主人权 ; 3) Son collatéral : La nature du système politique chinois 道路制度 ; 4) Le droit au développement 发展权 sans inventer 炮制 les prétextes évoqués de la sécurité nationale 国家安全, des déséquilibres économiques 经济失衡 et du travail forcé 强迫劳动 pour justifier ses discriminations et ses pressions 滥施遏制打压contre la Chine 对华.

Globalement, haussant l’analyse des causes des tensions à hauteur des seules responsabilités morales de l’Amérique, l’article signé 中 声 - la voix de la Chine - affirmait que la perception « erronée “错误” » de la Chine par Washington et son incapacité à abandonner 无法摒弃sa mentalité de « concurrence stratégique 战略竞争 » étaient les causes profondes des difficultés que traverse la relation bilatérale. »

Puis, sans le citer nommément, l’article concluait en évoquant l’inconstance de D.Trump. « En particulier, la partie américaine, 特别是美方 doit 需要 maintenir 保持 la continuité 连续性 et la stabilité 和稳定性 de sa politique 政策, honorer ses engagements 恪守承诺 et apporter de la certitude aux relations bilatérales 为双边关系注入确定性. »

En somme, en fixant le cadre chinois de l’exercice, Xie Feng décrivait, ce que semblait souhaiter autant Xi Jinping que D.Trump dont les efforts pour traiter son invité avec le maximum d’égards n’ont échappé à personne. Au-delà de leurs très réelles divergences, les deux entendent en effet piloter avec le moins de heurts possibles une rivalité stratégique au potentiel explosif.

Au milieu d’une longue suite de mèches enflammées dont, au-delà de la lancinante question taiwanaise, la plus dangereuse et la plus immédiate est sans doute la proximité de Pékin avec Téhéran, bénéficiant de l’aide technologique chinoise pour cibler les sites militaires américains au Moyen Orient, on peut conjecturer que leur objectif commun est de s’efforcer que la rivalité ne dégénère pas en conflit ouvert dont les effets seraient dévastateurs pour les deux.

Pour la plupart des commentateurs, la séquence a été analysée comme une nouvelle étape du basculement des rapports de forces en faveur de la Chine. Certains pourtant comme Alice Eckman directrice de recherche à l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne (IESUE), ou le Sino-canadien Dan Wang s’efforcent de tempérer la prévalence sans partage de la Chine en examinant ses vulnérabilités.

La bascule de puissance au profit de la Chine.

Avec l’essor industriel et l’innovation, le développement spectaculaire de la marine chinoises, (430 navires d’ici 2030) présente sur toutes les mers du globe est un de marqueurs de la puissance chinoise. Photo de la garde d’honneur lors de la cérémonie de mise en service du porte-avions Shandong à Sanya, dans la province de Hainan, le 17 décembre 2019. Li Gang/Xinhua via AP


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Le 23 septembre, sur CNN Simone Mc Carthy proposait une très complète mise en perspective qui analysait l’évolution des rapports de forces depuis la première visite de Xi Jinping aux États-Unis en 2017, quand le couple Trump l’avait accueilli avec son épouse à Mar-a-Lago.

La Chine accusait alors un retard sur les États-Unis dans plusieurs domaines clés, handicapée par son retard dans le secteur des hautes technologies et vulnérable aux pressions commerciales que Trump, excédé par le déficit commercial de 375 Mds de $, allait déclencher contre elle l’année suivante. (1)

Aujourd’hui Xi est à la tête d’un pays dont les progrès sont spectaculaires. La deuxième économie mondiale s’est imposée comme un poids lourd de la technologie. Des talents propulsent les modèles d’IA chinois aux marges des plus hautes innovations de la Silicon Valley.

Et ses entreprises spatiales lancent et font atterrir des fusées réutilisables, avec, pour objectif de rivaliser avec le champion mondial SpaceX. Au cours de l’année écoulée, des entreprises issues de secteurs allant de l’énergie à l’IA, en passant par la robotique et les microprocesseurs, ont réalisé des introductions en bourse spectaculaires.

La puissance de l’appareil productif chinois a enregistré un excédent commercial global de 1 200 milliards de dollars en 2025, en partie porté par la demande en forte hausse pour ses véhicules électriques, ses panneaux solaires et ses puces électroniques. Son emprise sur les chaînes d’approvisionnement de certains produits d’exportation sensibles — notamment les terres rares — a conféré à Pékin un levier unique face à Washington et à la guerre commerciale « America First  » menée par Trump.

Alors que les États-Unis contrarient leurs alliés et n’ont toujours pas trouvé le moyen de mettre fin à leur guerre contre l’Iran — laquelle déstabilise l’économie mondiale —, Xi s’emploie à renforcer l’image apaisante, conciliante et stable de la Chine puissance globale responsable et fiable.

Au sein des cercles décisionnels de Pékin, un consensus s’est dégagé : l’époque où les États-Unis pouvaient imposer unilatéralement leurs exigences à la Chine est révolue.

Pour Wu Xinbo, doyen de l’Institut d’études internationales de l’université Fudan à Shanghai et conseiller du gouvernement en matière de politique étrangère, « La Chine est bien plus sûre d’elle qu’il y a neuf ans. Surtout elle a trouvé le moyen de modérer la puissance des États-Unis ». (…) «  Washington doit traiter Pékin sur un pied d’égalité et avec respect, dans une relation fondée sur la réciprocité. »

Ces évolutions s’inscrivent non seulement parallèlement à la remise en question de la prévalence globale des États-Unis. Elles accompagnent aussi l’amélioration de l’image internationale de la Chine.

Partout dans le monde, des particuliers et des entreprises utilisent des modèles d’IA chinois et conduisent des véhicules électriques chinois, dont la qualité dépasse souvent celle des modèles occidentaux, vendus 30% plus chers.

En bref, dit Mc Carthy, la Chine jouit désormais d’une image plus positive que celle des États-Unis dans la plupart des 36 pays interrogés lors d’un nouveau sondage du Pew Research Center publié en juillet.

Tout ceci qui saute aux yeux, est exact. Il est également vrai que, dans son rapport avec Washington, la Chine est passée, au moins dans les paroles de la Maison Blanche, de la position d’adversaire à soumettre à celle de partenaire de dialogue.

Il reste cependant de très préoccupants angles morts.

Note.

1.- En 2025, le déficit n’était plus que de 202 Md$, soit une baisse de 46 %. Si on inclut dans le calcul les services, les États-Unis avaient un excédent d’environ 33 Md$.

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Vulnérabilités chinoises.

La croissance chinoise reste inégalitaire. Selon une enquête de 2025, 280 millions de personnes, vivent avec moins de 1 000 RMB/mois (150 US$). Photo des environs de Shanghai par Renaud Fang. 2018


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A l’extérieur, les vertus d’apaisement et de promoteur de dialogue dont se pare Xi Jinping s’ajustent mal avec l’inflexible agressivité de Pékin dans le Détroit de Taïwan et ses revendications de souveraineté articulées à son antériorité historique, rejetée en 2016 par un arbitrage international, sur les archipels de la mer de Chine du sud (Lire notre article : https://www.questionchine.net/arbitrage-de-la-cour-de-la-haye-tensions-et-perspectives-d-apaisement et un large éventail de droits maritimes systématiquement imposés par des brutalités du fort au faible.

A l’intérieur, l’image de puissance dessinée par Mc Carthy doit être tempérée par d’importantes vulnérabilités décrites, entre autres, par Alice Ekman.

Auteur de « Rouge Vif, l’Ideal communiste » Ed Flammarion, 2021, montrant les ambitions internationales de Xi Jinping et la résurgence de l’implacable rigidité communiste renforçant le contrôle du Parti sur la société, elle développe aussi avec d’autres, à chacune de ses interventions publiques, les faiblesses de la Chine, par ailleurs objets de nombreuses analyses de QC.

Les vulnérabilités qui tracent les limites de la puissance chinoise sont : Le brutal ralentissement de la croissance tombée de + 10 % en 2011 à + 4,5 % en 2025 ; Une forte dépendances aux exportations massives d’un système productif en surcapacité ; Les faiblesses d’un modèle social qui laisse sur le carreau 200 millions de Chinois « soutiers du miracle  » et freine la consommation de la classe moyenne ;

Le vieillissement irrépressible de la population (Lire : https://www.questionchine.net/angoisse-demographique-l-enfant-chinois-est-et-restera-unique) ; Un hiatus préoccupant entre l’alourdissement du contrôle politique et le dynamisme de l’esprit d’entreprise considéré par Xi Jinping comme un dangereux contrepouvoir politique ;

Enfin, en dépit de ses rapides progrès dans les secteurs des télécoms, des batteries, des véhicules électriques, du solaire ou des drones, des dépendances persistantes dans celui des technologies très haut-de-gamme.

L’un des points clés se trouve en Europe, chez le Néerlandais ASML, fabricant des machines lithographiques EUV (Extrem Ultra Violet) difficiles à reproduire et cœur de la fabrication des puces très haut de gamme dont la finesse est de 2 nanomètres quand celles du Chinois SMIC coopérant avec Huawei n’en sont pour l’instant qu’à 5 nm.

Un autre chercheur dont le travail explore les vulnérabilités de la Chine de Xi Jinping dans le domaine moins matériel de son modèle socio-économique est Dan Wang,

Émigré au Canada du Yunnan en 2000 alors qu’il avait 7 ans, spécialiste de la Chine contemporaine, il a entre 2017 et 2023 travaillé comme analyste chez Gavekal Dragonomics à Hong Kong et Shanghai fondé par le Français Charles Gave. Ancien chercheur invité à la faculté de droit de Yale, il est aujourd’hui à 34 ans chercheur associé à la Hoover Institution.

Dan Wang. Une féroce critique contre Xi Jinpig.

Publié par arpa en 2026, le livre explore la contradiction entre les performances concrètes et spectaculaires de l’appareil et son incapacité à « créer une vison attractive de l’épanouissement humain » par un système qui privilégie la mise aux normes et la répression sans nuance de la moindre nuance politique.


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Le livre de Dan Wang, « Breakneck : China’s Quest to Engineer the Future  », paru aux États-Unis en août 2025, est publié en Français en 2026, par les Ed arpa, sous le titre « La Chine à toute vitesse. La quête de la Chine pour façonner l’avenir. »

L’ouvrage n’est pas une critique frontale et sans réserve de la Chine. Mais il interroge sur la contradiction entre, d’une part, la formidable capacité d’aménagement du territoire et de production industrielle y compris dans l’IA de pointe de « l’État-ingénieur » et, d’autre part, son aversion au pluralisme politique nuancé et son échec à produire une « vision attractive de l’épanouissement humain.  »

Au passage, évoquant la féroce rivalité sino-américaine, il pointe du doigt les mythes et les réalités par lesquels les deux « géants aux pieds d’argile » se rejoignent : « Des villes laides, des croissants immangeables, mais un dynamisme entrepreneurial unique et la certitude d’incarner le futur » .

En revanche, sa critique de la gouvernance de Xi Jinping ayant brutalement supprimé toute muance politique au sein du Bureau Politique et du Comité permanent est implacable : « Le Comité central n’ignore pas que seuls les paranoïaques survivent. » et « Les hommes au visage impassible du Politburo ont tendance à prononcer des discours d’une platitude extrême, émaillés çà et là d’avertissements meurtriers à l’encontre de ceux qui contrarient les intérêts du Parti.  »

Le plus préoccupant, dit en substance Dan Wang, est qu’entre les mains de Xi Jinping et de ses ingénieurs, le peuple chinois est devenu une matière malléable à faire entrer de gré ou de force dans un moule seulement défini par des chiffres et des objectifs administratifs désincarnés.

Au passage, cette analyse d’une gouvernance bureaucratique mécanique déshumanisée rejoint celle des « Lois et les Nombres, Essai sur les ressorts de la pensée politique chinoise  » ed. Gallimard, Romain Graziani (https://www.questionchine.net/de-shang-yang-a-xi-jinping-l-illusion-de-la-rationalite-legiste-par-romain-graziani .

L’auteur, se référant aux dérives des traditions légistes, y mettait précisément en garde, comme le fait aujourd’hui Dan Wang, contre « La tentation de l’actuel pouvoir de mettre la société aux normes et de la surveiller à des fins d’efficacité politique et de sécurité au moyen du « Crédit social » (lire à ce sujet : https://www.questionchine.net/le-credit-social-de-l-utopie-vertueuse-a-big-brother ).

Autrement dit, Alice Ekman et Dan Wang tracent les limites de la puissance chinoise, la première en pointant du doigt ses vulnérabilités structurelles, le deuxième en interrogeant son déficit d’attractivité, dont les symptômes sont visibles dans les comportements désabusés des jeunes dont le taux de chômage a, en juillet 2026, atteint le taux record de 18,90 %.

(Sur le décrochage de l’enthousiasme politique des jeunes Lire notre article écrit expliquant les réticences des jeunes couple à faire des enfants : https://www.questionchine.net/le-tres-faible-enthousiasme-pour-la-politique-des-trois-enfants )

Au-delà de la propagande d’une Chine triomphante, peu de résultats.

En dépit du faste et de la chaleur de l’accueil, les résultats du sommet furent maigres. Le point le plus remarquable, fut que les deux ont convenu que la relation devait être maintenue sous le niveau d’un conflit direct. Photo Ambassade de Chine à Washington.


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Contrairement à l’image diffusée par la propagande de l’appareil d’un Xi Jinping magistral ayant réussi à imposer à Trump l’agenda de la rencontre du 24 septembre, il serait plus conforme à la réalité de présenter le sommet comme celui de deux « géants aux pieds d’argile », à la fois conscients de leurs vulnérabilités et, en même temps, tous deux préoccupés de maintenir sous le boisseau les tendances explosives de leurs rivalités.

Concrètement les accords furent minces, avec tout de même un engagement politique à maintenir une « relation constructive et stable ».

Selon The Guardian, la trêve commerciale a été prolongée jusqu’au 10 janvier 2027 pour permettre de poursuive les négociations sur les droits de douane, les terres rares, les achats chinois de produits américains et les embargos technologiques imposés par Washington.

En revanche, alors que les embargos technologiques américains restent en vigueur, aucun accord n’a été trouvé sur Taïwan ou sur l’Intelligence artificielle. Au moment où les deux commencent à peine à réfléchir en commun aux risques posés par une IA débridée et sans contrôle, ils n’ont pas réussi à imaginer un mode commun de régulation au milieu de contrôles locaux déjà existant en Chine et en Europe.

Entre Pékin et Washington les divergences sont idéologiques, aggravées par l’ambiguïté chinoise qui prône une ouverture globale avec des codes en « Open source » contrôlés à la demande en fonction de leur sensibilité, notamment pour des raisons politiques et de sécurité à l’intérieur des frontières chinoises.

Aux États-Unis en revanche, selon la Maison Blanche, la tendance générale est, également avec réserves pour les questions de sécurité nationale, le « moins de règles possibles » et la priorité donnée, en théorie, sans limites, à la concurrence et à l’expérimentation.

 

 

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