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›› Politique intérieure

A Hong Kong, Pékin réforme la loi électorale, durcit la gouvernance et élimine la mouvance démocrate

Le 30 mars dernier, Carrie Lam avait tenu une conférence de presse pour présenter les amendements à la loi électorale imposés par Pékin. La réforme garde les apparences d’une démocratie élective, mais ses dispositions éliminent la mouvance démocrate du paysage politique de la R.A.S et écartent le risque qu’un candidat « non patriote » accède au poste de gouverneur.


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Le 1er juillet, jour des célébrations du centenaire de la création du Parti, Carrie Lam la gouverneure de la R.A.S s’est rendue à Pékin. A Hong Kong, c’est John Lee (李家超 Li Jiachao) 63 ans, le nouveau secrétaire général de l’exécutif, désormais le N°2 du territoire, nommé le 8 juin, venu directement de l’appareil policier où il occupait la fonction de chef de la sécurité qui assurait la présidence des cérémonies d’anniversaire.

Signe du durcissement général de la situation, c’est la première fois depuis 1997 qu’un responsable de la police de Hong Kong est promu au poste de chef de l’administration. Ses prédécesseurs venaient tous du monde des affaires ou avaient une expertise socio-politique. Détail important, Lee est avec Chris Tang (鄧炳強 Deng Bingqiang), son successeur à la tête de la police, sur la liste des responsables chinois visés par les sanctions américains.

Carrie Lam dont le mandat s’achève l’année prochaine, les célèbre tous les deux. « Ils ont remarquablement contribué au travail du gouvernement par leurs compétences et leur sens éprouvé du leadership. Je suis convaincue qu’ils sont compétents qu’ils relèveront les défis au service de la communauté. »

En revanche, Samuel Chu, activiste sino-américain des droits, fondateur du « Hong Kong Democracy Council » basé à Washington, estime que leur promotion « achève la transformation rapide et totale de Hong Kong en un État policier ».

Durcissement policier. Apple Daily dommage collatéral.

A gauche, John Lee (李家超 Li Jiachao), le nouveau chef de l’administration dans son uniforme de chef de la police de la R.AS. A droite en médaillon, Chan Pui-man, rédactrice en chef du journal Appel Daily, 50 ans, depuis 2015 ; elle a été interpellée puis libérée sous caution. En revanche, Li Ping l’éditorialiste dont les articles critiques de Pékin reprenaient souvent les thèmes de la presse occidentale est resté sous les verrous.


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Lee, diplômé de l’Université Charles Sturt en Australie, a rejoint la police de Hong Kong en 1977. Il a joué un rôle clé dans la proposition de loi d’extradition controversée en 2019 ayant divisé la société de Hong Kong et déclenché des manifestations de masse jusqu’à son retrait au milieu de manifestations monstres.

Connu pour ses convictions politiques méfiantes du risque de chaos généré par le droit à manifester, Lee avait été le fer de lance de la répression contre les manifestants ayant entraîné les arrestations des activistes démocrates et, le 25 juin, la fermeture du tabloïd contestataire, favorable à la mouvance démocrate et critique de la Chine Apple Daily, pour violation de la loi sur la sécurité nationale.

Le dernier numéro du journal a été mis en vente le jeudi 24 juin, tandis qu’en Chine circulaient sur WeChat des images de Hongkongais faisant la queue pour acheter le dernier numéro.

La veille de la fermeture, l’éditorialiste principal du journal, connu sous son nom de plume Li Ping, accusé de « conspiration et de collusion avec l’étranger » avait été arrêté, tandis que Chan Pui-man, rédactrice en chef, 50 ans, interpelée une semaine plus tôt pour « crime contre la sécurité nationale » était libérée sous caution.

Jimmy Lai, le fondateur du journal en 1995, deux fois condamné, a quant à lui écopé de 20 mois de prison au total. Parmi tous les accusés dont les peines varient entre 14 et 18 mois fermes, Jimmy Lai est frappé de la peine la plus lourde.

Deux années après les manifestations monstres contre la loi sur l’extradition (lire : Hong Kong, rappels historiques et essai de perspective) et tout juste une année après l’adoption de la loi sur la sécurité nationale (lire : L’arrangement « Un pays deux systèmes » a vécu), le coup de balai contre la mouvance démocrate et l’arrivée au pouvoir d’une équipe de policiers, font suite à la modification de la loi électorale adoptée à l’unanimité des 167 membres du Comité Permanent de l’ANP en mars dernier et inscrite dans la constitution du territoire ou « Basic Law ».

La nouvelle loi électorale élimine la variable démocrate.

Le coup de balai éliminant les candidats démocrates et les « non patriotes » a été imposé à la R.A.S sous couvert de la loi sur la sécurité nationale dont les dispositions priment sur le juridique et législatif.


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Les amendements tournent le dos à la promesse de Pékin – elle était une des revendications des manifestants - d’instaurer l’élection du gouverneur au suffrage universel.

Touchant non seulement l’élection au Conseil Législatif et les scrutins locaux, mais également la Commission électorale dont le rôle est de choisir le gouverneur - la prochaine échéance à la fin du mandat de Carrie Lam aura lieu en 2022 – ils ont été votés pour éliminer la mouvance démocrate du jeu électoral et s’assurer que tous les personnels politiques seront des patriotes chinois.

A cet effet, tout candidat à une élection fera l’objet d’une enquête préalable du comité chargé de la supervision de la loi sur la sécurité nationale ; les effectifs du Conseil législatif sont portés de 70 a 90, dont 20 sièges (22% du total) seront attribués au suffrage universel direct, 40 autres par un collège de personnalités pro-Pékin et les 30 restants par les groupes sociaux-professionnels dont le nombre est porté de 4 à 5 pour y inclure les représentants à Hong Kong des deux assemblées du Continent.

L’adjonction du nouveau groupe porte de 1200 à 1500 les effectifs du Collège chargé d’élire le gouverneur.

Enfin pour éviter que ne se reproduise la sévère déconvenue des élections locales du 24 novembre 2019 où la mouvance démocrate avait conquis 344 des 452 sièges avec 76,1% des voix contre seulement 58 sièges et 12,8% des voix pour les pro-Pékin, les 117 conseillers de districts dont Pékin craint qu’ils influent sur le choix du gouverneur ont été éliminés du collège électoral.

Ils ont été remplacés par 156 délégués issus de structures municipales contrôlées par la mouvance pro-Pékin telles que la sécurité, les pompiers et les associations regroupant les chinois résidant à Hong Kong.

Les épisodes décrits ci-dessus dressent un contraste radical avec l’esprit du schéma « un pays deux systèmes » de la rétrocession de 1997, dont une des épines dorsales était que le Territoire pourrait jusqu’en 2047 vivre à l’aune de la démocratie et de la liberté avec même la promesse inscrite dans la constitution que le gouverneur pourrait à terme être désigné au suffrage universel direct.

Il y avait là un malentendu que François Danjou avait souligné dans un article publié le 10 septembre 2014 : Hong Kong : un suffrage universel aux « caractéristiques chinoises. ».

« A cet égard Hong Kong devient un enjeu de pouvoir que le Parti ne peut pas perdre. L’alourdissement de la main du régime sur la R.A.S servira de mise en garde à la dissidence politique chinoise. En Chine une bonne partie de l’opinion dont le nationalisme est attisé par le pouvoir et qui s’offusque de “l’arrogance“ et de la tendance séparatiste des Hongkongais, appuiera le durcissement de la ligne de Pékin dans la R.A.S. ». C’est bien ce qui est à l’œuvre depuis l’été 2019.

NB : Une version antérieure de cet article avait par erreur indiqué que, le 1er juillet, John Lee s’était rendu à Pékin avec Carrie Lam.

 

 

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